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La distillation du goudron

17 août 2003, 20:00

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La houille de notre dernière chronique figurait dans notre livre scolaire et invitait la visite du ramoneur, toujours petit. L?activité du gamin était essentielle à cause de la suie dégagée par la flamme du combustible dans l?âtre. Un peu de la poussière noire, qui la rendait lumineuse, se déposait sur les parois de la cheminée tandis que le reste continuait jusqu?à l?atmosphère. Ce reliquat contribuait à l?épaissement du brouillard que les clichés du temps appelaient soupe de pois. Les citoyens enfumés sentaient la nécessité de dire : trop c?est trop.

Au lieu d?essayer de résoudre un problème, il vaut mieux l?éliminer. C?est ce que l?on fait en chauffant la houille à haute température en absence d?oxygène. On obtient trois fractions. D?abord un gaz susceptible d?éclairer ou de chauffer, puis un liquide visqueux, le goudron et enfin un solide, le coke, vierge de fumée en brûlant.

L?élimination du problème de la suie et de la pollution donne en prime la récupération d?ingrédients valables. Car la distillation du goudron procure une foule de produits chimiques, points de départ de diverses industries comme celle des plastiques. Citons aussi la créosote, mot voulant dire ?qui conserve la chair?. On l?employait plutôt pour conserver le bois. Une autre source, la distillation du bois, donnait une créosote connue comme remède contre maux de dents. Nous ne nous souvenons pas de son efficacité.

Le phénol, issu à son tour de cette purification du goudron, avait une réputation inégalée à l?époque comme désinfectant. Quant au résidu du goudron après traitement, il allait à la route en s?associant au macadam. On dit toujours route goudronnée, asphaltée, ou bitumée en mélangeant un peu les produits utilisés, dont le brai.

Le goudron ou coaltar est collant, d?où l?expression militant koltar pour un partisan qui ne retourne pas sa veste. Le coaltar renforçait aussi les chapeaux de marins anglais et l?on finit par appeler tar un vieux loup de mer. L?histoire ne dit pas combien souffrirent de cancer dû au goudron, mais c?était le prix à payer pour permettre à Britannia de rule the waves. En revanche on attribuait au goudron de nombreuses vertus médicinales et l?on voit encore des réclames de savons au goudron, mais retournons au carbone.

Charbonnier est maître chez soi

Au lieu du charbon produit par la nature on peut recourir à un article fait main, de main de maître, de charbonnier pour tout dire. One le gratifie d?une certaine autorité : charbonnier est maître chez soi. On ne comprend pas très bien le choix de cet artisan, d?autant qu?il est un peu simpliste quand on parle de la foi du charbonnier ! Il faut toutefois du talent pour construire une meule de bois bien choisis, recouverte avec assez de terre pour accepter une aération réduite. Elle permet une combustion partielle, dégageant suffisamment de chaleur pour transformer le reste du bois en charbon.

Au lieu de bois, des os calcinés trouvent aussi emploi. Leur poudre noire fascinait au collège en décolorant diverses solutions. De la masse noire et du liquide foncé, naissait un écoulement limpide. Dé sal donn enn prop, disait le loustic de service. Une autre poudre utile provient des noix de coco. Activée, elle équipe des masques à gaz car elle est très absorbante.

Transformé en filament, le carbone a brillé dans les premières lampes à incandescence, mais la fibre par excellence provient de la calcination à haute température de fibres synthétiques. Elle possède des avantages exceptionnels de légèreté et de résistance qui la font contribuer à des cadres de bicyclettes, clubs de golf, ou gilets pare-balles entre autres articles.

Le plus merveilleux arrangement des atomes de carbone cependant, récemment découvert, est baptisé fullerène par ce qu?il rappelle l?oeuvre de l?architecte Buckminster Fuller. Il s?agit d?une combinaison de 60 atomes ayant la forme d?un ballon de foot d?où aussi son nom buckyball. Creuse, la molécule pourrait enrober des substances utiles comme des médicaments. Enfin der des der, le nanotube allié aux fullerènes, va contribuer à une foule d?inventions. Par exemple, les ordinateurs de demain ou la transformation plus efficace de la lumière en électricité.

Le carbone est encore plus valable en collaboration avec divers partenaires. En couple marié ou pacsé. Associé au fer il donne la fonte ou l?acier. Plus pointue est l?union avec le tungstène pour des pointes de mèches bien connues du bricoleur. Cet homme dit aussi merci à l?union du carbone et du silicium qui lui procure un bon abrasif, le carborundum. Mais on a mieux. Encore plus dure, rivalisant avec le diamant, est l?alliance avec le bore.

Pour l?aspect brillant toutefois, il faut choisir comme allié le calcium. L?eau s?insinuant dans cette complicité pousse le carbone à changer de partenaire pour devenir acétylène qui brûlait dans des lampes d?hier. Ton Zorz, mis au courant de tout cela, ne pourrait-il pas s?exclamer à propos du carbone : ?Enn gran Noir mem sa.?

Claude MICHEL

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