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Marie-Lourdes la petite mère des jeux
De ses années de gloire, Marie-Lourdes Appadoo, née Allysamba, a conservé le même physique hyper musclé qu?elle promenait sur les stades et que n?ont atténué ni l?âge, ni les grossesses. «Mais bien sûr que j?ai 43 ans», dit-elle dans un grand éclat de rire. «C?est au sport que je dois cette forme. Il fait rester jeune, si on le pratique convenablement. Le corps n?est pas une machine. Il faut le faire travailler certes mais aussi lui donner le temps de repos dont il a besoin», explique-t-elle.
Depuis qu?elle sait marcher, Marie-Lourdes aime courir et se mesurer aux garçons. C?est à partir de 11 ans que cette native de Terre-Rouge qui vit à Rose-Hill depuis 1968, s?essaie aux sports à la Notre-Dame-de-Lourdes RCA. Elle se classe seconde en course.
Ses aptitudes sportives se révèlent toutefois durant sa première année d?études secondaires au collège St-Andrews. Au cours des sports de l?école, elle rafle le premier prix pour les sept épreuves au programme. Elle court si vite qu?on la surnomme «ti l?auto». «Je m?étais surtout mise en tête de réussir.»
Marie-Lourdes se fait remarquer par feu Gaby Jules, attaché à une fédération sportive, qui lui demande de venir s?entraîner au stade de Rose-Hill. La jeune fille, élevée dans un cocon, n?hésite pourtant pas une seule seconde. «Je n?ai rien dit aux parents. Après l?école, je me suis rendue au stade et là, je pratiquais les 100 m, 200 m et le saut en longueur. Je rentrais à la maison à 18 heures et je me faisais invariablement engueuler par mes parents.»
Capitaine de l?équipe d?athlétisme de son école, c?est par obligation que Marie-Lourdes se tourne vers les lancers en 1979. «Dans mon équipe, il y avait des filles pour courir mais personne pour les lancers. J?ai fait le poids.» Elle s?entraîne si bien dans cette discipline sous la direction de Pipo Lapierre qu?elle pulvérise le record aux jeux inter-collèges avec un lancer à 11 m 02.
Détermination
Ce record lui permet d?être sélectionnée pour les premiers Jeux des îles de l?océan Indien de 1979 à la Réunion. «Mes parents étaient étonnés et fiers de moi. Ils avaient peur de me voir quitter le cocon familial mais ils ne pouvaient pas m?empêcher de partir car je suis déterminée de nature. Même s?ils s?étaient opposés à l?idée que je fasse du sport de haut niveau, je serais passée outre.»
A sa stupéfaction, elle remporte la médaille d?or au poids à ces Jeux. «C?était inattendu car sur papier, mes concurrentes avaient de meilleures performances. De toutes les façons, ce n?est pas contre elles que je me battais mais contre moi. J?essaie toujours d?améliorer mon record personnel.»
Sélectionnée cette année-là pour faire partie de la délégation mauricienne aux Jeux mondiaux des étudiants au Mexique, Marie-Lourdes côtoie des athlètes internationaux dont la championne du monde de poids, l?Allemande de l?Est, Slupianek. «Elle ne parlait pas un traître mot d?anglais et je ne connaissais pas l?allemand. A l?entraînement, elle s?exécutait en disant que ce qu?elle faisait était good. Quand je lançais, c?était not good. Dans ma tête, je pensais que je n?y arriverais jamais car elle lançait le poids à 22 m. Je n?en menais pas large avec mes 11 m et quelque». Même si Marie-Lourdes se classe 12e et dernière, ce contact avec les athlètes étrangers l?émerveille et lui donne envie de renouveler l?expérience.
Quand elle revient au pays, elle est à un mois de ses examens de Higher School Certificate. Elle sait qu?elle va les rater et se dit qu?elle fera une troisième année. Une proposition d?emploi comme enseignante d?éducation physique au collège London la fait changer d?avis.
