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Les jeux de l?espoir

23 août 2003, 20:00

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Exauçons le v?u du vice-Premier ministre. Concluons une trêve politique. Parlons de sport. Parlons plutôt de cette autre île Maurice qui fait plaisir à voir ces jours-ci et qui, justement, administre une forte leçon aux politiciens.

Première leçon : la synergie. L?île Maurice qui gagne, qui relève les défis, qui remplit ses engagements est celle qui mobilise l?ensemble de ses ressources. On voit bien dans nos villes et villages, dans nos rues, aux abords des stades, sur nos murs, l?excitation laborieuse de nos ouvriers qui mettent la dernière main au blason redoré de la fierté nationale. On sent comme une soudure. Chacun est occupé à accomplir sa part de travail. Le soutien du secteur privé à l?effort national d?organisation des Jeux des îles est visible. La synergie des moyens de l?État et des capacités du secteur privé a produit en effet des résultats spectaculaires. Elle permettra à Maurice d?accueillir les jeux les mieux organisés de son histoire, d?offrir aux dirigeants sportifs et aux athlètes de la région des infrastructures de qualité et un confort inégalé.

Cette collaboration exemplaire qui s?appuie sur des complémentarités et reconnaît les expertises particulières de chaque partenaire est grandement facilitée par un ministre élégant dans ses rapports interpersonnels et impressionnant par l?énergie qu?il déploie dans l?exercice de ses responsabilités.

La conclusion est claire. L?île Maurice peut surmonter bien des obstacles pour peu que l?on s?attache à mobiliser ses potentialités et les canaliser par un leadership éclairé. Elle possède un secteur privé vigoureux, patriote et organisé, capable de belles réalisations quand on en fait un partenaire au lieu d?un adversaire et moins encore une cible.

Deuxième leçon : l?équipe. Dans la constitution de l?équipe qui représentera la nation, un seul critère : le mérite. C?est l?effort de chacun, son travail et ses performances qui lui valent l?honneur de la sélection. L?idée n?est venue à personne de proposer que l?on constitue l?équipe nationale en fonction de la démographie ethnique. Aucune association socioreligieuse n?a encore exigé que l?on revoie la grille de sélection. L?ambition nationale est de réaliser la meilleure performance, de produire les meilleurs résultats et pour ce faire, chacun reconnaît qu?il faut aligner les meilleurs.

Les meilleurs Mauriciens, nous sommes prêts à aller les chercher partout où ils sont. Pour l?honneur de la nation, personne n?a montré la moindre frilosité à accueillir au sein des équipes les Mauriciens de la diaspora fraîchement débarqués de France, d?Angleterre, d?Australie et du Canada. L?ouverture d?esprit, la reconnaissance du talent, la solidarité et l?accueil revigorent l?équipe et augmentent ses chances. Aucun athlète qui aurait perdu sa place en sélection du fait de l?arrivée de ces Mauriciens d?ailleurs n?a revendiqué un droit du sol exclusif. La force est d?accueillir les talents d?où qu?ils viennent, mais dans le respect des règles. Les règles justement, c?est sacro-saint.

Troisième leçon : la discipline. Ceux qui ne respectent pas les règles, qui font fi de l?éthique sont exclus de l?équipe quelles qu?en soient les conséquences. La rage de vaincre ne peut pas salir l?idéal sportif en tolérant ceux qui le déshonorent. Un sportif, ce n?est pas un député. S?il est en infraction, il n?a plus sa place dans l?équipe, il ne peut plus représenter la nation? Il y a eu quelques écarts, c?est vrai mais les fautes étaient relativement bénignes. Le sport, c?est le terrain de l?honneur, la politique, c?est ? Respectons la trêve !

Quatrième leçon : l?ouverture. Les jeux, c?est d?abord une énorme organisation, une administration complexe qui gère des domaines variés. Il faut à la direction un management compétent, expérimenté, passionné capable de susciter l?adhésion et la participation active de centaines de bénévoles. Les organisateurs sont en train de gagner leur pari parce qu?ils ne pratiquent aucun exclusivisme, notamment politique. La carte d?un parti n?est pas exigée. Chacun peut apporter sa contribution et a priori, personne n?est exclu. Dit ainsi, le principe apparaît banal. Il ne l?est pas. Maurice est généralement scindée en deux camps mutuellement exclusifs. Selon l?alliance qui exerce le pouvoir politique, l?autre moitié des citoyens est généralement exclue de toute participation nationale. C?est ainsi que le pays se prive souvent de compétences reconnues parce qu?elles ont la mauvaise idée de ne pas être de la même couleur politique que les princes qui gouvernent. Le management et l?encadrement sportif échappent en grande partie à cette pratique débilitante et c?est ce qui fait la qualité de son rayonnement.

Cinquième leçon : l?adversaire. C?est la plus importante. Savoir à tout moment que l?adversaire est ailleurs. Ne pas commettre l?erreur de s?exténuer à s?inventer des adversaires intérieurs, à se tirer mutuellement dans les pattes, à instaurer un climat de guerre civile alors qu?il faut serrer les rangs pour affronter la menace extérieure. Le monde sportif, lui, ne s?y trompe pas. Ministre, officiels, entraîneurs, athlètes, public se retrouvent dans la même ambition, partagent les mêmes émotions, célèbrent les vainqueurs, pleurent avec les vaincus, frissonnent ensemble au lever du quadricolore dans un stade enfiévré.

Gagner face à l?extérieur, résister aux menaces étrangères, voilà ce qui mobilise la large coalition des talents nationaux à la veille de l?affrontement. Il en va de même dans d?autres sphères de compétition internationale, dans l?économie et le commerce.

Les nations qui gagnent sont celles qui unissent leurs forces pour contrer l?adversaire étranger. Celles qui se livrent à des guerres intestines dérisoires et stériles dépérissent et meurent.

Il fait bon voir l?engagement, l?effort, le sens patriotique que mettent des centaines de Mauriciens à réussir l?organisation des jeux, à faire honneur au pays sur les pistes de l?excellence. Ces leçons valent bien une trêve.

Allez Maurice !

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