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?Maurice n?est pas encore prête pour les normes IAS 39?

26 août 2003, 20:00

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Les normes IAS 39 sont considérées comme étant politiquement sensibles. Quelle en est la raison ?

Les IAS 39 ont des implications très profondes. Les banques françaises ont été les premières à questionner leur application. Elles ont fait des représentations auprès du président Jacques Chirac, arguant que ces standards allaient tuer les entreprises.

Convaincu par les arguments, le président Chirac a même demandé aux institutions de standards setters de reconsidérer l?adoption des normes IAS 39. Au cas contraire, estiment les critiques, cela peut causer des problèmes de volatilité pour l?économie européenne.

Il faut adopter des normes qui sont globalement acceptables. Les IAS 39 n?ont pas été acceptés dans les marchés européens. Le sentiment est qu?il y a eu too much too soon. Les difficultés sont encore plus aiguës dans les économies émergentes où il y a davantage de réticence dans la mesure où les différents acteurs sont moins familiers avec ces normes. Alors que l?Europe se montre très prudente, Maurice, elle, en a déjà fait une loi. Le Companies Act 2001 fait de l?adhésion aux IAS une exigence légale. Mais Maurice n?est pas encore prête pour cela. Le corps des comp-tables ici doute fort que les entreprises puissent se conformer à ces exigences qui sont très strictes.

Les IAS 39-Financial Instruments : Recognition and Measurement couvrent des instruments très complexes tels les derivatives financiers, les couvertures de risques de change (forex risks hedging) et des futures contracts. En même temps, elles traitent des items communs dont des prêts entre compagnies ainsi que des investissements. Les IAS 39 préconisent que les investissements soient évalués à leur valeur marchande et non à leur historical cost. Cela veut dire que les revenus des banques et des sociétés d?assurances de même que leurs ba-lance-sheet values pourront varier considérablement d?une année à une autre dépendant du marché boursier.

Les IAS 39 ne remettent-elles pas en question la notion de prudence qui a toujours eu préséance dans les pratiques comptables ?

La notion de prudence a toujours prévalu dans l?esprit des normes et des pratiques comptables. Les IAS 39 représentent, au fait, une attaque sur cette notion. Le traitement comptable sur la base des principes de prudence a toujours privilégié les revenus réalisés par rapport aux revenus non réalisés. Les IAS 39 préconisent la méthode d?évaluation market value au lieu de la book value des actifs et des passifs dans la présentation des résultats financiers.

Ainsi, les résultats financiers comprendront beaucoup plus d?évaluations market-based qu?auparavant. Les résultats à court terme seront dorénavant plus importants. Il sera désormais difficile d?expliquer les décisions à long terme en raison des volatilités à court terme.

Les normes comptables n?auraient jamais dû influencer les décisions des entreprises. Or, pour la première fois il y a un standard (IAS 39) qui vient faire justement cela en raison de l?ampleur de son impact.

Même les autorités fiscales et les régulateurs financiers dans les pays en développement ne sont pas encore au fait de ces exigences. Aussi, il y a beaucoup de formation à entreprendre à ce niveau.

Maurice n?est pas le seul pays à juger l?adhésion aux IAS 39 difficile. Il faut savoir que les IAS 39 ne sont qu?une déclaration intérimaire et non une décision finale. Il est de fait important de bien suivre les développements au niveau international. Il est aussi souhaitable que les appréhensions des marchés et des entreprises soient prises en compte avant l?introduction finale des IAS 39.

Les IAS 39 s?intéressent de près à l?utilisation des ?derivatives? par les compagnies?

Les IAS 39 ont une pertinence particulière concernant les derivatives. Ils prévoient que les compagnies doivent déclarer tous les derivatives qu?elles utilisent. Précédemment, ces instruments financiers étaient traités en tant qu?items off-balance sheet. Les entreprises estiment à tort que les IAS 39 n?intéressent que les banques et autres institutions financières. Or, tel n?est pas le cas. Les IAS 39 concernent toutes les compagnies, surtout celles qui sont engagées dans les acti-vités d?import-export.

Beaucoup d?entreprises affirment qu?elles ne spéculent pas sur les instruments financiers. L?objectif des IAS 39 est de révéler si tel est vraiment le cas. Toutes les compagnies ont des débiteurs, des créditeurs, des accounts receivable et des accounts payable. Tout cela débouche sur l?utilisation des instruments financiers. Les entreprises ont des dettes et des actifs qui comportent des taux d?intérêt inférieurs à ceux pratiqués sur le marché. Les effets de discounting des prêts à des taux préférentiels peuvent avoir une incidence considérable sur les résultats de l?entreprise.

Beaucoup de sociétés sont engagées dans le commerce des commodités tels le sucre et les produits pétroliers. Dans la mesure où elles ont recours aux instruments de couverture de risques de change, elles tombent sous le coup des IAS 39.

Mais les entreprises font face à un manque de produits ?derivatives? sur le marché?

Les entreprises utilisent les derivatives beaucoup plus que les gens en pensent. De toute façon, les IAS 39 définissent les derivatives de manière beaucoup plus exhaustive. Les compagnies ont ce qu?elles croient ne pas posséder. A partir du moment où une entreprise engagée dans le commerce international utilise une devise autre que celle de son homologue, elle souscrit déjà à un contrat de derivatives avec l?autre partie, même s?il n?y a pas de document écrit à cet effet.

Il y a donc un grand danger que l?on considère les IAS 39 comme une norme comptable parmi d?autres. Or, davantage qu?une norme comp-table, les IAS 39 encouragent une meilleure gestion des risques et forcent le management à mieux évaluer sa performance.

Les IAS sont rule-driven. A moins que les entreprises se soient préparées à ces règles, elles auront bien du mal à y adhérer.

Quels sont les principaux éléments d?un programme de gestion des risques de change au sein des entreprises ?

La gestion des risques comporte deux aspects principaux : l?identification des risques et les méthodes de couvertures employées. Il faut que le management soit informé de l?étendue des actifs et des passifs qui sont libellés en devises étrangères. La gestion des risques de change doit être liée aux procédures du budget, c?est-à-dire qu?il faut estimer les forex inflows et les forex outflows et les intégrer aux autres projections financières.

Propos recueillis par

Akilesh ROOPUN

?Il faut savoir que les IAS 39 ne sont qu?une déclaration intérimaire et non une décision finale. Il est de fait important de bien suivre les développements au niveau international.?

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