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Carnet de campagne
On va bientôt manquer de macadam et Ramgoolam tarde à retrouver les flocons de Londres. Il est temps que tombent les rideaux du chapiteau de Rivière-du-Rempart. Les acteurs du grand cirque s?essoufflent, le public épuisé se traîne aux dernières représentations, Maunthrooa ou Jeetah était-ce bien la peine de nous empoisonner à ce point l?existence ?
Il n?est pas normal que cette partielle de mi-mandat qui ne peut en rien modifier le rapport de force politique et parlementaire ait pris ces allures de référendum.
C?est Pravind Jugnauth, le nouveau leader du MSM, qui a délibérément fait monter les enchères en plaçant si haut la barre de ses ambitions électorales. Il joue gros personnellement. L?opposition travailliste, qui n?a rien à perdre, a su galvaniser ses troupes en riposte mais en jouant le jeu de Jugnauth, Navin Ramgoolam s?expose à son tour. Quelle que soit l?issue du scrutin, la configuration politique ne changera en aucune façon, mais le duel des leaders fera une victime.
Navin Ramgoolam disait naguère qu?il préférait des élections claires à des élections faciles. Il n?est pas servi. La partielle de Piton-Rivière-du-Rempart ne sera pas aussi facile qu?il a pu l?imaginer et l?interprétation de l?enjeu est loin d?être claire.
La campagne électorale qui se termine, s?est déroulée en trois étapes.
La première phase a été la plus linéaire de toutes avec une thématique classique et parfaitement légitime. Présentant son candidat, l?alliance gouvernementale sollicite un vote de soutien croyant pouvoir capitaliser sur les états de service et les réalisations indiscutables de l?ancien Premier ministre. Elle escompte un vote positif motivé par la reconnaissance souhaitée de sa performance depuis les élections. Elle estime avoir déjà réalisé les trois quarts de son programme de gouvernement. Fort de ce sentiment d?autosatisfaction, elle a voulu tabler, en deuxième plan, sur un candidat de proximité que Paul Bérenger a cru pouvoir doper en le destinant à des hautes fonctions ministérielles bien avant qu?il n?ait eu l?occasion de faire la moindre démonstration de ses aptitudes. Il avait le bon profil.
En face, le Parti travailliste adopte une ligne simple mais efficace. Il dresse un bilan négatif de la performance du gouvernement au cours des trois dernières années en s?appuyant sur les mauvais chiffres économiques, en particulier ceux indiquant une remontée du chômage. Il appelle à un vote de sanction contre le régime.
Le Parti travailliste va, cependant, en même temps injecter dans son argumentaire une forte dose de stimulant communal en faisant de Paul Bérenger la cible principale de ses attaques, reléguant les Jugnauth, père et fils, aux bancs exécrés de traîtres à la communauté électorale majoritaire de la circonscription. Quelles que soient les précautions publiques de langage, le message de Ramgoolam et de ses lieutenants souffre d?aucune équivoque. Il faut punir ceux qui ont trahi la lutte des ancêtres et barrer la route à l?usurpateur qui occupe la première place politique jusqu?ici réservée. Ainsi la première étape de la campagne s?est articulée autour de cette équation hétérogène : l'économique et le passionnel. Elle a été plutôt favorable aux rouges.
La deuxième étape va s?ouvrir avec l?incroyable cafouillage qui aboutira au retrait du pathétique Dr Prakash Hurry. Elle se poursuivra dans la confusion et le désordre des esprits provoqués par les faux pas du politicien Paul Bérenger, un gourmand électoral toujours avide de manger à tous les râteliers. Ses discours délibérément ambigus posés pour séduire sa cible et sa rencontre surréaliste avec Cehl Meeah bouleversent de nombreux électeurs. Le terrain glisse sous les pieds d?un MSM secrètement en colère, le découragement s?installe, le Parti travailliste, grisé, attaque avec une nouvelle rigueur.
Estimant pouvoir donner l?estocade, Ramgoolam offre à l?agitateur Rama Valayden de monter en première ligne pour couvrir de boue le nouveau candidat du MSM qui fait forte impression. Prakash Maunthrooa ne s?est d?ailleurs pas suffisamment expliqué et certaines des accusations portées contre lui sont troublantes, en effet. Il s?en sort bien non pas qu?il ait démontré sa parfaite probité mais plutôt du fait que son détracteur se nomme Valayden. C?est sa chance. Mais il demeure que ce nouveau ministrable a le devoir de lever les ambiguïtés qui perdurent. Toujours est-il que cette étape se solde encore à l?avantage du Labour qui mobilise mieux les foules et donne du grain à moudre à ses activistes qui occupent le terrain avec enthousiasme et détermination.
La troisième et dernière étape a débuté au « Nomination Day ». La tendance semble vouloir s?inverser. Même s?il a fait plus ou moins jeu égal avec l?adversaire travailliste, le relatif succès de son meeting de Rivière-du-Rempart a donné des ailes aux partisans de l?alliance gouvernementale. Elle a recommencé à croire à sa chance et déploie sur le terrain une énergie retrouvée. Son discours a changé. Elle aura compris que l?électeur ne vote pas par reconnaissance. Ce qui a été fait est toujours considéré comme acquis, il ne s?intéresse qu?au présent, un peu à l?avenir. Comme il est plutôt amnésique, il faut lui rafraîchir la mémoire. Alors sans cesse, les orateurs de l?alliance MSM-MMM rappellent le passage des travaillistes au pouvoir et en tirent une comparaison peu flatteuse pour Ramgoolam et son équipe. Et comme une grande partie des électeurs est totalement cynique et désabusée, les discours, les analyses, les principes l?indiffèrent. Elle est soit poussée par la passion, soit motivée par le concret de ce qu?elle veut obtenir ou peut espérer extorquer. Certains électeurs sont plus habiles que d?autres. Ceux de Cottage par exemple sont en train de se faire payer une route de velours que l?on répare ces jours-ci jusqu?à tard dans la nuit de tous les marchandages?à ce jeu-là, le régime a des atouts qu?il n?hésite pas à exploiter en contradiction avec ses engagements publics de réserve. C?est ce qui fait que la fin de campagne est plutôt favorable au candidat de l?alliance gouvernementale. Après le temps des récriminations, des critiques et des règlements de comptes, l?électeur revient souvent à des considérations plus raisonnées et intéressées. Après l?économique, le passionnel, c?est le temps du rationnel.
L?issue finale, dimanche prochain, sera déterminée par le poids que pèsera l?un ou l?autre facteur. L?économique, le passionnel, le dit et surtout le non-dit public ? Paul Bérenger, Cehl Meeah, Satcam Boolell en sont les protagonistes ? sont sans doute favorables à l?opposition. L?alliance gouvernementale compte surtout sur le rationnel. Sans négliger pour autant les retombées des propos maladroits de Satcam Boolell, que les animateurs de l?alliance gouvernementale exploitent avec la même délectation que les travaillistes brandissent la caste de Bérenger. Echec et mat.
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