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?On a avancé dans la bonne direction mais rien n?est encore gagné?
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?On a avancé dans la bonne direction mais rien n?est encore gagné?
Vous semblez presque regretter l?échec de la réunion ministérielle de Cancun tout en reconnaissant que ce statu quo nous arrange. Pouvez-vous nous éclairer sur votre position qui peut paraître ambiguë ?
Il n?y a aucune ambiguïté. j?avais expliqué en partant pour Cancun que le texte présenté par le président du conseil général, l?ambassadeur uruguayen Del Castillo, contenait des éléments fort intéressants sur les préférences. A Cancun, en collaboration avec nos alliés traditionnels, c?est-à-dire l?Union européenne, les Etats-Unis et d?autres, en particulier le G10 et l?alliance UA-ACP-PMA, (Union africaine-bloc Afrique, Caraïbes et qui nous ont rejoints ou que nous avons rejoints, nous avons pu améliorer davantage le texte sur les préférences.
En effet, le texte révisé soumis par le président de la conférence, le ministre Debrez du Mexique, le samedi 13 septembre, renforce le texte de Del Castillo en ce sens qu?il propose une réduction tarifaire moindre et étalée sur une période plus longue. En outre, il propose le concept du maintien, dans la mesure du possible, de la marge de préférence. Finalement, il contient aussi un mécanisme pour atténuer les effets d?une érosion des préférences.
Le texte Debrez propose également l?extension de la clause de paix, ce qui est utile pour la sauvegarde des préférences (cette clause expirant le 31 décembre 2003). Le soutien interne, selon ce texte, allait être réduit sur une base sectorielle, ce qui est à notre avantage.
De plus, nous avions des chances d?avoir plus de flexibilité pour les petites îles. Nous avons donc fait des avancées notables dans le domaine de l?agriculture. Ce qui me fait dire que les conditions étaient réunies pour que nous allions dans la direction que nous souhaitions. J?aurais donc préféré un accord sur ce texte même s?il n?est pas parfait, d?où mes regrets. Mais, cela dit le statu quo, en ce sens qu?un accord n?interviendra qu?après janvier 2005, nous arrange dans la mesure où un peu plus de temps nous permettra de mieux nous préparer pour faire face à la libéralisation qui est irréversible. Toujours est-il que si nous étions tombés d?accord sur les principes généraux sur les préférences à Cancun, nous aurions su exactement où nous allions.
Si l?OMC n?arrive pas à conclure un nouveau round, n?est-ce pas les pays pauvres qui seront en définitive les plus grands perdants?
Effectivement. C?est un fait que des règles multilatérales bien négociées offrent de meilleures garanties que les systèmes bilatéraux. N?oublions jamais que l?accord de Cotonou parle, entre autres, de la compatibilité des protocoles de commodités (commodity protocols) avec les règles de l?OMC. Nous devons, nous les ACP et les PMA , en tant que partenaires de l?Union européenne, oeuvrer de concert pour que le processus multilatéral reparte. A cet égard, je tiens aussi à souligner que deux membres du
G-21 (à présent le G-22) nous attaquent à l?OMC sur le sucre et que d?autres membres du G-21 avaient attaqué la banane.
Dans les systèmes bilatéraux les petits pays comme Maurice ne font pas le poids. En fait, il y a très peu de pays ou groupes qui peuvent faire le poids contre les Etats-Unis ou l?UE. Nous allons bientôt entamer les négociations entre l?UE et les ACP sur les accords de partenariat économiques. Les sous-régions avec lesquelles l?UE souhaite négocier seront moins solides que l?alliance UA-PMA-ACP qui s?est forgée à Cancun.
Lors de votre conférence de presse, vous avez déclaré qu?un accord sur l?agriculture était possible. Quels auraient été les contours de cet accord et quels en auraient été les implications pour Maurice?
