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Aslam Peerally : un petit poisson devenu grand

30 août 2003, 20:00

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D?un regard serein, il examine chaque personne qui entre dans son magasin. C?est un client potentiel, donc pas question de le perdre. L?air décontracté dans une chemise saumonée et un pantalon marron, assis sur un canapé et grillant au passage une ou deux cigarettes, Aslam Peerally, Sam pour les intimes, ne joue pas les grands chefs d?entreprises.

Pour convaincre les futurs acheteurs, il entame une petite conversation ? ou plutôt négociation ? amicale, très souvent entrecoupée par la sonnerie d?un portable qui retentit inlassablement. Tel le lapin blanc d?Alice aux pays des merveilles, Aslam Peerally est toujours en train de courir après le temps. « Car c?est bien de l?argent ! », dit-il, avec un large sourire. Résultat :

Rs 40 millions de bénéfices et 300 voitures vendues chaque année par Sam Motors. Le secret de sa réussite ? Peut-être un simple hasard !

Originaire de Centre-de-Flacq, Aslam Peerally a gran-di avec trois frères et autant de s?urs. Pour subvenir aux besoins de la famille, Cassam, leur banyan de père, faisait tous les jours le pied de grue auprès des pêcheurs de Trou-d?Eau-Douce et de Poste-de-Flacq pour ramener du poisson. Hafez, leur mère, était poissonnière et se chargeait de revendre au marché le produit de cette pêche artisanale.

À douze ans, Aslam Peerall, vient prêter main-forte à ses parents après avoir essuyé plusieurs échecs scolaires. « Je vendais du poisson au marché avec ma mère qui me donnait de temps à autre un peu d?argent. Parfois, c?était 50 sous ou même une roupie que je me faisais un devoir de garder précieusement », raconte-t-il. Avec ses petites économies, le garçon achète une vieille bicyclette bleue qui avait besoin de réparations.

À chaque fois qu?il recevait un peu d?argent, il achetait quelques pièces détachées pour les poser sur son vélo. « Lorsque j?avais des difficultés à réparer ma bicyclette, je me rendais chez un mécanicien. En échange de ses services, j?effectuais des petits travaux », confie Aslam Peerally. Outre ces réparations, il s?amusait aussi à effectuer toutes sortes de bricolages. Quelquefois, il perçait des boîtes de sardines et y fixait des plaquettes de bois munies de quatre petits bouchons ou capsules qu?il tirait au bout d?une corde. « Et voilà? en voiture ! », s?exclamait-il. C?est peut-être de là qu?est venu le déclic.

Après avoir utilisé sa bicyclette bleue pour écouler du poisson, Aslam Peerally décide de la vendre pour acheter une moto Suzuki. Il a alors 16 ans. Mais avant toute chose, il devait apprendre à piloter un tel engin. Il se tourne alors vers son père, motard chevronné. Tenté par l?expérience, il n?hésite pas à lui subtiliser sa moto pour sortir la nuit. « Très souvent, je faisais des chutes. En rentrant à la maison, non seulement j?étais couvert d?égratignures mais la moto était en piteux état ! Ce qui fait que je recevais une bonne fessée ».

À son tour, la motocyclette fait office d?outil de travail jusqu?au jour où Aslam Peerally décide d?acheter une voiture. Du coup, la Suzuki cède la place à une Nissan bleu métallisé. « Avec cette voiture, je pouvais vendre du poisson plus facilement. Cela me rapportait entre Rs 100 et Rs 150 par jour. Mais par la suite, je me suis rendu compte qu?il y avait d?autres métiers plus lucratifs. J?ai continué le commerce du poisson, mais je suis devenu en même temps chauffeur de taxi », explique Aslam Peerally. Régulièrement, il remplaçait d?autres chauffeurs de taxi à chaque fois que ces derniers n?étaient pas disponibles. Cela a duré trois ans.

Une voiture qui fait office? de lit

Ensuite, à 25 ans, il s?essaye à un nouveau métier. Toujours attiré par l?automobile, il s?attaque cette fois à un plus gros morceau ? le camion. Il a déjà réussi à économiser Rs 100 000 et il entreprend des démarches pour aller en acheter un en Angleterre avec un ami. Comme il coûte Rs 300 000, il lui faut emprunter à une banque. Une fois débarqué à Maurice, son nouveau camion transporte des matériaux de construction pour le compte d?un certain nombre d?entreprises. Cette activité lui rapporte entre Rs 4 000 et Rs 5 000? par jour.

Mais au bout de deux ans et demi, il connaît quelques difficultés. « Le travail ne marchait plus. Alors je suis allé à l?étranger pour acheter des pièces détachées destinées à des clients. Ce déplacement m?a valu une commission d?environ Rs 25 000. C?est alors que j?ai eu l?idée d?importer des voitures pour les revendre à Maurice. »

Avec son ami, il met le cap sur le Japon. Comme ils n?ont pas les moyens de se payer un logement, les deux compères louent une voiture qui fait office? de lit. Quelques jours plus tard, Aslam revient avec cinq voitures, des Nissan et des Toyota, qui trouvent très rapidement preneurs. Sur les conseils de certains clients, il se rend de plus en plus souvent à l?étranger pour acheter des voitures d?occasion. Après quelques mois, il commence à chercher un emplacement pour fonder sa propre entreprise. Épaulé par la firme japonaise Misuse, il ouvre le premier magasin Sam Motors à Centre-de-Flacq en septembre 2000. Il vend des autos, des fourgonnettes et des camions. Les affaires marchent si bien qu?un an plus tard, il lance un deuxième point de vente à Plaine-Lauzun.

Furieux depuis qu?une réduction des droits de douane a fait baisser les prix des véhicules neufs, Aslam Peerally n?est pas homme à s?avouer facilement vaincu. Il rebondit immédiatement et entame sans perdre de temps des négociations avec un fabricant coréen pour le représenter

à Maurice. C?est ainsi que depuis le 1er août, les voitures Kia sont disponibles sur le marché local.

Pour assurer ses arrières, il fonde une seconde entreprise spécialisée dans la commercialisation de pièces détachées neuves et d?occasion. Chez les Peerally, être concessionnaire automobile est une affaire de famille. Hafez, son épouse, s?occupe des finances ainsi que des importations.

Et le petit Heeman, son fils de cinq ans, est déjà fou de ses petites voitures. Dans les yeux du gamin, il voit dès à présent briller une lueur qui suggère que la relève est assurée?

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