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Grand-Baie accueille Debergh, Lacouture et les Giraud
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Grand-Baie accueille Debergh, Lacouture et les Giraud
Après Charoux, il nous fallait une pause. Le temps de digérer son festival de paysages, les uns plus colorés, plus attachants que les autres. Début décembre, période propice aux expositions de peinture, n?offre aucun répit. À l?expo Charoux à la galerie Le Coin de Mire, centre commercial Le Mauricia, de Doris et Christian Bossu-Picat, Hélène de Senneville et sa galerie aux couleurs nipponnes, répliquent à l?autre bout de Grand-Baie. Du 4 au 10 décembre, elle expose deux autres maîtres du paysage, figuratifs mais aussi semi-figuratifs : Bernard Debergh et Pierre Lacouture. Le Coin de Mire enchaînera du 10 au 13 décembre avec les céramiques et autres objets décoratifs de Nadine Brajtman et les collages et fusains de son époux Nicolas Giraud. Les amateurs de Beaux-Arts ne savent plus où donner de la tête. À droite comme à gauche, c?est la même fête aux couleurs, aux formes, aux nuances et autres effets chromatiques. De quoi donc rêver à un monde où le Beau aura meilleur droit de cité et considération plus grande.
Bernard Debergh, Indocéanien de c?ur, est né à Paris le 21 mars 1940. Il peint depuis 1954 et fait son apprentissage à l?École supérieure d?art et de publicité de Paris. Après son service militaire, il travaille successivement comme décorateur (création de meubles et de luminaires) et dessinateur publicitaire chez Philips avant de se consacrer à la peinture en 1968. Il effectue plusieurs expositions : Isle-Adam, Paris (1957), Deauville (1964). En 1967, il remporte le Prix du Salon de Versailles et le Prix Lutétia. En 1968, il découvre la Provence, sa lumière, son soleil, ses couleurs et y expose ses ?uvres en permanence, en été, dans son atelier-galerie à St-Tropez et, en hiver, à Montmartre.
Il participe aussi à d?autres expositions : Procope Paris (1971), Québec (1971), Maroc (1973). En 1985, il découvre la Réunion et, trois ans après, Maurice, deux îles qu?il fait siennes et qui l?adopteront, trop heureuses qu?elles sont de découvrir en lui un peintre si talentueux, excellant dans l?art d?harmoniser leurs sortilèges pluriels, leurs frémissements pluriculturels, leurs foules bigarrées, leurs mélanges de couleurs et de traditions, leurs mosaïques humaines.
Pour son rendez-vous 2003, Debergh offre aux fans de sa peinture, des pirogues en régate ou à quai, des pirogues hiératiques défiant le Coin de Mire ou des pirogues se dorant sur un sable orange que n?aurait pas désavoué Gauguin, des pirogues au soleil levant, profitant de leurs reflets sur l?onde matinale pour étaler une luminosité d?une fraîcheur toscane. Marines et falaises sont prétextes à des dégradations de divers bleus, verts, azurs, violets qui laissent pantois. En dépit d?un statisme coloré, on entend ruisseler l?eau de ses magnifiques cascades.
Curieusement, son compagnon, Pierre Lacouture, se situe aux deux extrémités de l?art plus uniforme de Debergh. Il a, en effet, la particularité de présenter simultanément un figuratif paysagiste plus élaboré et des paysages qui confinent à un semi-figuratif étincelant au vu duquel, on se surprend à murmurer : à quoi servent les contours et les formes quand les masses colorées suffisent si bien, sous son pinceau inspiré, il est vrai, à restituer l?atmosphère, pour ne pas dire l?âme, de ces paysages marins qui nous sont si chers.
Pierre Lacouture est Indocéanien de naissance puisqu?il voit le jour à Tananarive en 1934. À partir de 1956, ce peintre voyageur et autodidacte, commence à s?exprimer à travers la peinture. Longs séjours en Afrique, puis en Nouvelle-Calédonie de 1968 à 1980. Il expose ses ?uvres à Nouméa, à Port-Vila (Vanuatu), à Tahiti, à Fidji, en Australie, aux États-Unis, en Autriche, en France, aux Antilles, à la Réunion. La galerie Hélène de Senneville le présente comme un peintre aux « couleurs douces, et très reposantes » et dont « l?émouvante sincérité reflète quiétude et apaisante tranquillité ». Ne vous fiez pas à ce portrait trop rassurant. Son couteau sait devenir aussi agressif qu?un rasoir quand il juxtapose brutalement des couches nuancées de divers bleus pour décrire les différentes stries célestes, plongeant ou émergeant de leurs s?urs marines. C?est beau comme du Braque, du Vuillard, du Emil Nolde ou du Nicolas de Staël.
