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meneur de jeu
C?est un homme heureux ! Ravi Yerrigadoo, ministre de la Jeunesse et des Sports, se dit convaincu d?avoir pour cet événement sportif d?envergure réuni les meilleures compétences.
«J?ai le sentiment d?être un pilote de gros transporteur qui fait vibrer les moteurs de son engin et qui sait qu?il doit à tout décoller sans ambages. Il a mis toutes les chances de son côté avec un bon copilote et des membres d?équipage qualifiés. Je rends hommage à Michaël Glover et je félicite tous les fonctionnaires de mon ministère. Je suis confiant que tout se passera bien.»
Une touche personnelle du jeune ministre : la distribution durant ces jeux d?un kit d?informations contenant deux préservatifs, et la promotion de technologies nouvelles telles que le Wi-Fi de Mauritius Telecom.
Il se défend d?utiliser les JIOI pour faire son parti remporter la partielle de décembre. «Je suis un légiste et un homme d?honneur. Et c?est prendre les Mauriciens pour des imbéciles que de penser qu?ils voteront par rapport à des jeux réussis ou non? »
28 ans le 9 septembre, Ravi Yerrigadoo parle du droit avec un art consommé. C?est avec la même verve qu?il conte ses souvenirs londoniens. Si bien qu?on se demande pourquoi il a délaissé une brillante carrière d?avocat au profit de celle, plus prestigieuse certes, mais plus éphémère, du politique. «Ce n?est ni la BMW de fonction, ni le prestige qui m?a attiré. Je sais qui je suis et je n?ai pas la grosse tête.»
Ce choix, précise-t-il, est dicté par le destin. «Je crois beaucoup au destin. Sir Anerood Jugnauth a cru en moi et m?a proposé d?être son colistier en septembre 2000. C?est le plus grand compliment de ma vie. Qui étais-je pour refuser une telle offre d?un homme que j?admire?
En acceptant, Ravi accomplit inconsciemment peut-être le v?u le plus cher de son grand-père maternel, feu Krishna Lutchmeenaraidoo. Celui-ci rêvait d?être avocat et politique, mais n?avait jamais eu le courage de braver les oppositions parentales.
C?est ce même grand-père qui l?emmène pour la première fois dans un prétoire assister à une session d?assises. L?avocat de la défense n?est autre que sir Gaëtan Duval. «J?avais huit ans et je me rappelle surtout d?un homme en robe noire qui plaidait avec force et conviction. Cela m?a impressionné.»
A tel point que Ravi pense immédiatement au droit quand il réussit ses examens de la Higher School Certificate au collège du St.-Joseph en se classant premier chez les garçons. «Mais lorsque j?ai évoqué la question, mes parents se sont montrés réticents car il n?y avait jamais eu d?avocat dans la famille.»
Le jeune homme n?en démord toutefois pas. C?est ainsi qu?il s?envole pour l?Angleterre, et plus précisément, pour l?Université de Londres. Au bout de sa deuxième année de droit, il habite le quartier huppé de West Kensington où il rencontre des gens de la haute finance et des employés des prestigieux cabinets de droit. Et pendant ses vacances à Maurice, il a des conversations avec Me Sachidanand Veerasamy, Senior Attorney et ami de son père.
De l?humour en plus
C?est aussi à l?Université de Londres que Ravi croise pour la première fois Nando Bodha. Le premier est porté pour le droit corporatif, le second sur le droit européen, et ils s?entraident. L?admission à cette université étant un sésame, la demande de Ravi pour un stage chez Fresh Fields, important cabinet d?avocats, est acceptée.
De 1994 à 1997, il travaille sur un unique cas : celui du renouvellement de la flotte de trains de la Northern Line, qui n?est toujours pas résolu jusqu?à l?heure. Son Law Bachelor empoché, Ravi a l?ambition de devenir un Law Master. Il fait une demande de bourse auprès de l?université d?Oxford.