Lors des discussions que nous avons eues en dehors des Green Room avec l?UE, l?Inde, l?Australie, les ACP, les PMA, le MF6 et le G10 je me suis rendu compte qu?on aurait pu arriver à un accord.Le niveau d?ambition dans les réductions de diverses formes de protection en agriculture ainsi que le goodwill par rapport aux préférences et la flexibilité pour les pays en voie de développement (PVD) auraient conduit à un accord des plus favorables pour l?ensemble des ACP et des PMA, pour qui les préférences sont vitales. Ceci leur aurait permis de mieux gérer les effets inévitables de la mondialisation. Un éventuel accord aurait été une excellente chose par rapport à nos acquis. Mais, malheureusement, nous n?en sommes pas encore là. Les discussions dansle Green Room ont buté sur les Singapore Issues. C?est sûr qu?on a avancé dans la bonne direction, mais rien n?est encore gagné. On doit rester vigilant et continuer à travailler. Lorsque les discussions reprendront à Genève nous verrons plus clairement où nous en sommes.
Maurice soutient les pays pauvres qui réclament l?élimination des subventions mais insiste pour le maintien des préférences. Certains pourraient nous accuser d?hypocrisie sur le dossier agricole?
Maurice, en tant que membre du MF6 et du G10, n?a jamais réclamé l?élimination des subventions. D?ailleurs le mandat de Doha ne mentionne pas le mot ?élimination? mais évoque une réduction. Nous ne sommes pas contre la réduction de ces subventions qui sont vitales pour nos préférences. Nous demandons juste d?étaler ces réductions sur une très longue période pour nous donner le temps de nous adapter.
Notre insistance pour le maintien des préférences ne risque-t-elle pas de froisser des pays amis comme l?Inde qui veulent, eux, une libéralisation entière et rapide du commerce des produits agricoles ?
Aussi longtemps que notre position est clairement expliquée et est comprise par tous les Etats incluant nos pays amis ? qui ont des opinions et des intérêts différents des nôtres, je ne vois pas comment on peut froisser qui que ce soit. Cela dit, s?il est vrai que nous entretenons d?excellentes relations diplomatiques et politiques avec certains pays amis, il est tout aussi vrai que nous avons nos intérêts économiques vitaux à défendre. D?ailleurs, tous les Etats le font, sans pour autant remettre en question les relations privilégiées. Il y a, dans le G-21, des pays ayant des relations diplomatiques difficiles entre eux. Il est bon que vous sachiez que lors de notre rencontre à Cancun, le ministre indien du Commerce, Arun Jaitley, m?a assuré qu?il comprend parfaitement bien la position de Maurice et qu?il nous aiderait dans la mesure du possible.
Lamy demande à l?Union africaine de soumettre une liste des produits sur lesquels elle souhaite que les subventions soient éliminées ? le sucre compris. La proposition est tentante. Comment Maurice va-t-elle oeuvrer pour préserver ses intérêts?
J?ai déjà exprimé mes appréhensions sur la question auprès de mon homologue français Hervé Gaymard. Ce dernier a promis d?examiner l?implication d?une telle démarche sur le régime sucrier européen. Il sera impératif de suivre de près les événements à venir sur ce sujet particulier et de jouer les cartes appropriées pour s?assurer que le sucre des ACP ne figure pas sur cette liste.
Cette proposition de Lamy, ne risque-t-elle pas de diviser le groupe de l?UA ?
Toute division sera néfaste pour les pays africains. Ce n?est qu?en restant soudé qu?on parviendra à mieux faire entendre nos points de vue et à mieux sécuriser nos intérêts. Je reste confiant qu?il y a eu un bon déclic à Cancun. On doit maintenant bâtir dessus.
Par ailleurs je dois dire qu?il y a déjà une convergence entre les PMA et les ACP sur le secteur sucre. Les PMA ont compris que l?accès au marché ne représente rien s?il n?est pas assorti d?un prix rémunérateur.
L?élimination des subventions et la baisse du prix du sucre sont inéluctables. L?industrie sucrière sera-t-elle prête à temps pour affronter cette situation ?