Il ne faudra pas chercher du figuratif du côté du couple Brajtman/Giraud.
À la rigueur un décoratif de bon aloi. Cela peut surprendre au premier choc. Puis devenir limpide dès que nos concepteurs acceptent, avec la plus grande bienveillance, de nous servir de guide et de nous exposer les points forts de leurs démarches artistiques.
Nadine Brajtman voit le jour à Cape Town et étudie les Beaux-Arts à l?université de cette ville. Elle y sort bardée de diplômes, de distinctions et de félicitations, après s?être spécialisée en graphic design et en lithographie. Plus tard, elle parachève sa formation en abordant d?autres disciplines comme la céramique, la bijouterie, la photographie. Elle se rend aussi aux États-Unis et y expose ses ?uvres. Une exploration artistique de la civilisation zouloue la marque d?une empreinte indélébile. Elle se détourne du virtuel (graphic design) pour mieux appréhender le tangible.
Pour son exposition au Coin de Mire, elle nous offre des vases en céramique, s?inspirant des formes et textures présentes dans la nature et qu?elle enrobe de sa couleur préférée : le bleu. Mais un bleu ensorcelant au point de ne plus pouvoir en détacher le regard. Même envoûtement dans ses compositions murales (des cercles concentriques, inspirés de bijoux zoulous) superposées le long d?un axe vertical et à l?apport visuel accentué par des émaux aux couleurs pures.
D?autres carrés en céramique juxtaposent en les contrastant un fond monochrome et une forme s?inspirant de la fougère « corne de cerf ». Le tout est une invitation à la méditation sur ce que nous sommes au milieu de tant de belles choses. Que dire des vases en céramique, à la couleur magique et épousant si bien la pureté et le dépouillement du bambou de Chine et du palmier au tronc grêle ? Ils sont peut-être trop beaux pour y glisser même la plus belle orchidée.
Nicolas Giraud, fils de Mico l?architecte, à qui nous nous devons tant, sait de qui tenir. Faut croire que cela ne lui suffit pas car il juge utile d?aller étudier les arts graphiques à la Michaelis School of Art de l?université de Cape Town. Il poursuit même son apprentissage à New York et revient enseigner dans son alma mater universitaire pendant trois années. À Paris, il décide de se consacrer entièrement à l?art. Son exposition au Coin de Mire comprend des céramiques, des fusains et des collages. De ses céramiques, nous ne dirons rien, sachant qu?il y concurrence dangereusement son épouse. Ses fusains surprennent. Il s?inspire des édicules bétonnés sur le littoral ou le long des routes (kiosques, bancs, arrêts d?autobus). Ils (les édicules) s?opposent à la beauté sauvage des lieux mais servent de repères familiers à une population déroutée par une beauté naturelle transcendante. L?absence de couleurs autres que le blanc et le noir force le regard à privilégier les formes et la juxtaposition des éléments en présence.
Les collages sont encore plus subtils. Au départ, de vieux papiers jaunis de l?entre-deux guerres, qu?on rompt comme un pain eucharistique. À la déchirure initiale, on juxtapose d?autres en exploitant à fond les trames, les filigranes, les textures, les moisissures, les codes et messages secrets, les arabesques. La sérigraphie ajoute de franches taches colorées, donnant relief et composition à l?ensemble. Cela ne veut rien dire ? Pas du tout. Il faut regarder jusqu?à la saturation, sinon l?obsession, aidé en cela par un encadrement aussi spacieux que judicieux qui concentre le regard sur le collage. À chacun de voir dans ce collage-miroir ce que lui révèle son état d?esprit.
Une fois n?est pas coutume : le contemplateur doit faire sa part de boulot et trouver ses significations dans l??uvre de l?artiste.
Une semaine particulièrement grasse. Profitons-en pour nous remplir les yeux en prévision d?éventuelles semaines maigres.
« À droite comme à gauche, c?est la même fête aux nuances, et aux effets chromatiques. De quoi rêver à un monde où le beau aura droit de cité. »
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