Le sport rythme alors toute sa vie. En sortant de l?école, elle se rend directement au stade pour s?entraîner au poids mais aussi au 100 m et au saut en longueur. En 1978, elle est championne de Maurice du 100 m. En parallèle, elle poursuit le basket-ball qu?elle a commencé au niveau régional depuis trois ans. Elle se montre si douée en basket qu?elle est sélectionnée en 1978 pour jouer dans l?équipe nationale. L?équipe de Maurice bat celle de la Réunion.
Records en série
En 1982, aux Jeux du Commonwealth en Australie, elle bat le record de Maurice du saut en longueur. En 1988, elle est championne de Maurice de cette discipline. Voulant avoir plusieurs cordes à son arc, Marie-Lourdes s?essaie à l?heptathlon et cela lui réussit. On pourrait continuer ainsi pendant des heures tant la jeune femme a touché à presque toutes les disciplines de l?athlétisme.
A ce jour, Marie-Lourdes a participé à six championnats d?Afrique d?athlétisme et a été médaillée d?argent en Algérie et médaillée de bronze à l?heptathlon en 1990. Marie-Lourdes est si éprise de sport qu?en sus de son emploi d?enseignante d?éducation physique au collège de Lorette de Rose-Hill, elle s?entraîne 33 heures par semaine. «Cela peut paraître dingue mais pour moi, c?était une drogue. Une drogue mais aussi un rocher auquel j?ai pu me raccrocher pendant les moments difficiles», avoue-t-elle.
Incursion en politique
Elle rencontre alors Georges Appadoo, joueur de volley-ball à la Fire Brigade, entraîneur de l?équipe de volley-ball féminin, Idéfix, et actuellement responsable de la cellule technique du centre de formation de volley-ball. Il fait battre son c?ur mais le sport demeure la priorité de Marie-Lourdes. «Quand nous sommes sortis ensemble pour la première fois, j?étais en transit. Le lendemain, je partais pour le Canada pour trois mois, m?entraîner à l?heptathlon. Une semaine après mon retour, je partais au Lagos. Puis, cela a été la Thaïlande, l?Inde, la Nouvelle-Zélande, avec une semaine de transit à Maurice. Mon sport passait avant tout et ça, Georges le savait et le respectait. J?ai le même sentiment vis-à-vis du volley-ball, la passion de sa vie.»
Ils se marient en 1990 et deux jours après, elle le quitte pour participer à un rassemblement d?athlètes à Anse-la-Raie, et ensuite aux Jeux à Madagascar. Georges ne se plaint jamais. « Il a toujours respecté cela. Je n?aurais pas pu vivre avec un homme qui ne partage pas la même passion que moi pour le sport.»
Georges et Marie-Lourdes adorent les enfants et veulent en avoir. En 1991, Marie-Lourdes donne naissance à une fille nommée Anne Lise et reprend l?entraînement de façon aussi intensive qu?avant, un mois après l?accouchement. Heureusement que sa mère Maryse, et Georges sont là pour garder la petite. Elle continue ses entraînements et améliore ses performances. Elle fait une incursion dans le monde politique en 1993 en acceptant d?être candidate pour le MSM-MMM aux municipales. Dans l?après-midi, elle est sur le stade et en soirée, elle anime des réunions nocturnes et des meetings. Le jour de l?élection, qui a lieu pendant le championnat de Maurice, elle incite les gens à aller voter le matin et se retrouve sur la piste cendrée du stade dans la journée. «La télévision nationale n?a pas manqué de montrer la candidate le matin et la sportive dans l?après-midi», se remémore-t-elle en riant.
Cette année-là, alors que ses performances n?ont jamais été aussi bonnes, elle décide de raccrocher. «J?étais au top mais j?avais pris la décision de me consacrer à ma famille. Je trouvais que j?en avais assez fait comme ça. Cette décision a été longuement pesée mais une fois que je l?ai prise, je l?ai assumée.»