«On croit qu?Oxford, c?est du luxe, mais les chambres sont étroites et vieillottes. J?ai eu un entretien avec trois professeurs qui m?ont interrogé sur des sujets qui n?avaient rien à voir avec le droit, notamment sur la dévaluation du rouble ou encore sur la raison pour laquelle une bouche d?égout est circulaire. Je n?en avais aucune idée et j?ai fait dans l?humour !»
Avant même d?obtenir une réponse, Ravi décide de rentrer au pays car son père ne va pas bien. Il fait son barreau et un an de stage aux Hamid Moollan Chambers. Un passage dans la presse où il rédige les statuts de la société Créavision, organisatrice de Miss Sourire et Monsieur Maurice avant de se joindre au mouvement Prévention, information et lutte contre le sida de Nicolas Ritter.
En se rendant un jour au Council of Legal Education, il renoue avec Nando Bodha, membre en vue du MSM. C?est ce dernier d?ailleurs qui l?éveille à la politique. «Je n?y connaissais rien et mes parents ont toujours été apolitiques. Quand Sir Anerood a perdu les élections en 1995, je me disais qu?il avait fait son temps. Mais en conversant avec des amis actuaires, comptables, avocats, et compte tenu de la situation du pays, je me suis rendu compte que le parti Travailliste n?était pas ce qu?il fallait.»
Au cours de sa première rencontre avec le leader du MSM, il est effrayé. «J?étais assis sur le bord de la chaise. Mo ti peur tant li paraître impressionnant.»
De nombreuses rencontres s?ensuivent au cours desquelles Ravi découvre «un homme ayant une grande capacité d?écoute et ouvert aux idées nouvelles». Sous l?influence de Nando Bodha, Ravi commence par intégrer l?aile jeune du parti. Il prête main-forte pour l?élection partielle de 1999.
Lorsqu?en l?an 2000, sir Anerood Jugnauth lui propose d?être candidat à ses côtés, Ravi accepte tout en sachant que son profil correspond à celui d?une partie de l?électorat de Piton-Rivière du Rempart. «Je le dis honnêtement : oui il y a une réalité dans ce pays qu?on ne peut occulter. Mais je n?ai jamais tenu de discours communal. Et il ne faut pas oublier que je suis un candidat battu qui est entré par la petite porte en tant que best loser.»
Un temps pour tout
Ravi avoue avoir eu du mal à s?ajuster à la fonction de ministre, du moins dans un premier temps. «Premiers semaines, quand zot pé dire Monsieur le ministre, mo viré et mo rodé cotte ministre-là été. Même si monne rentre là dans par impulsion, mo pas fine pense so banne contraintes. Ena décorum ministre couma éna décorum avocat pareil. Je respecte et j?assume pleinement. Cela dit, mo encore sorti et mo péna narien pou cachiette.»
La vie privée de Ravi demeure une énigme. Les rumeurs l?ont fiancé à des parentes du leader du MSM ou de son épouse. Il dément d?un revers de main tout en reconnaissant avoir été approché par des émissaires? «Cela me flatte d?avoir des propositions de différentes communautés, mais il y a un temps pour toute chose. Je crois au destin et mon heure n?est pas encore venue. Nou pas capav plan ça ban zaffaires-là.»
Il admet que le droit lui manque énormément. «J?ai toujours voulu être avocat et je suis fier de l?être, même si je n?ai exercé que six mois. Ne pas plaider me manque de même que l?impossibilité de faire des recherches sur des arguments discutables. Mais je suis heureux que le MSM m?ait fait confiance. Et puis, on ne sait jamais ce que l?avenir réserve».
Le ministre se dit prêt à servir son pays, quel que soit le Leader of the House du jour. « Je n?ai pas la prétention de laisser mon empreinte sur un pays. Que l?on dise simplement que j?ai apporté une certaine fraîcheur dans les idées et j?en serai satisfait. » Quand on vous disait qu?il n?était pas prétentieux?
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