Publicité

Rama Poonoosamy et la Collection Maurice : un festival de talents littéraires

13 décembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Rama Poonoosamy a réuni au début du mois, au restaurant La Petite Cannelle, au Domaine Les Pailles, le monde des lettres, et plus particulièrement, les nombreux partenaires et collaborateurs de sa Collection Maurice pour, entre autres objectifs, établir un bilan des efforts consentis à ce jour. Efforts sans précédent dans l?histoire de la littérature mauricienne. Cela nous fournit l?occasion de redire tout le bien que nous pensons d?une contribution littéraire qui vaut autant par son apport annuel que par le côté génial de son initiative.

Il est difficile de concevoir qu?on puisse témoigner la moindre réticence à l?égard d?une telle entreprise intellectuelle. Seuls des béotiens invétérés pourront faire la moue et oser prétendre que l?achat d?un volume de cette collection ne vaudra jamais un bon gueuleton ou une bouteille de whisky, même frelaté, faisant mentir celui qui a dit :

« L?homme ne vit pas seulement de pain ». Il a aussi besoin de ce que Loys Masson nommait, avant son départ pour la France de la Résistance, les « nourritures terrestres ». Mais puisque la Collection Maurice, en dépit de ses nombreuses et évidentes qualités, ne fait apparemment pas l?unanimité, il faut mettre les points sur les i et rappeler certaines vérités.

Si la population pouvait faire preuve d?une intelligence plus vive et d?un sens des valeurs impérissables plus prononcé, la parution de tout nouveau volume de la Collection Maurice deviendrait un événement littéraire impatiemment attendu. Des Mauriciens plus éveillés aux choses de l?esprit comprendraient davantage que Rama Poonoosamy et ceux qui l?aident à faire sortir chaque année un nouveau volume, leur offrent une véritable aubaine littéraire qu?il leur convient d?acquérir sur le champ pour pouvoir savourer son contenu à loisir, soit en le dégustant à petites doses (pas plus d?une nouvelle par séance de lecture), soit goulûment (sans lâcher le morceau avant d?arriver à la dernière page et en se faisant violence pour ne pas entreprendre, séance tenante, un autre tour du volume).

La Collection Maurice vaut d?abord par sa conception originale. On peut deviner Rama Poonoosamy, Barlen Pyamootoo et Darma Mootien, ses pères fondateurs, hésitant entre plusieurs formules possibles : la revue littéraire, l?anthologie classique puisée dans le riche patrimoine littéraire local ou encore faisant appel aux talents vivants et actifs mais sans leur imposer un thème commun. Ils décident génialement de corser la difficulté de l?entreprise pour qu?elle prenne un aspect plus comparatif, en soumettant notamment les éventuels auteurs-collaborateurs à un thème choisi arbitrairement. Le connaissant, il est aisé de deviner que son choix aura toujours quelque chose de provocant et représentera à tout coup un défi pour ceux souhaitant y participer.

Il faut encore savoir qu?il y a beaucoup d?appelés mais peu d?élus. Une fois le thème choisi et rendu public, les invitations initiales vont tous azimuts. Rares sont ceux qui ne sont pas conviés à participer à l??uvre à paraître ou qui s?y sentent exclus pour des raisons plus personnelles que structurelles. Mais invitation n?est pas participation. Le gros des défections tient au manque de temps de la part de certains participants éventuels. Pas le temps de prendre sa plume pour coucher sur papier les idées fourmillant dans les méninges. D?autres attendent en vain le déclic permettant le démarrage de leur moteur littéraire. Il y a aussi, malheureusement, ceux qui font l?effort nécessaire mais dont l?envoi restera sur le carreau parce que reçu par des responsables de marbre devant le fruit de tant d?efforts, de réflexions, d?incertitudes, de timidité vaincue. Que voulez-vous, la qualité littéraire a ses exigences qui ne sauraient tolérer la moindre complaisance. En littérature, le directeur de collection ne doit jamais se départir de la rigueur imposée au départ. Mais la moindre participation demeure un titre de gloire justifié.

Le thème commun permet aux lecteurs comblés de comparer la démarche littéraire des différents auteurs, leurs points de départ différents, le traitement accordé aux divers plans rédactionnels, leur manière de tenir en haleine leurs lecteurs, la vivacité des dialogues, la progression textuelle, l?enchaînement des idées, la clarté du style et des propos, l?originalité des points de chute. Il y a aussi la possibilité inestimable d?accéder aussi facilement et simultanément à la prose de tant d?écrivains. Il faut savoir que les dix volumes parus à ce jour représentent près de 3 000 pages littéraires inédites, environ 200 envois en français, une soixantaine en anglais et une quarantaine en créole. Nous sommes en présence d?un monument littéraire !

