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De l?instinct du jeu à la discipline sportive
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De l?instinct du jeu à la discipline sportive
A l?origine était le jeu, instinct naturel de l?enfant et du jeune animal. En jouant, l?homme libère un surplus d?énergie, se distrait, rivalise avec ses semblables et mesure sa force. C?est dire que, dès l?origine, le sport ne peut être séparé du jeu. Cet instinct sera d?ailleurs l?élément essentiel à sa survie et l?aidera à vaincre un adversaire et à se mesurer à lui-même.
Dans les temps les plus reculés, la lutte de l?homme pour la survie dans un milieu plutôt hostile avait bien des aspects sportifs. L?homme qui allait chasser pour se nourrir ne songeait pas à la compétition. Mais après avoir assuré sa sécurité et sa subsistance, le chasseur courut pour son seul agrément, franchit les obstacles naturels sans que le hasard ou la nécessité ne l?y forçât, mesura sa force et sa résistance à celle d?autres membres de sa tribu.
L?instinct sportif fut sans doute aussi vieux que les premiers loisirs de l?homme. La pratique du sport sans lien avec l?effort militaire remonte aux temps les plus reculés. Les peintures rupestres des grottes de Lascaux datant de plus de 3500 ans avant JC offrent le plus bel exemple de ce phénomène. Les Chinois et les Égyptiens ont démontré que le sport individuel remonte à 2500 ans av JC. Les Égyptiens pratiquaient la lutte, s?exercaient au bâton, effectuaient des courses et des sauts ainsi que la natation et l?équitation.
Bien avant les Grecs connus comme le peuple d?avant-garde dans le domaine sportif, d?autres peuples des îles britanniques et de la Scandinavie avaient une tradition sportive étonnante. Selon le ?Livre de Leinster?, ils s?adonnaient à l?athlétisme. Le saut en hauteur était une spécialité gaélique obligatoire pour devenir un guerrier.
Pour Pierre de Coubertin, le sport apparut dès que la notion de jeu s?intégra à la vie quotidienne et se dégagea des contraintes matérielles. Toujours pour lui, le sport est le culte volontaire et habituel de l?effort musculaire intensif appuyé sur le désir de progrès pouvant aller jusqu?à risque.
La pratique sportive présente outre son côté sociologique, un aspect physiologique et psychologique chez l?homme. Selon l?historien néerlandais Johan Huizinga, le sport est un besoin inné chez l?homme et tient une place importante dans sa culture. Selon Homère, ?il n?est pas de plus grande gloire pour l?homme que d?exercer ses pieds et ses mains.? Aux dires de Jean Giraudoux, ?le sport est le seul moyen de conserver dans l?homme les qualités de l?homme primitif.?
Mais dans l?histoire du sport on note que si les Égyptiens, les Scandinaves ou encore les Chinois, sont réputés pour avoir pratiqué différents sports, ils n?ont pu pérenniser leur héritage sportif. Seuls les Grecs nous ont légué leur histoire comme le témoigne cette description des prouesses d?Ulysse par Homère en 1500 av JC. ?Sans quitter son manteau, Ulysse saute dans l?arène, saisit un disque énorme plus large et plus pesant que ceux des Phéaciens et de sa forte main le lance en tourbillonnant. La pierre surgit, les Phéaciens baissent la tête pendant le vol rapide du disque qui tombe au-delà des autres marques.?
- L?extraordinaire destin du football
Mais, selon des récits fiables, c?est à partir de l?an 776 av JC qu?un certain Koroebos remporte la course au stade olympique et que c?est le vrai début de jeux en Grèce. Le sport prend un caractère sacré et devient un véritable culte aux dieux. Tous les quatre ans, des olympiades ont lieu en l?honneur du dieu Zeus.
