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Citoyens en marche !

24 août 2003, 20:00

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Un drapeau, quatre couleurs. Rouge, bleu, jaune, vert. Et des dizaines de milliers de citoyens en marche. Plus de 130 000, selon le ministre des Sports Ravi Yerrigadoo, dont on a du mal, ces jours-ci, à calmer les ardeurs. Soixante-dix mille, peut-être un peu plus, à en croire des sources policières, plus mesurées. Mais qu?importe les chiffres. Seule compte la ferveur. ?Mieux vaut la qualité que la quantité?, disait il y a quelques jours, Menon Munien, chef d?orchestre de ce grand rassemblement national.

Et hier matin, il faisait visiblement bon être Mauricien. C?est que la passion du quadricolore est redevenue contagieuse à l?approche des Jeux des îles. Elle avait d?ailleurs gagné les principales villes du pays : Curepipe, point de départ de cette belle aventure.

Rose-Hill, où s?est arrêté le cortège des marcheurs. Et, pour finir, Port-Louis, la capitale, fière et colorée, là où, depuis hier, la flamme des Jeux fait escale en attendant de prendre dans quelques heures les routes du Nord.

Joyeux virus d?une République qui réapprend à vivre unie et à cimenter son identité, une République qui s?applique à oublier une année 1999 particulièrement noire.

Brûlées par les flammes de l?extrémisme, Catherine et Eugénie, petites filles aux visages d?anges, hanteront à jamais les repères de L?Amicale. Kaya, lui, sera pour toujours dans nos coeurs. Mais il y a des jours où l?on se dit qu?il faut tourner la page, ranger nos rancoeurs et passer à autre chose.

?1999 appartient au passé, s?exclamait Ravi Yerrigadoo au sortir de Port-Louis. Le ciment de l?unité nationale a repris. Il nous sera utile pour affronter d?autres défis. Que le souvenir d?hier perdure à jamais, que le dimanche 24 août 2003 soit pour notre pays un jour historique?.

Historique. Le jeune ministre a trouvé le mot. Jamais ô grand jamais, notre drapeau national ne s?était autant affiché qu?hier. Devant l?église Sainte-Thérèse, à la jonction d?Eau-Coulée, aux abords de Phoenix, dans la cour du Plaza, à Trèfles et Cité Maingard, au rond-point de Beau-Bassin, à l?entrée de Grande-Rivière, devant Cité Vallijee, et surtout à Port-Louis. Du rouge, bleu, jaune, vert partout.

?Un véritable déferlement?,</B>

Premier symbole de notre identité, pont entre les cultures et les ethnies, maillon fort de notre héritage, le magnifique quadricolore colorait les joues d?enfants, habillait les voitures et traînait en petit format de main en main, des deux côtés de la chaussée.

?Ce peuple est formidable. Je m?en voudrais de ne pas lui décerner une médaille d?or?, s?empressait d?ajouter Yerrigadoo, grisé par l?inattendu bain de foule d?une nation en liesse.

Même émotion du côté de Michaël Glover, son prédécesseur. ?Je suis content que le message soit passé, se félicitait le Chief Executive du Comité d?organisation des Jeux des îles. J?ai été agréablement surpris. Non seulement c?était noir de monde partout, mais, en plus, les citoyens étaient enthousiastes. Ils criaient sans cesse Allez Maurice. Je n?ai jamais vu le quadricolore s?agiter autant le long des trottoirs. C?était un véritable déferlement. C?est rafraîchissant et réconfortant pour l?unité nationale. Ce soir, je suis un homme comblé.?

Et Menon Munien d?ajouter : ?Le mauricianisme n?est pas mort. Il faut simplement savoir l?éveiller. Le sport est un formidable tremplin pour ça. Le peuple a besoin de ce genre de manifestation pour se sentir rassuré.?