Les thèmes choisis à ce jour sont à la fois assez pointus pour être exigeants, mais suffisamment vastes pour permettre la plus grande diversité. Il y a, au départ, un aspect jeu de société mais le produit fini possède tous les éléments d?une anthologie thématique de qualité. Ils sont connus des amateurs de Belles Lettres mais comment résister au plaisir de les énumérer de nouveau : Le tour de l?île en quatre-vingts lieux, Au tour des femmes, Demain et après, Au nom de l?amour, Kaléidoscope, Histoires d?enfants, Nocturnes, Zistwar fer per, Travel Stories, Investigations.

Ces thèmes parfois rébarbatifs, surtout pour ceux que la feuille vierge paralyse, ont cependant inspiré quelques-uns de nos meilleurs écrivains : Marcelle Lagesse, Emmanuel Juste, Édouard Maunick, Régis Fanchette, Marie-Thérèse Humbert, Ananda Devi-Nirsimloo, Armand Maudave, Jean-Gérard Théodore sans oublier les emprunts aux poètes disparus et qui auraient tant apprécié pouvoir connaître de leur vivant une initiative aussi méritoire : Pierre Renaud, Marcel Cabon, Savinien Mérédac, Robert Edward-Hart, Selmour Ahnee, Laurence Nairac, Mauricette Duhau et même ce vieux bougon de Bernardin de Saint-Pierre.

D?autres auteurs, connus désormais dans les salons littéraires parisiens, consentent aussi à donner vie aux fantasmes littéraires des pères fondateurs de Collection Maurice : Barlen Pyamootoo lui-même, Carl de Souza, Shenaz Patel, Alain Gordon-Gentil, Bertrand de Robillard, Natacha Appanah, Mohunparsad Bhurtun. La liste des lauréats des concours littéraires organisés par La Sentinelle Ltée est également impressionnante : Guy-François Koenig, Lindsay Dhookit, Véronique Le Clézio, Lilian Berthelot, Clotilde de Boucherville-Baissac, Jeanine Trublet-Descroizilles, Jean-Claude Andou sans oublier les lauréats édités aujourd?hui à Paris.

Plus que jamais, le journaliste mauricien s?efforce de garder contact avec la chose littéraire et cela est de bon augure pour leurs lecteurs : Jean-Claude Antoine, Jeanne Gerval-Arouff, Thierry Château, Sedley-Richard Assonne, Héléna Reich, Audrey Harelle-Ramjit, Loga et Dev Virahsawmy, Joël Toussaint, Gilbert Ahnee, Bruno Laurant, Michel Bédu, Darma Mootien, Jean Clément Cangy, Manda Pillay-Boolell, Marylène François. Citons encore les historiens Raj Boodhoo, Rivaltz Quenette, Benjamin Moutou et Karl Mülnier, les ecclésiastiques Henri Souchon et Roger Cerveau, les universitaires et pédagogues Sooryakanti Nirsimloo-Gayan, Shakuntala Boolell, Guy Runghen, Ramesh Ramdoyal. Saluons surtout la collaboratrice la plus fidèle et la plus prolifique de la collection : Lindsey Collen, suivie par Ananda Devi, Shenaz Patel, Jean-Claude Antoine mais aussi par Sailesh Ramchurn, Anil R. Gopal, Meera Vayapooree, Sushilla Gopaul, Michel Gauthier.

Assez ! N?en jetez plus, pourrait-on dire ici. Et pour quelle raison ? Sans compter qu?on fait abstraction ici de ceux et celles ne comptant qu?une ou deux participations. Il faudrait encore citer tous ceux qui, pour des raisons connues d?eux seuls, ne font pas encore partie de la bande de Rama Poonoosamy. Elle pourrait fort bien être tout autant impressionnante. Ces listes inépuisables d?hommes et de femmes de lettres du terroir, ces énumérations peut-être lassantes pour certains, révèlent en tout cas la bonne santé de la littérature mauricienne contemporaine à qui il ne manque que le public nombreux et enthousiaste qu?elle mérite amplement.

Allons ! Ne soyez pas maso. Ne vous privez pas plus longtemps d?un trésor littéraire aussi inestimable. Ayez toujours à portée de main, à la maison comme au bureau, la collection complète de Collection Maurice, afin de pouvoir à tout moment prendre au hasard un des dix volumes parus, l?ouvrir et se laisser aller à la lecture d?un texte jusqu?à retrouver espoir dans une île Maurice davantage éprise de Belles Lettres. Merci Rama. Un jour l?histoire littéraire de Maurice rendra justice à tous tes efforts dévoués et désintéressés pour consolider ici la prééminence des idées sur toute autre considération. Surtout si tu consens à fournir à tes lecteurs, que nous souhaitons nombreux, des renseignements biographiques et bibliographiques des auteurs retenus.

Publicité