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La bande de guignols

13 décembre 2003, 20:00

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C?est connu, à chaque fois que l?éventualité d?un face-à-face télévisé se présente à eux, l?un ou l?autre protagoniste finit par trouver un prétexte pour faire échouer cette possibilité. C?est ainsi à chaque consultation populaire et l?électorat reste résolument sur sa faim. Pour l?actuelle élection partielle à Piton/Rivière-du-Rempart, c?est le Parti travailliste qui a trouvé la bonne excuse : il réclamait au préalable un débat entre le candidat de l?alliance gouvernementale et Rama Valayden avant d?envisager un débat avec son candidat Rajesh Jeetah. Il lui sera difficile en 2005 de critiquer l?alliance MSM-MMM s?il arrivait à cette alliance de refuser un duel Bérenger/Ramgoolam pour exiger une confrontation entre Pravind Jugnauth et le leader des rouges.

La raison évoquée par le PTr pour rejeter la confrontation entre les deux candidats pourrait ne pas manquer de pertinence mais elle ne tient pas quand il est question d?un débat télévisé entre individus qui sont engagés en tant que candidats dans une campagne électorale. Rama Valayden n?est pas engagé dans cette joute et il est ridicule de demander à Maunthrooa de l?affronter dans un débat télévisé. La condition imposée par le PTr pour un affrontement Jeetah/Maunthrooa signifie-t-elle que ce parti n?a pas confiance dans son candidat ? Pourtant les dirigeants rouges n?arrêtent pas d?encenser leur coqueluche. Au-delà de ce nouvel épisode de débat télévisé raté, il importe aujourd?hui de cesser la farce. Il faut se le dire : nos hommes politiques craignent le face-à-face télévisé. Ce n?est pas dans leur culture. Ils préfèrent se lancer des injures à distance sur les caisses à savon. Ils éprouvent plus de plaisir à se calomnier les uns les autres plutôt que d?engager un débat d?idées devant des dizaines de milliers de téléspectateurs. Débat d?idées ? Parlons-en d?ailleurs ! Quelles sont les plateformes où il arrive à nos citoyens de témoigner de la confrontation d?idées entre nos politiques ? Logiquement, cela devrait être le Parlement quand il ne s?agit pas d?émissions spécialisées de la télévision publique. Mais, on l?a constaté, les plateaux de la MBC leur sont plus accueillants lorsqu?ils peuvent faire leurs numéros en solo. Quant au Parlement, on sait à quel niveau ils peuvent s?abaisser en certaines circonstances.

Est-ce à dire qu?il y a une fatalité qui pèse sur les Mauriciens ? Ils ont des politiques qui n?ont pas d?idées ou qui en ont, mais qui sont incapables de les défendre. Messieurs, ayez donc un peu plus de confiance en vous ! Sommes-nous condamnés à subir la frustration de devoir éternellement suivre des débats télévisés entre des politiques étrangers sur des chaînes étrangères ? Il est temps à nos politiques de nous démontrer qu?ils sont capables d?une rhétorique qui ne nous ferait pas continuellement envier les électeurs de ces pays qui deviennent des téléspectateurs attentifs quand leurs politiciens s?affrontent à la télévision.

Qu?est-ce qui se cache derrière cet apparent désert intellectuel de nos politiques ? Il existe deux hypothèses de lecture. Ou ils prennent les Mauriciens pour des ignares qui ne seront pas capables de les comprendre, ou ils sont incapables d?élever le niveau du débat politique. Quelle que soit la réalité des choses, c?est un fait que désormais ils devront cesser de jouer la comédie. De nous promettre des face-à-face auxquels ils ne participent jamais pour ensuite raconter toutes sortes de balivernes et de niaiseries dans les réunions politiques.

Depuis quelque temps déjà, des souhaits sont émis pour changer la manière de faire de la politique dans ce pays. De tels v?ux butent résolument sur le conservatisme de nos politiques. Un Premier ministre qui refuse d?accorder des interviews. Un leader de l?opposition pour qui les médias ont été instrumentalisés par le pouvoir. Ou encore ces autres politiques qui profitent de leurs passages sur les antennes et les ondes pour se livrer à la calomnie. Dans une telle logique, on prie déjà nos hommes politiques de nous épargner la bouffonnerie d?un face-à-face télévisé en 2005. Un face-à-face qui n?aura pas lieu et qui viendra s?ajouter à la longue liste des thèmes de campagne superfétatoires et oiseux.

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