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Doit-on interdire les toitures en chaume ?
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Doit-on interdire les toitures en chaume ?
<B>OUI</B> Dayanand Kurrumchand OSK et Safety Manager à Belle-Vue-Mauricia
<B>> Pourquoi êtes-vous pour l?interdiction des toitures en chaume ?</B>
Le nombre ahurissant d?incendies au cours desquels les toitures en chaume ont brûlé ces deux dernières années démontre que nous ne maîtrisons plus la situation. Nous ne pouvons plus nous permettre de rester les bras croisés. D?autant plus, qu?en tant que professionnel de la santé et de la sécurité au travail, nous sommes tenus de mettre l?accent sur la prévention de ces catastro- phes. Jusqu?ici personne n?a perdu la vie dans ces incendies. Nous faut-il un drame humain pour réagir ?
<B>> La situation est-elle si catastrophique que ça ?</B>
Une dizaine d?incendies de ce genre en un an est définitivement trop. Et cela devrait nous alerter. Le feu de paille se propage généralement avec une rapidité si fulgurante que les pompiers ne peuvent qu?essayer de sauver les vies et les biens et éviter la propagation du feu vers les bâtiments environnants. Sa propagation est d?autant plus rapide que le matériau en feu est combustible et volumineux, comme l?est une toiture en chaume. Les dommages sont toujours considérables, et les pertes financières sont irrécupérables.
<B>> L?interdiction du chaume ne risque-t-elle pas de faire perdre à nos hôtels leur cachet artisanal et exotique ?</B>
Il n?est nullement question d?enlever complètement le chaume. On pourrait le garder comme élément décoratif, comme pour couvrir, par exemple, les petits kiosques, mais pas pour les principales structures d?un bâtiment. Ainsi, en cas d?incendie, la structure principale ne serait pas affectée.
<B>> Va-t-on réellement éliminer les risques d?incendie en interdisant le chaume ?</B>
Cela va certainement éliminer le plus gros facteur des risques d?incendie dans nos hôtels. Il est cependant tout aussi vrai que ces risques ne pourront jamais être complètement éliminés, surtout si l?on ne prend pas les mesures de précaution d?usage.
<B>> Quelles sont ces précautions ?</B>
D?abord construire le bâtiment selon les spécifications des professionnels de la lutte anti-incendie. Les bâtiments doivent être conçus pour résister aux flammes. Ensuite, munir le bâtiment d?équipements anti-feu d?urgence. Avant tout, il faut former le personnel pour qu?il utilise ces équipements convenablement. Il est impératif d?organiser régulièrement les exercices d?évacuation. Enfin, il faut en toutes circonstances maintenir la vigilance anti-incendie.
<B>> En quoi consiste cette vigilance ?</B>
D?abord bien entretenir le bâtiment, surtout vérifier régulièrement les installations électriques ou de gaz. Et bien ranger les produits dangereux et inflammables. Ensuite vérifier le bon fonctionnement du système d?alarme anti-incendie et des équipements de lutte anti-incendie.
<B>> Ne serait-il pas plus judicieux d?utiliser les retardateurs de flamme sur ces toitures en chaume ?</B>
D?abord, ces produits sont très chers et hors de la portée de la petite et moyenne hôtellerie. Vu le prix exorbitant de ces retardateurs de flamme, on peut se demander si cela vaut vraiment la peine de construire une toiture en chaume si l?on ne peut pas se permettre de l?enduire avec ce produit. Remarquez qu?on n?utilise presque plus de chaume dans les nouveaux bâtiments.
<B>> La solution n?est-elle pas d?exempter ces produits de la taxe ?</B>
Ils seront certainement à la portée du plus grand nombre. Mais cela ne va aucunement réduire les risques d?incendie inhérents à l?utilisation de la paille de canne qui, même traitée, reste néanmoins un matériau hautement combustible. Le principe de précaution préconise l?élimination du moindre élément qui mettrait en danger la vie des gens. En tant que professionnels de la sécurité, notre souci c?est de chercher à éliminer le moindre élément pouvant entraîner une catastrophe.
