Publicité

Arguments identitaires

13 décembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Mercredi dernier à Cottage seuls Prakash Meenowa et Rajesh Bhagwan avaient choisi de mettre en exergue le bilan de l?alliance MSM-MMM. Les autres orateurs avaient plutôt jugé utile de questionner l?attachement de Navin Ramgoolam aux valeurs traditionnelles de la communauté majoritaire ou d?attaquer Rama Valayden sur ses prises de position sur la dépénalisation des drogues douces ou l?âge du consentement pour les relations sexuelles. Depuis environ trois semaines, le MSM-MMM a modifié sa stratégie de campagne. Certains orateurs utilisent désormais des arguments identitaires. Pourquoi chercher des arguments rationnels et constructifs quand on peut être simpliste ?

C?est le Parti travailliste qui, en fait, avait montré la voie. Dès le début de la campagne, les rouges avaient choisi de contester l?arrivée au pouvoir de Bérenger. La peur du « pouvoir pé sappe dans nous la main » était déclinée en plusieurs versions. L?Integrated Resort Scheme est présenté comme ayant profité à une poignée de Mauriciens, Arvin Boolell l?a rappelé à plusieurs reprises.. La « trahison » d?Anerood Jugnauth était dénoncée à chaque occasion.

C?est la loi de la proximité qui gouverne la campagne. A Piton-Rivière-du-Rempart, il est devenu impératif pour chaque candidat de glisser quelques mots en bhojpuri dans ses discours. Mais on se rend bien vite compte qu?ils ne pratiquent peut-être pas la langue?Leur diction approximative les trahit parfois.

Prakash Maunthrooa arrive à bien se débrouiller après quelques sorties pour déclamer sans erreurs ses parties en bhojpuri. Mais Rajesh Jeetah semble avoir toujours du mal avec la langue. Il se contente de petites phrases, comme un comédien qui maîtrise mal son texte et qui craint de s?enliser au bout de quelques mots.

La langue n?est pas tout, le contenu compte tout autant. Les discours sont donc inévitablement centrés autour de certaines valeurs « rurales » ou « traditionnelles ». Anil Bachoo ou Prem Koonjoo redoublent de sévérité quand ils abordent les impairs allégués de Ramgoolam lors de ce qu?ils appellent la « Macarena Party » à Albion ou pendant une soirée mauricienne à Davos.

Valeurs traditionnelles

Il s?agit de convaincre l?auditoire que l?adversaire ne défend pas les valeurs ancestrales. Le Parti travailliste n?est d?ailleurs pas avare de ces arguments. Les orateurs rouges tentent systématiquement d?attirer l?attention sur le changement allégué de la confession de Prakash Maunthrooa. Un travailliste a jugé utile d?insinuer vendredi dernier à Piton que Prakash Maunthrooa ferait partie de la Mission Salut et Guérison. Celui-ci a nié plusieurs fois ces allégations.

Les identités multiples de la circonscription doivent être rassurées. Elles doivent voir leurs « dimounes » à l??uvre. Sam Lauthan et Mohamed Nanhack ne sont pas responsables de la campagne à Plaine des Papayes pour rien. Les visites de Jacques Panglose à Pointe des Lascars ne sont pas gratuites.

Des personnalités étrangères à la circonscription sont même mandées sur les lieux de réunions pour que les composantes de la localité et parfois d?une même communauté puissent se dire qu?elles ont en face des interlocuteurs « proches » d?eux. Des directeurs de corps parapublics se font volontiers voir lors des réunions du MSM-MSM. Certains dirigeants de la Hindu House pouvaient même être vus à une réunion MSM-MMM à Cottage mercredi dernier.

Depuis peu, le MSM a aussi reçu du pain béni de Sir Satcam Boolell. Ce dernier avait déclaré à Wooton que la communauté hindoue devait son avancement à la caste des brahmanes et brahmines. Cette déclaration a permis au MSM de disposer d?un argument de poids en direction d?une grande partie de l?électorat de Piton-Rivière-du-Rempart. Le camp blanc et mauve dénonce l?écart de langage de Boolell sans excès dans les réunions publiques. Mais dans les petites réunions privées, la déclaration de Boolell est reprise et disséquée. Il devient un argument de poids envers certaines parties de la communauté majoritaire. On brandit volontiers des menaces de division et de domination. C?est ainsi qu?on fait toujours de la politique en 2003; les différences qui séparent les Mauriciens intéressent toujours autant nos politiques.

Publicité