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« Il faut que chaque surfer ait un permis »
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« Il faut que chaque surfer ait un permis »
La sanction contre Alex Duparc, est-elle juste ?
Alex Duparc a participé à une réunion que nous avons eue au ministère après les premiers incidents. Et il a pu s?expliquer.
Malheureusement, on peut dire qu?il s?est coulé tout seul en avançant que les touristes doivent prendre leurs propres responsabilités. Le gouvernement a été très ferme. Il ne veut plus que des touristes meurent en faisant de la planche à Maurice. C?est pour cela qu?on nous a demandé de proposer un plan d?action. Je dois vous dire aussi que quand Alex Duparc est arrivé, nous l?avons rencontré et lui avons conseillé de ne pas mettre son centre à cet endroit. Le problème, c?est qu?il voulait naviguer là tous les jours?
Et pourquoi ne devrait-il pas s?installer là ?
Le plus gros problème c?est qu?il y a une méprise dès le départ au niveau du site. La Pointe du Morne, c?est un spot pour des sportifs confirmés et surtout pour ceux qui connaissent bien l?endroit. En outre, la plage, à cet endroit, ne fait qu?une centaine de mètres de large. Comment peut-on y caser touristes, baigneurs, planches à voile, etc. On ne peut continuer à vendre ce minuscule spot dans des brochures à l?étranger et remplir ce lagon sans craindre des problèmes de sécurité et des frictions entre les surfeurs. Il existe dans l?Est des plages immenses et des lagons parfaits pour la navigation. Je suis le premier à vouloir des touristes car j?ai une école de Kite à Cap-Malheureux. Mais le Morne ne peut être survendu comme cela.
Quelles mesures préconisez-vous ?
Nous avons défini plusieurs zones de navigation à la pointe. Les gardes-côtes, de leur tour située près de l?Indian Club, pourront avoir un ?il sur ceux qui sortent de ces limites. Nous préconisons l?installation d?un piquet après la passe de One Eye, au Nord, et d?un autre sur le récif sud, près de la grande passe. Quand on regarde une photo aérienne, on peut voir que toute l?eau qui passe par-dessus la barrière sort par les deux passes, créant des courants importants et des zones très dangereuses. Il n?est pas question d?installer des bouées car cela gênerait les pêcheurs. D?ailleurs ces derniers, au Morne, sont favorables à notre système.
Que disent-ils ?
Tous les pêcheurs du coin affirment qu?en dehors de ces limites se trouve l?endroit où ils mettent leurs casiers. D?autre part, la partie du lagon du côté de l?Indian Club est un site de ponte pour les requins. Imaginez que vous êtes un poisson dans trente centimètres d?eau et que vous voyez des dizaines de couteaux (ailerons des planches) passer sans arrêt au-dessus de votre tête?
Que proposez-vous au gouvernement?
Nous suggérons un permis de navigation pour ce site octroyé après un contrôle écrit des connaissances : les courants, les passes, les récifs, les dangers. Nous pouvons aussi éditer une sorte de guide, inspiré du ski alpin. Il existe des pistes et du hors-piste extrêmement dangereux. Le hors-piste ne peut être autorisé à tout le monde.
Les Mauriciens sont-ils les seuls spécialistes ?
Bien sûr que non. Mais nous avons une connaissance, comme un guide de haute montagne connaît les dangers inhérents au hors-piste. Il nous est arrivé de faire trois ou quatre sauvetages dans la même journée, Mauriciens et touristes confondus. C?est affolant et épuisant. Nous ne pouvons pas assurer la sécurité de soixante personnes au Morne en permanence.
Est-ce le travail des gardes-côtes ?
Non. Pourquoi risqueraient-ils leur vie toute la journée lorsque des vagues de cinq mètres s?écrasent sur les récifs et que les courants deviennent monumentaux ? Il ne faut pas leur jeter la pierre. D?ailleurs, pour la plupart, ils ne sont pas des gens de la mer. On ne peut pas leur demander de prendre tous les risques. Il faut régler le problème à la base et faire en sorte que le plus gros des touristes naviguent dans des endroits sûrs.
Que pensez-vous des frictions entre surfeurs ?
Si on parle du surf seulement, il existe à Maurice un seul spot qui fonctionne régulièrement, c?est One Eye. Aujourd?hui, une pirogue fait des allers-retours pour y emmener des touristes. Il y a saturation, d?autant que des agences de voyages vendent le produit comme une destination surf. C?est une erreur car c?est trop limité.
Du coup, les frictions deviennent inévitables, comme c?est le cas ailleurs dans le monde. C?est une erreur de vendre la destination ainsi, d?autant que la plupart de ces surfeurs font partie d?une clientèle dite sac à dos.
Si j?étais un touriste qui vous demandait conseil, me diriez-vous d?aller ailleurs ?
Bien sûr que non, mais je vous dirais de faire très attention et de respecter les autres. Je vous déconseillerais d?aller sur le récif si vous ne le connaissez pas bien. Pour la petite histoire, un groupe de windsurfers italiens m?a carrément dit d?aller voir ailleurs. Ils m?ont presque mis hors du spot. C?est déjà arrivé à d?autres Mauriciens et on ne peut laisser faire ça. Il faut arrêter de vendre n?importe quoi à n?importe qui et prendre conscience que ce site particulier est réservé à une minorité de sportifs, qu?il s?agisse de Mauriciens ou d?étrangers. Si on laisse faire, il y aura d?autres accidents?
A propos de minorité, certains touristes estiment qu?il n?est pas normal qu?une bande de privilégiés fasse la loi?
C?est un faux problème. Il s?agit surtout d?une minorité qui connaît particulièrement le site et ses dangers et qui en a assez d?avoir à porter secours à des inconscients. Il faut éviter de nouvelles fatalités et résoudre le problème à la base.
par Bertrand Meunier
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