<B>> Comment expliquez-vous cette série d?incendies dans les hôtels ?</B>
Je ne dispose pas de tous les éléments pour me prononcer. Toutefois je ne peux m?empêcher d?être perplexe devant l?incapacité des responsables de ces établissements hôteliers d?établir les causes de ces sinistres. Aucune enquête n?a pu jusqu?ici expliquer l?origine réelle de ces incendies. Devant ce mystère, on n?a pas d?autre choix que de préconiser une mesure drastique : éliminer le chaume avant qu?il y ait mort d?homme.
<B>> Doit-on attendre une perte de vie humaine avant d?interdire ces toitures en chaume ? </B>
Cette question ne devrait pas se poser ainsi. Doit-on interdire l?utilisation des véhicules motorisés parce qu?il y a des accidents de la circulation ? C?est pour dire que le chaume n?est pas une fatalité. Il suffit de prendre les précautions nécessaires pour éviter ces catastrophes.
<B>> Quelles sont ces précautions ? </B>
À Maurice nous pratiquons l?art de faire des économies de bouts de chandelle. Avant tout, il faut se donner les moyens de ces précautions. Si le chaume reste un matériau qui peut aisément prendre feu, il y a, par contre, sur le marché, des produits qu?on appelle des retardateurs de flamme, avec lesquels on peut le traiter pour prévenir les incendies.
Malheureusement, ici à Maurice, ces retardateurs de flamme sont lourdement taxés. À ma connaissance, il n?y a, jusqu?à présent, que deux très grands hôtels du littoral Est qui ont pu se permettre l?utilisation de ces produits. La taxe sur ces produits représente jusqu?à 40 % des coûts de construction des toitures en chaume. Si l?on avait vraiment à c?ur la sécurité des touristes, la toute première chose à faire serait d?exempter de la taxe ces retardateurs de flamme, ce qui les mettrait à la portée de la petite et moyenne hôtellerie.
Que représente le montant de la détaxe de ces produits, comparé à la très mauvaise publicité que nous ferait, sur le plan international, le décès d?un seul touriste dans les circonstances dont nous parlons ?
<B>> Comment utilise-t-on ces retardateurs de flamme ? </B>
On les utilise généralement en deux phases. Avant la construction de la toiture, on plonge chacune des bottes de paille dans le produit liquide. Celui-ci pénètre ainsi dans les fibres de la paille. Une fois la toiture construite, on la vaporise à haute pression avec le même produit. Cette vaporisation doit se faire au moins deux fois par an.
Cette toiture en chaume, une fois traitée avec le retardateur de flammes, est suffisamment protégée contre le feu et la forte chaleur. Notons que ces produits respectent l?environnement, sont biodégradables et ne nuisent pas à la santé.
En outre, ils contiennent généralement un additif fongicide qui protège la paille de la moisissure et des insectes. Pour démontrer à un client l?efficacité de ce traitement anti-feu, nous faisons généralement un test. Nous essayons de faire flamber une partie de la toiture au chalumeau avant de livrer l?ouvrage.
<B>> Quelles sont les autres précautions à prendre ? </B>
Il est impératif de faire installer des prises d?eau autour de la paillote. Encore faut-il que le personnel des établissements sous toit de paille soit formé aux rudiments de la lutte anti-incendie. En outre, il faut faire régulièrement des exercices d?évacuation impliquant les membres du personnel et les touristes.
<B>> Comment expliquez-vous cette vague d?incendies dans nos établissements hôteliers ? </B>
Par la négligence et par la méchanceté des hommes. Je ne suis pas certain qu?on a pris toutes les dispositions nécessaires de prévention anti-incendie. Même si les toitures en chaume ne sont pas traitées avec un retardateur de flammes, on aurait bien pu faire installer des prises d?eau à proximité et former le personnel pour qu?il les utilise correctement. Et surtout, il faut s?assurer que ces installations sont en état de fonctionnement. On peut tout aussi bien installer un système d?arrosage automatique qui se déclencherait dès la première alerte.
<B>> Vous pensez donc que ces incendies sont d?origine criminelle ? </B>
Pendant quatre décennies on a utilisé le chaume dans l?hôtellerie sans avoir à déplorer d?incendies majeurs. Puis, tout à coup, cette série noire débute avec un premier incendie à l?hôtel La Croix du Sud. Cet hôtel a brûlé à trois reprises. Depuis, c?est comme si l?on assistait impuissant à un mauvais film qu?on rejoue. Comme par hasard il y a toujours une situation tendue autour des établissements qui ont brûlé. Comment ne pas penser qu?il y a le feu sous les cendres ?
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