Anne-Lise réclamant à cor et à cri un frère ou une s?ur, Georges et Marie-Lourdes s?y mettent. En 1996, elle est enceinte mais sa grossesse est difficile. Elle donne naissance à une petite fille prématurée de six mois, bébé qu?elle qualifie de «miraculée». Le nourrisson reste un mois en incubateur. Le mois suivant qui est celui de novembre, elle doit chauffer sa maison pour que la petite, baptisée Terry-Ann, puisse être au chaud. A un an, Marie-Lourdes et Georges se rendent compte que la fillette souffre d?une forme de paraplégie rare qui contracte ses muscles. Le sport ayant affûté leur nature combative, ils acceptent ce fait et lui font suivre des sessions de physiothérapie.
Pas la priorité des femmes
Toutes ces attentions ont fait que l?état de santé de Terry-Ann se soit nettement amélioré. «C?est le boute-en-train de la maison», précise Marie-Lourdes, qui a été secrétaire administrative de la Commission nationale du sport féminin de 1997 à 2000 et qui occupe à nouveau ce poste depuis 2001. Cela, après avoir obtenu de longs congés sans solde du collège de Lorette de Rose-Hill.
Sa tâche est d?organiser des activités sportives pour les femmes en semaine et en week-end. «L?objectif est de faire en sorte que les femmes se rendent compte des bienfaits du sport et qu?elles entraînent leurs enfants à en faire autant.»
Si Marie-Lourdes se passionne pour cette responsabilité, elle trouve regrettable qu?un plus grand nombre de femmes n?en prenne pas avantage. «Elles doivent avoir d?autres priorités. Il y a les enfants et le mari. La femme doit toujours faire un choix. Mais au cours de nos causeries, je leur dis qu?elles doivent s?accorder une heure par semaine. Je n?accepte pas qu?elles disent qu?elles n?ont pas le temps. Si on ne va pas chercher le temps, on ne le trouvera pas », estime-t-elle. Ce qui la fait persister, c?est le fait que le nombre de participantes va en augmentant. «C?est toujours en-deçà de nos attentes mais disons qu?il y a de l?espoir.»
Elle a été surprise d?être désignée chef de la délégation féminine des JIOI. «C?était une agréable surprise», déclare-t-elle. Si son rôle est de travailler avec les team leaders, Marie-Lourdes sait qu?elle ne pourra pas rester loin des athlètes. « Je serai un peu leur maman», confie-t-elle en riant.
C?est sans nostalgie que Marie-Lourdes regarde ses médailles et les coupures de presse relatant ses exploits sportifs. «Tous les Jeux ont été une expérience unique, chargés de souvenirs marrants. On s?est bien amusé mais la vie continue. Alors pourquoi être nostalgique? Je suis contente de ce que j?ai. C?est déjà beaucoup en comparaison avec ce qu?ont d?autres.» Marie-Lourdes éprouve pourtant un pincement de c?ur de voir que les jeunes talents, qui émergent au niveau cadets, ne se retrouvent pas chez les seniors. «Pendant les championnats cadets, on voit des tas de talents. Au niveau senior, on les perd. J?ignore ce qui les empêche d?éclore. Il se peut qu?il n?y ait pas assez de communication entre eux et les entraîneurs. Sans Gaby Jules, Myrna et Pipo Lapierre, Jean-Gérard Théodore, je n?aurais pas réussi tout ce que j?ai réussi. Ces entraîneurs-là étaient passionnés par le sport. C?est pour cela qu?on a été aussi loin. Les études sont certes importantes mais aujourd?hui, les jeunes ont aussi d?autres distractions. Il y a les discothèques et d?autres loisirs qui les détournent du sport. Aux jeunes, j?ai envie de dire : Laissez-vous tenter par le sport. Rien n?est facile mais il faut chercher, persévérer. Faites du sport votre loisir principal, vous ne le regretterez pas.» Un message qu?elle saura sans nul doute transmettre aux jeunes athlètes qu?elle encadrera lors des Jeux?
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