L?ancien nageur Sultan Beeharry, inoubliable médaille d?or de 1985, et qui avait eu, la veille, l?insigne honneur d?allumer la vasque à Curepipe, n?est lui aussi pas surpris par l?ampleur de la démonstration populaire d?hier. ?Les Mauriciens ont toujours aimé leur pays. Mais le volcan du patriotisme dormait. Il s?est réveillé hier. Et, cette fois, c?est pour de bon?. Que Sultan dise vrai.

C?est un peu pour donner un sens à cette unité enfin retrouvée que Radakrishna Seedrassen, unijambiste de 42 ans, a fait le long trajet Curepipe-Rose-Hill en fauteuil roulant : ?Ça sent bon 1985. Pour rien au monde je n?aurais raté ça?. ?Je n?aurais jamais cru que le peuple mauricien aurait été à ce point motivé pour les Jeux?, ajoute pour sa part Eric Firmin, ancien milieu de terrain du Curepipe Cosmos.

Le secteur privé, comme toujours, a apporté sa pierre à l?édificie. Les employés de Mauritius Telecom et de Food and Allied arboraient fièrement leurs couleurs. Ceux de la Mauritius Commercial Bank, sponsor principal des Jeux des îles, débordaient d?énergie. Pendant que la charmante Pascale Massé distribuait ses autocollants, Thérèse Pilot, responsable des Relations publiques à la rue sir William Newton, n?avait de cesse de galvaniser ses troupes.

Phoenix Beverages a pour sa part mobilisé plus de 200 employés. ?C?est qu?il fallait marquer le coup, renforcer cette étonnante effervescence?, explique Nicolas Goupille, Marketing Manager.

Mais les plus en vue, hier, étaient les joyeux lurons de la Swan Group. Tout de bleu vêtus, ils ont mis le feu au défilé. A pied comme en voiture d?ailleurs.

L?émotion était également palpable chez les politiques. ?J?ai beaucoup de chance d?être maire cette année. Les Jeux, c?est une fête extraordinaire?, résume Gérard Colin, grand patron de Curepipe, ville qui a relevé le défi de colorer la longue soirée de samedi.

Bala Padiachy, son collègue de Rose-Hill, était lui aussi émerveillé : ?Je suis fier d?être mauricien. C?est le patriotisme qu?on a célébré hier. Vive Maurice?, lâchait-il la voix tremblante et traînant un immense quadricolore.

Même euphorie du côté des porteurs de la flamme. Premier maillon de la longue chaîne d?hier, l?inimitable Paul Ducray, haltérophile d?un autre temps, l?homme qui a formé plus de trente Mr Mauritius, se disait heureux d?offrir un si beau cadeau à ses quatre petits-enfants. ?C?est pour eux que je fais ça. Ils ont été emballés de voir leur grand-père porter la flamme?, dit-il, tout sourire. ?Je veux donner l?exemple aux jeunes, leur dire qu?on peut avoir de belles jambes même à 74 ans. Faut-il encore avoir une hygiène de vie. Moi, je ne bois pas, je ne fume pas. Et je me porte bien. D?ailleurs, je soulève encore 200 livres. Pas mal non ??.

Serge Moorjee, l?entraîneur historique du défunt Mahebourg United, avait la gorge nouée après avoir porté la flamme à Saint-Paul. ?J?ai 51 ans et c?est la première fois que je vis un moment pareil. Je suis ému. Je ne sais plus quoi dire?, confiait-il à Marie-Michèle Etienne, de Radio One.

?J?ai officié à deux phases finales de Coupe du monde et arbitré une finale de Coupe d?Afrique des Nations. Mais là, c?est une autre dimension. Porter la flamme des jeux, c?est tellement gratifiant. Le bain de foule, les ovations? Je ne vivrai pas ça une seconde fois, c?est sûr?, ajoutait pour sa part Alain Lim Kee Cheong, qui s?est vu confier la lourde tâche d?allumer la vasque à Rose-Hill.

Une ivresse que n?a pas connu le coureur cycliste Steward Pharmasse, qui a une nouvelle fois fait parler de lui hier en faisant faux bond aux organisateurs, qui l?avaient placé sur la liste des relayeurs. Décidement, il faut de tout pour faire un monde.

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