Dès cette époque, toute cité ou ville qui se respecte possède son propre gymnase où des athlètes mâles, dans le plus simple apparat, se livrent à des jeux virils. Les femmes n?y sont admises que rarement. L?Olympe devient un lieu saint inviolable formé par la réunion de nombreux édifices religieux consacrés soit aux dieux soit aux morts. Les athlètes sont contraints de suivre un entraînement surveillé de 30 jours avant d?être admis dans l?arène olympique.
Quand Rome envahit la Grèce en l?an 11 av JC, les Jeux olympiques déclinent rapidement. Pour Rome les courses de chariots sont les plus populaires. Les compétitions athlétiques des Grecs ne furent pas bien vues. Des manifestations sportives ayant trait aux manifestations guerrières polarisent l?intérêt des Romains. La boxe, le lancement du disque et du javelot ainsi que les courses à pied étaient encouragés.
Les courses de chariots étaient les plus populaires et attiraient jusqu?à 250 000 spectateurs de même que le combat des gladiateurs dans le Colisée. La mort des puissants gladiateurs était selon la croyance populaire de bon augure car leurs âmes étaient censées accompagner les défunts célèbres dans l?au-delà.
La période médiévale fut marquée par un retour des jeux propres aux cultures nordiques et des jeux populaires lors des foires et du passage des solstices d?été et d?hiver. Fossoyeur du sport antique, c?est paradoxalement le christianisme qui invente le sport moderne.
Anglais et Français se disputent toujours la primauté du mot sport. Le mot sport, usité dès la Renaissance, ne serait que la déformation du mot desport signifiant s?exciter, selon une expression du poète Eustache Deschamps. Mais pour revenir au Moyen-Age, cette période de guerres sanglantes, il ne s?agit point d?être savant mais d?être fort. Il faut savoir se défendre et on vit l?épée à côté ou le bâton au poing. On risque pour le plaisir dans les tournois où le véritable enjeu est la vie. ?Les jeux ressemblaient à la guerre et la guerre au jeu.? L?escrime, la lance et l?épée sont le propre des nobles, l?arc et l?arbalète celui des classes inférieures.
à la longue, c?est le jeu de soûle, ancêtre du football, tel que pratiqué par les Anglais, les Allemands et les Italiens, qui aura la faveur d?une certaine bourgeoisie. Mais le football, devenu aujourd?hui le sport le plus populaire au monde, eut bien d?autres ancêtres.
Pour beaucoup, le berceau du football c?est encore la Blonde Albion. En réalité, en Chine, un jeu qui ressemble étrangement au football, le tsu-chu, est pratiqué dès l?an 400 av JC. Les Égyptiens aussi le connaissaient si l?on se fie aux fresques de Beni Hassen où des boules sont placées sur le tombeau des athlètes.
Ce jeu de soûle ou Cholle, qui connut une popularité étonnante dès le XIe ou XIIe siècle et l?ancêtre du foot, était une boule en bois ou en cuir remplie de son ou même d?air. On s?emparait du ballon à grands coups de poings ou de pieds, parfois de bâton recourbé à l?image du hockey. La popularité du jeu envahit tout le petit peuple. La soûle prend le nom de football dès le 12e siècle quand elle atterrit en Angleterre.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le football semble entrer en somnolence sur le continent au profit des belles lettres et de l?art lyrique, mais en Angleterre, rapporte Voltaire, dans ses Lettres Anglaises, le football, la lutte, l?escrime et la course sont en plein développement alors, qu?en France, ce sont les courses chevalines et les paris.
Pendant ce temps le football prend une autre dimension avec la création de la Football Association en 1862, l?établissement de règles précises et le nombre de joueurs fixé à 11. Dès lors, c?est l?émergence des clubs avec la Sheffield Football Association fondée en 1867. Déjà certains clubs anglais comptent en leurs rangs des professionnels. Au départ, il y eut une forte opposition à cette pratique jugée anti-sportive mais elle devait perdurer pour devenir la règle au début du 20e siècle. En 1901, il n?était pas rare d?assister à des rencontres avec plus de 100 000 spectateurs tant ce sport galvanisait la population.
