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Camouflage

26 août 2003, 20:00

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Il y a plusieurs faits troublants à relever dans la question de blanchiment d?argent. L?élément le plus inquiétant demeure le fait qu?il n?est point nécessaire d?avoir recours à une ingénierie financière sophistiquée pour blanchir des capitaux. Très souvent, des opérations impressionnantes peuvent être montées au moyen de simples ?bricolages financiers?.

En absence de lois et de règles adéquates, des techniques rudimentaires suffisent pour conférer une apparence légitime aux gains obtenus par des moyens illicites.

Certes, des transactions transfrontalières apportent un niveau de dissimulation beaucoup plus solide aux man?uvres. Imaginons un scénario classique. Des fonds provenant d?une activité criminelle sont expédiés vers des comptes bancaires à l?étranger. L?opération de camouflage se poursuit loin de la scène du crime, avec pour objectif de brouiller les pistes. Les fonds sont réexpédiés vers d?autres comptes et d?autres institutions, ou sont utilisés pour acquérir des actions, des polices d?assurance et d?autres instruments d?investissement qui sont facilement transférables. L?argent peut aussi être transféré vers des sociétés-écran.

L?étape la plus inquiétante est celle où les fonds sont recyclés dans l?économie officielle. C?est l?étape où les régimes de AML-CFT (?Anti Money Laundering and Combating the Financing of Terrorism?) risquent de s?avérer peu efficaces. L?argent retourne souvent au pays d?origine sous forme d?investissements fictifs ou d?investissements spéculatifs. Ce sont d?ailleurs, des capitaux qui se prêtent parfaitement à la spéculation foncière, immobilière et même boursière.

Quel que soit le niveau de technicité utilisée, les banques, bien plus que les autres institutions, y ont un rôle de pivot. D?où les pressions auxquelles elles sont dorénavant sujettes. Elles doivent bien se garder de traiter avec des individus et des organisations aux allures suspectes. Elles devront être constamment en état d?alerte et ont un devoir d?attirer l?attention des autorités concernées, dont la police ou la Financial Intelligence Unit (FIU) sur des possibles transactions louches. Au prix de sacrifier le principe sacro-saint du secret bancaire.

Entre risquer sa réputation et les contraintes des nouveaux régimes de supervision, le choix est on ne peut plus clair. D?ailleurs, la conformité aux régimes de AML-CFT est désormais la règle générale et non pas l?exception.

Mais les banques ne sont en fin de compte qu?un maillon de la chaîne. Il faudra aussi s?attaquer aux entités se prêtant aux camouflages, dont des sociétés écran et des ?front cash business?. Les autorités procèdent depuis un certain temps à un dépoussiérage du registre des compagnies (onshore et Global business). Les sociétés-écran ? soit celles qui sont dépourvues de toute substance et de toute justification crédible de business ? ont toujours été des conduits par excellence pour les opérations de blanchiment.

Les agences engagées dans le combat contre la criminalité financière doivent s?intéresser plus que jamais aux business de façade. Le Narcotics Bureau local a déjà identifié, par exemple, les activités vers lesquelles les anciens trafiquants de drogue se sont recyclés.

Il faut un combat à armes égales. A ce jour, tel n?est pas le cas. La traque des délinquants présuppose un dispositif de renseignements (police et autres agences d?investigation) beaucoup plus performant et professionnel. A terme, ces agences devront être en mesure d?agir par leurs propres ?expéditions? et non se fier essentiellement aux informations fournies par les institutions financières.

par Akilesh roopun

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