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Les armées américaines renforcent leurs moyens de lutte antiguérilla
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Les armées américaines renforcent leurs moyens de lutte antiguérilla
<B>Les</B> Etats-Unis ont-ils, de nouveau, recours à leur tactique du début de la guerre ?
Les états-majors américains sont convaincus qu?ils se heurtent aujourd?hui à la conjugaison de deux défis majeurs à Bagdad : les ex-divisions de Saddam Hussein ont donné naissance à de petits groupes de guérilla insaisissables, utilisant des stocks d?armes dissimulés ; et l?Irak est devenu ?un laboratoire? pour la ?nébuleuse? d?Al-Qaida, grâce à des infiltrations de terroristes au travers de frontières poreuses.
Aussi les Etats-Unis ont-ils, de nouveau, recours à leur tactique du début de la guerre. On observe la réapparition de largages de bombes par les F-16 ou les avions-canons AC-130 Spectre et la base de commandement, au Qatar, est réactivée au plus près de ses activités opérationnelles.
C?est le résultat de consignes données par la Maison-Blanche, et transmises par le général John Abizaid, le responsable du commandement central américain, qui visent à monter désormais des actions encore plus dures sur le terrain pour tenter de juguler la recrudescence des attaques anticoalition.
En même temps, Paul Bremer, l?administrateur civil américain à Bagdad, insiste sur la nécessité d?adapter le renseignement à la situation nouvelle, sous peine que la coalition ?avance à l?aveuglette? et se trouve confrontée à ?de graves problèmes? faute de disposer d?une information adéquate.Parue en octobre et consacrée aux premières leçons à tirer de la guerre en Irak, une étude du Center for Army Lessons Learned (CALL) à Fort Leavenworth (Kansas)? a pointé du doigt les carences du renseignement.
Au centre du diagnostic porté par le CALL, le fait que les outils d?analyse à la disposition du renseignement sont mal adaptés pour pouvoir transmettre rapidement ? quelquefois en moins d?une heure ? les informations recueillies et vérifiées aux différents niveaux du commandement et aux petites unités de la coalition qui traquent les terroristes en Irak.
Source humaine</B>
C?est, paraît-il, un problème majeur que de réussir à attribuer le renseignement obtenu à celui qui en a véritablement le plus besoin. C?en est un autre, face aux nouvelles tactiques de guérilla, de pressentir à temps le moindre changement semblant se dessiner au sein de petits groupes hostiles dont les activités ne se limitent pas à la capitale irakienne.
Troisième problème : arriver à mixer différentes sources d?information pour offrir aux décideurs et aux exécutants opérationnels un tableau de la situation cohérent et à jour. Les informations réunies par les satellites ou par les drones (petits avions-espions) ne suffisent plus. Il faut réhabiliter ? sans pour autant submerger l?analyste en bout du processus, ni le distraire de sa mission ? le renseignement de source humaine (dit Humint).
Aussi deux initiatives viennent-elles d?être prises aux Etats-Unis. En premier lieu, la National Security Agency (NSA), qui rassemble 38 000 agents spécialisés dans l?interception des transmissions et la quête des informations électroniques, et la National Imagery and Mapping Agency (NIMA), qui réunit 9 000 collaborateurs chargés de gérer le renseignement d?imagerie grâce à ses satellites et à ses drones, ont été appelées à se coordonner davantage.
Un exemple : la NIMA entretient 90 personnes en Irak, ce qui est jugé notoirement insuffisant. La NSA et la NIMA feront en sorte que quelque 700 de leurs agents travaillent ensemble sur des secteurs-clés, en accédant aux bases de données de chaque agence et en supprimant le risque de double emploi.
En second lieu, les Etats-Unis viennent de fusionner, sous la dénomination unique de Task Force 121, deux unités de commandos qui pourchassaient, jusqu?à présent séparément, les terroristes en Afghanistan et en Irak. La Task Force 121 est chargée de retrouver la trace de Saddam à l?occasion de ces ?covert actions? dont le Pentagone ne parle jamais.
<B>Aappel à la résistance</B>
<B>Saddam fait entendre sa voix</B>
La chaîne de télévision satellitaire Al Arabiya, dont le siège se trouve à Doubaï dans le Golfe, a diffusé dimanche un enregistrement audio dans lequel une voix attribuée à Saddam Hussein appelle à la poursuite de la résistance contre l?occupant en Irak et assure que les soldats étrangers périront s?ils restent dans ce pays. A Washington, le président George Bush a qualifié cette cassette de ?propagande? et il a réaffirmé que les militaires américains ne partiraient pas tant que ?leur boulot? ne serait pas fait. ?Les combattre (...) est un devoir légitime, patriotique et humanitaire et les occupants n?ont pas d?autre choix que de quitter notre pays, l?Irak, le pays des Arabes et de l?Islam, comme des perdants maudits?, dit la voix, qui ressemble à celle de l?ancien dictateur irakien. ?La voie du djihad (guerre sainte) et de la résistance est la meilleure aux yeux de Dieu, de l?histoire et du genre humain, et c?est la seule garantissant l?expulsion de forces étrangères tyranniques de notre territoire et donnant à notre peuple une liberté et une souveraineté totale sur sa terre.? La dernière cassette attribuée à Saddam Hussein avait été diffusée le 17 septembre, déjà par Al Arabiya. La voix enregistrée incitait alors les Etats-Unis à retirer leurs troupes d?Irak sans condition. La cassette diffusée dimanche est datée de novembre, sans autre précision. La voix affirme qu?il est maintenant prouvé que Washington a menti en disant que l?Irak disposait d?armes de destruction massive.
?Ils ont alors dit et imaginé, et fait imaginer à d?autres qu?ils allaient en pique nique occuper l?Irak et détruire ce qu?ils appelaient des armes de destruction massive, ce qui a été la justification initiale de leur grand crime, après celui d?installer des Sionistes dans le monde arabe?, dit la voix. ?Que disent-ils maintenant et quelle est la vérité? Ils disent, ainsi que d?autres dans le monde, ce que nous leur avons dit avant l?agression : que l?Irak n?a pas d?armes et que l?Irak résistera à leurs intentions malveillantes de l?occuper et d?y maintenir leurs forces et leur influence?. Un responsable d?Al Arabiya a déclaré qu?une personne non-identifiée avait téléphoné dimanche à la chaîne et avait fait écouter la cassette. On ne sait pas si cet appel téléphonique venait d?Irak. ?Nous pensons que c?est Saddam. Le style, la voix sont les mêmes?, a déclaré ce responsable.
Jacques Isnard
© Le Monde 2003 distribué par The New York Times Syndicate
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