Avec des assises solides, le football britannique conquit le monde entier de l?Europe aux colonies britanniques pour devenir une vraie religion en Amérique centrale et du Sud. D?ailleurs, c?est à Rio de Janeiro au Brésil que se trouve le stade de Manacara avec ses 200 000 places assises.
L?internationalisation des compétitions sportives vient donner une autre dimension à ce sport qui compte, selon la Guinness Book of Records, plus de 45 millions de joueurs dans le monde. L?intérêt pour le football est en passe d?en faire une industrie prospère qui déchaîne des passions, les télévisions satellitaires aidant. Les joueurs les plus convoités volent la vedette aux politiciens dans leurs pays et sont les mieux rétribués de la planète à l?instar des Zidane, Ronaldo, Alexandro del Piero et autres David Beckham. On sait que, du football, sont nées d?autres disciplines sportives notamment le rugby dès 1867, le baseball aux Etats-Unis, le footie, qui passionne les Australiens, et le volley-ball.
- L?apport britannique au football local
Le tennis est une autre discipline ayant connue un riche parcours historique. Il a pour ancêtre le jeu de paume, connu des Chinois bien avant notre ère. En France, il fut pratiqué dans les monastères dès le 11e siècle. La raquette, trouva sa forme présente dès 1450 alors que l?invention du filet date de 1600.
Ce sport a passionné bien des rois et Henri IV fut un de ses plus grands adeptes. Le clergé, interdit de pratiquer la soûle, développa le jeu de paume et le perfectionna mais c?est en Angleterre que le mot tennis trouve son origine dans le mot français tenez. Tout comme le football, le tennis, ancêtre du jeu de paume, donne naissance a d?autres sports non moins populaires tels que le badminton, le squash et le hockey sur gazon et sur glace.
Cet exposé ne permet pas d?élaborer sur d?autres disciplines, comme le cricket, qui déchaînent autant de passion que le football. Mais il serait incomplet sans faire état de l?histoire du sport dans notre pays. De la période française (1715-1810), les récits restent fort nébuleux mais rendons hommage aux Britanniques de nous avoir initiés aux différentes disciplines dès leur arrivée. Sous le premier gouverneur, Robert Farquhar, et un de ses adjoints, le Colonel Alfred Draper, membre du English Jockey Club, les premières courses hippiques eurent lieu en 1812, soit deux ans après la prise de l?île.
Ce sont les forces armées britanniques qui nous ont initiés au football. Nos aînés se souviennent encore des rencontres entre soldats britanniques et marins des navires de guerre qui nous rendaient régulièrement visite, tels les HMS Effingham, HMS Mauritius et autres HMS Renown.
Les terrains de foot des Casernes à Port Louis, à Curepipe ainsi qu?au Gymkhana à Vacoas sont encore là pour témoigner des prouesses de nos ainés aux cotés des grands joueurs britanniques. Souvent des professionnels du foot anglais qui faisaient leur service militaire se retrouvaient sur nos pelouses.
En parlant des Britanniques, saluons au passage ce chef pompier de la municipalité de Port-Louis, C. Dale qui fut la cheville ouvrière de l?initiation de nos compatriotes au football et qui fit de la fameuse équipe de la Fire Brigade un des fleurons dans cette discipline. Des Britanniques, nous avons aussi hérité d?autres disciplines telles le rugby, le tennis, le golf et le hockey, pratiquées au départ sur les terrains des forces armées basées à Maurice. En sus de cela, les tous jeunes, qu?ils fréquentaient le collège Royal ou une école primaire, étaient encouragés à pratiquer d?autres disciplines telles le tug-of-war, la course à pied, le saut en longueur, etc.
Et pour terminer cette évocation du sport, gageons que les Jeux des îles de l?océan Indien donneront un nouveau souffle pour un plus grand engagement de nos jeunes dans les différentes disciplines pour le plus grand bien de la nation.
Benjamin Moutou
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