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Anitah Aujaheb : la lutte continue

17 août 2003, 20:00

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Enseignante, écrivain, épouse et mère exemplaire? Vous êtes, Anitah Aujaheb, une femme comblée. Vous cherchez aujourd?hui à partager votre expérience avec les femmes mauriciennes en leur décrivant leur lutte qui est aussi la vôtre. Après votre recueil de poèmes, The Struggle Goes On? et la vie continue, vous publiez aujourd?hui The Struggle Still Goes On. On dirait que la lutte vous fascine.

Il faut dire que la vie elle-même est une lutte perpétuelle. Elle commence au premier cri de l?enfant. C?est une interrogation sur sa destination. Il appartient aux parents de lui apprendre, selon les préceptes de l?hindouisme, que son origine et sa destinée sont une seule et même chose, c?est-à-dire Dieu.

C?est aussi une lutte contre la pauvreté dans laquelle vivent les gens. Vous exploitez ce thème à fond.

Mais il ne faut pas voir dans ce thème une condition pour qu?il y ait naissance de l?écriture. C?est vrai que, hormis le grand-père dans To those who believe, tous les autres principaux personnages sont pauvres. La pauvreté chez moi, c?est du vécu. J?ai vu des enfants errer à la campagne où j?ai grandi. Je crois que c?est ainsi que j?ai développé une sensibilité par rapport à cette condition de vie inacceptable. Dans Two rupees, j?ai cherché à exploiter à fond le malheur de la pauvreté.

La pauvreté est quand même une condition sociale qui vous permet d?établir la valeur de la famille dans la société mauricienne.

Si j?ai mis l?emphase sur la valeur traditionnelle de la famille, c?est essentiellement sur la famille pauvre. En ce sens, on peut dire que ma Collection of short stories est une défense de cette valeur. C?est même l?idée maîtresse de mes nouvelles. Je suis d?avis que ce sont les pauvres, surtout les enfants, qui nous donnent davantage de leçons d?humanité, de courage et de persévérance, même si la pauvreté vole son enfance à l?enfant.

Votre écriture est dominée par l?enfance. Est-ce une nostalgie ?

Le lecteur remarquera qu?il y a effectivement une touche de nostalgie dans mes écrits. Peut-être parce que je suis à la recherche d?un temps perdu, d?un passé révolu. Ce sont les petites choses de la vie qui ont marqué mon enfance? Surtout le côté rustique du pays, mais d?autrefois.

Un peu à la manière de Proust ?

Oui, mais sauf que chez moi, de cet univers de l?enfance, de misère, se dégage une forme de pureté qui accompagne l?objet de ma quête. D?où le fait que je l?ai souligné dans l?expression ?that was and that will not be?.

Un procédé de mise en valeur qui montre la puissance de ce sentiment. C?est aussi une certaine forme de reproche à la jeune génération qui ne fait rien pour préserver cette valeur traditionnelle de la famille.

Mes reproches vont plutôt aux parents qui ne font rien pour éviter que la jeune génération n?aille à la dérive. Ils manquent à leur devoir. Quand je regarde autour de moi, quand je vois toutes ces scènes de violences au quotidien, je me demande s?il existe une différence entre l?homme et l?animal. Alors, j?écris pour faire une certaine différence.

Le coupable, c?est aussi le destin et la nature comme dans The milor bridge et My little sister.

Ce n?est pas ce que j?ai voulu montrer. Je pense, et là je suis entièrement d?accord avec Rousseau, que le bien vient de la nature, et le mal de l?homme. Au fond, l?homme est vertueux et heureux par nature. C?est sa propre société qui le rend méchant et misérable.

Ce qui explique ce mélange de dégoût et de pitié envers les hommes ?

Je dirais plutôt de pitié uniquement. Le masochisme de l?homme, comme dans The lawful wedded wife, ne fait que détruire la femme. Ce n?est pas parce que j?ose placer la femme au-dessus de l?homme, mais je suis convaincue que ce dernier a manqué à ses responsabilités. Et en écrivant, je m?adresse plus particulièrement aux papas mauriciens afin qu?ils se ressaisissent et qu?ils assument.

Peut-on alors dire que vos nouvelles reflètent une écriture féministe, mais qui comprend l?homme plutôt que de le condamner ?

