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Tarif extérieur commun Maurice dit non au Comesa

18 novembre 2003, 20:00

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LA MISE en place d?un tarif extérieur commun au niveau du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) est un sujet qui suscite des désaccords au sein du bloc régional. Maurice et l?Egypte en tête ont rejeté une proposition du secrétariat du Comesa pour l?adoption d?un tarif extérieur commun (TEC) à trois bandes. Selon cette proposition, le Comesa devrait adopter un TEC de zéro pour cent sur les matières premières et les équipements, de 10 % sur les produits intermédiaires semi-finis et de 25 % sur les produits finis. Le secrétariat souhaitait que l?adoption du TEC soit entamée en décembre 2004 et que le processus aboutisse en 2007.

Lors d?une récente réunion du Trade and Customs Committee du Comesa, Maurice a rejeté la formule proposée par le secrétariat du Comesa car jugée extrêmement dangereuse pour l?industrie et l?économie du pays.

La délégation mauricienne à cette réunion a fait comprendre qu?un tarif maximum de 25 % sur les produits finis signifierait que les producteurs locaux seraient confrontés à une compétition exacerbée de la part des produits importés.

Baisse tarifaire généralisée

?Certaines de nos entreprises n?arrivent même pas à faire face à la compétition d?un pays comme l?Egypte, imaginez ce que cela donnera si nous ouvrons notre marché aux pays du monde entier?? commente un responsable du dossier.

L?adoption d?un TEC implique effectivement que c?est ce tarif qui sera appliqué à tous les produits importés du monde entier. Or Maurice protège son industrie locale en maintenant des tarifs élevés qui sont supérieurs à 25 % sur les produits finis. L?adoption d?un TEC selon la formule proposée par le secrétariat du Comesa équivaudrait à un abaissement tarifaire généralisé.

Outre son impact sur l?industrie locale, la formule proposée aura également des effets néfastes sur l?industrie d?exportation. Actuellement les intrants de la zone franche sont exemptés de droits de douane. La proposition du secrétariat du Comesa reviendrait à imposer des droits de douane de 10 % sur des intrants tels que le tissu ou le fil, qui sont des produits intermédiaires. Cela impliquerait un surcoût que la zone franche ne peut se permettre d?encaisser.

L?adoption d?un TEC a également des implications sur les revenus douaniers. Une réduction des tarifs signifie une réduction des recettes pour l?Etat et aura des implications sur le budget.

Les autorités mauriciennes se disent abasourdies par la ?légèreté? dont a fait preuve le secrétariat du Comesa en mettant sa proposition de TEC sur la table des discussions.

En fait, il ne s?agit pas uniquement de Maurice car tous les pays du Comesa risquent de se retrouver perdants s?ils adoptent une formule à la légère. Ainsi, le Kenya exporte du thé vers l?Egypte qui applique 30 % de droits de douane sur ce produit. Si le tarif était ramené à 10 % il y a fort à parier que les thés indien et sri lankais remplaceront vite celui du Kenya dans les tasses égyptiennes.

Etudes sérieuses nécessaires

?Nous ne pouvons accepter n?importe quelle formule tombée du ciel. Pourquoi trois bandes tarifaires seulement ? Pourquoi pas quatre ? Et quid des produits sensibles ?? commente un responsable.

Maurice et l?Egypte sont donc montés au créneau pour demander des études sérieuses et approfondies dans chaque pays avant d?arriver à une formule acceptable par tous les pays membres. Lors de la réunion du Trade and Customs Committee, d?autres pays membres tels que le Zimbabwe ont compris notre point de vue.

Maurice lancera bientôt deux études pour lui permettre de mieux cerner les enjeux et les implications d?un TEC. La première vise à identifier les produits importants pour l?économie qui devraient être exclus de la liste couverte par un éventuel TEC. Lors des négociations sur le protocole commercial de la Southern Africa Development Community (SADC) une liste de produits sensibles avait été identifiés. L?étude qui sera lancée prochainement sera faite sur une base plus scientifique et économique.

La deuxième étude, plus complexe, vise à dresser un état des lieux de la structure économique, commerciale et industrielle du pays.

Ceci permettra de prévoir de manière plus précise l?impact d?une baisse tarifaire.

Pour les autorités du pays, il n?y a pas lieu de se précipiter. De toute façon, l?établissement d?un TEC peut sembler prématuré dans la conjoncture. En effet, l?adoption d?un TEC est la suite logique, après la création d?une zone de libre-échange. Or la zone de libre-échange du Comesa est loin d?être parfaite et d?ailleurs seulement neuf des 21 Etats membres y ont adhéré. Il n?y a donc pas de quoi brûler les étapes.

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