L?élimination n?est pas à l?ordre du jour, la baisse oui, mais le taux reste à définir et les négociacions à l?OMC seront décisives. Toutefois, votre question est une cinglante réplique à ceux qui se plaisent encore à faire croire que tout va pour le mieux pour l?industrie sucrière. Ce qui se passe sur la scène internationale vient prouver que le gouvernement a été clairvoyant en initiant des réformes courageuses pour garantir la viabilité et la compétitivité à long terme de notre secteur sucrier. On s?est donné cinq ans pour atteindre les objectifs du plan stratégique 2001-2005. On n?a pas le droit de rater l?échéance fixée, car il y va de l?avenir d?un secteur vital pour l?économie mauricienne. Selon les indications, tout laisse croire qu?il n?y aura pas d?accord à l?OMC à la date butoir initialement fixée à janvier 2005. Cela nous donnera un peu plus de temps pour peaufiner nos actions de restructuration, afin que le secteur sucrier soit prêt à relever les défis qui se pointent à l?horizon. Car, il ne faudrait pas aussi oublier qu?il y a l?Everything But Arms Initiative de Pascal Lamy qui sera applicable à partir de juillet 2006. Il y a aussi les nouveaux accords de partenariat économique qui restent à être discutés entre les pays ACP et l?Union européenne.
Pour répondre précisément à votre question,je dirais
que nous sommes sur la bonne voie. Je suis de près l?avancée du programme de restructuration engagé par l?industrie sucrière et je n?ai pas de doute qu?on atteindra les objectifs fixés.
Quel est justement l?état d?avancement de la réforme de l?industrie sucrière que vous avez initiée ?</B>
Si on tient en compte que l?objectif principal du Sugar Sector Strategic Plan est de réduire le coût de production dans l?industrie sucrière afin d?assurer la survie même du secteur ainsi que sa viabilité et sa compétitivité à long terme, j?estime que déjà, un pas important a été franchi dans la direction souhaitée avec l?adoption du Voluntary Retirement Scheme (VRS). A ce jour, 7 850 travailleurs, soit environ un tiers de la main d??uvre qui existait en juin 2001, ont opté pour la retraite volontaire et quitté l?industrie sucrière après avoir obtenu une cash compensation s?élevant à Rs 2 milliards et sont les bénéficiaires de 780 arpents de terres.
Sachant qu?avant l?entame du processus de réforme, le coût de la main-d??uvre pour l?ensemble des opérations sucrières représentait plus de 50 % du coût de production, on peut facilement comprendre qu?une contraction d?un tiers de cette main-d??uvre va définitivement avoir un impact sur le coût économique des opérations. Toutefois, sur le plan strictement financier, les compagnies sucrières en sentiront concrètement les bénéfices qu?après avoir réalisé les ventes de terres et remboursé les dettes contractées pour financer le VRS.
La centralisation, l?autre composante majeure du plan de réformes visant à faire baisser le coût de production, est également on target. Trois autres sucreries, notamment Rose-Belle, Highlands et Britannia, ont fermé leurs portes. Après la fusion entre FUEL et Mon Loisir, cette dernière sucrerie devrait, elle aussi, cesser de rouler. Ce qui fait que d?ici 2005, on aura certainement atteint l?objectif fixé dans le Sugar Sector Strategic Plan, soit de réduire le nombre de sucreries à sept ou huit.
Aussi, au niveau de la diversification intra-sucre, on note qu?une unité de production d?éthanol à partir de la mélasse est déjà opérationnelle. Il s?agit d?Alcodis Ltée, qui fonctionne depuis le début d?août. La production de rhum agricole est aussi sérieusement envisagée, afin de conquérir certains marchés où ce genre de produits est très recherché.
En ce qui concerne la mécanisation, l?irrigation, etc, les différentes task forces mises sur pied dans le sillage de la présentation du plan stratégique suivent la situation de près, afin de tout faire pour soutenir l?exercice de modernisation tant nécessaire à tous les niveaux.
Un mid-term review du SSSP est d?ailleurs prévu pour la fin de cette année et à la lumière de cet exercice, d?autres décisions, si elles s?avèrent nécessaires, seront prises.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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