Je ne me considère pas comme une féministe. Même que je suis contre. Je ne vois pas l?utilité de lutter pour l?égalité de la femme quand je la considère au-dessus de l?homme.

Pourtant, toutes les histoires sont racontées par une narratrice. Sauf My little sister. Mais là encore le personnage central semble être plutôt le petit nourrisson alors que le jeune garçon narrateur semble parler pour la femme.

Ce que j?ai voulu montrer dans cette nouvelle, c?est l?impossible indépendance de la femme. Dès sa naissance, ni son avenir, ni son destin ne lui appartiennent.

Elle est donc soumise.

Même si The lawful wedded wife est le dévoilement de l?état de soumission dans lequel se trouve la femme, l?emphase est mise sur ses droits bafoués. La phrase ?everyone was angry at her, but she was not, she could not, she had no right to? montre son impuissance dans la société des hommes.

N?est-ce pas plutôt une forme de stoïcisme, un manque de volonté de se battre?

C?est ce que la fin de cette nouvelle laisse croire. Mais en réalité la femme joue à qui perd gagne. Elle convertit la trahison dont elle est victime en une forme d?espérance. Elle est croyante, elle accepte la loi de Dieu et aussi son sort. ?Tout ce qui advient est pour le bien?, comme le dit la Bhagavad-Gîta.

En somme, vous présentez la femme comme un symbole du sacrifice.

Elle doit souffrir en silence pour plaire au père, plus tard au mari et ensuite aux enfants. Telle est sa destinée. Toute la situation de la femme se résume dans l?expression de ?the traditional miseries of a woman? dans My Little Sister.

C?est une lutte qui n?indique aucune voie libératrice à la femme.

C?est vrai qu?il n?y a pas d?acte, mais que des descriptions. Aucune femme n?agit pour changer le cours de son destin?

N?est-ce pas là une lacune même du livre, surtout lorsqu?il porte le titre de The Struggle Still Goes On ?

Je ne crois pas. Je pense plutôt que la femme ne peut pas être libérée, parce que sur elle repose l?éducation des enfants. Et c?est à elle aussi de passer le flambeau de la tradition.

Ça reste alors une lutte qui se réfugie dans la tradition, comme le montre la nouvelle de The bride qui condamne toutes les filles hindoues qui transgressent leur religion pour épouser des non-hindous.

Au contraire, s?il y a quelque chose qui peut libérer la femme, c?est justement le respect de la tradition qu?elle doit aussi enseigner aux enfants. C?est ça sa responsabilité. En l?acceptant, elle évite une vie légère et c?est en ce sens seulement qu?elle peut se libérer. La liberté de la femme, c?est dans l?acceptation de sa condition de femme. Il faut entendre par cette notion de liberté, l?idée même du dépassement.

Mais cette forme de dépassement a parfois un fond égoïste. The empty nest cherche à donner la mauvaise conscience aux enfants qui font leur vie à part et loin de leurs parents.

Il n?y ni mauvaise conscience ni rachat de la conscience d?autrui. Cette fois-ci c?est un appel au devoir des enfants envers leurs parents. Ma collection des nouvelles est construite sur une structure cyclique. Je commence avec une petite fille pour terminer avec une dame âgée. Tous les deux personnages sont dans l?attente. L?essentiel, c?est le transfert du devoir d?une génération à l?autre.

Ne pensez-vous pas que vous imposez aux jeunes le sacrifice de leur bonheur au profit de celui des parents comme dans The bride ?

Je n?ai pas cherché à montrer que certains parents tendent à donner un destin à leurs enfants en leur réclamant le sacrifice de leur bonheur. Chaque enfant est libre de choisir, mais il ne doit pas oublier que ses actes ont des conséquences. C?est ça qu?il doit assumer. Dans The Chinese shop, je montre bien qu?on ne peut pas avoir tout ce qu?on veut.

Pensez-vous avoir trouvé quelque chose au bout de cette lutte?

Pas pour l?instant et c?est pour ça que la lutte continue.

Un projet d?écriture à l?horizon ?

Mon prochain titre sera The struggle never ends.

Propos recueillis par Vèle Putchay

Livre disponible en librairie à Rs 100.

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