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?Les lois sur le blanchiment ne doivent pas effrayer les banquiers?
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?Les lois sur le blanchiment ne doivent pas effrayer les banquiers?
Quel est le but principal de votre visite à Maurice ?
Ma mission fait suite au Finan-cial Sector Assessment Programme que la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) avaient entrepris conjointement à Maurice l?an dernier. Elle consistait à évaluer le niveau de sécurité, d?intégrité et de solidité des banques, et autres institutions financières, et à faire des recommandations pour améliorer la situation.
Depuis quelques années, le FMI et la BM ont à c?ur la question du blanchiment d?argent et du financement du terrorisme. Ma tâche consiste principalement à aider à la formation des enquêteurs sur les techniques d?investigation des délits financiers. Je rencontre les institutions spécialisées ? la Financial Intelligence Unit (FIU), l?Independent Commission against Corruption (ICAC), la police, les autorités douanières et le commis-saire aux narcotiques ? dans le cadre de ma tournée.
Maurice, je dois l?avouer, a réalisé d?énormes progrès dans le domaine de la supervision financière et ce, en peu de temps. Après seulement une année d?opération, sa FIU est devenue membre d?Egmont Group (une instance mondiale regroupant les FIU qui ont atteint un niveau avancé). Cela prouve qu?elle a atteint un niveau international en seulement une année. De plus, elle a réussi ce tour de force pratiquement toute seule, alors que les autres FIU ont dû beaucoup compter sur l?assistance extérieure.
Des institutions financières ont fait montre d?une certaine appréhension par rapport aux nouvelles normes de régulation?
Je suis au courant de certains commentaires dans ce sens. Les institutions financières n?ont rien à craindre. Le renforcement des régimes régulateurs ne fera qu?améliorer la réputation des institutions. Les grands centres financiers dans le monde ne voudront pas traiter avec des juridictions qui n?ont pas adopté les mesures appropriées. Il y a 120 pays qui ont des lois sur le blanchiment d?argent. Maurice n?est qu?un parmi eux.
L?Asian Development Bank (ADB) avait récemment entrepris une étude sur l?impact des régimes anti-blanchiment sur la croissance des transactions financières dans onze juridictions. L?étude a démontré que, même si durant les deux ou trois premières années il y a effectivement une baisse des activités, les transactions devaient dépasser le niveau original après cette période initiale. Les grandes places financières n?éprouvent pas de difficultés pour traiter avec elles. Les juridictions ont gagné en crédibilité, et cela a attiré des business de bonne réputation.
C?est ce que Maurice a besoin. Elle n?a pas besoin des individus et des organisations qui se servent de son centre financier pour y cacher de l?argent sale. Je suis sûr que plusieurs de ces entités ont dû quitter le pays après que la FIU a été mise sur pied.
La loi sur le blanchiment d?argent sera amendée. Cela veut-il dire que le dispositif en place jusqu?à présent n?était pas efficace ?
Les criminels trouvent toujours de nouvelles techniques pour blanchir l?argent. Les lois doivent être remises à jour pour pouvoir y faire face. Amender la loi ne veut pas dire qu?il y avait des problèmes. Aux Etats-Unis, la loi sur le blanchiment est amendée à intervalle régulier, soit tous les deux ou trois ans. Maurice a fait d?énormes progrès dans le combat contre l?argent sale ces trois dernières années.
Y a-t-il eu, selon vous, beaucoup de cas où des banquiers ont été trouvés coupables de non-divulgation de délits financiers ?
Il y a certes beaucoup de cas, aux Etats-Unis et ailleurs, où des banquiers ont été condamnés pour avoir cacher aux autorités l?existence de transactions illicites dans leurs institutions. Il a été prouvé qu?ils ont agi en tant que complices des criminels ou bien ont été corrompus par ces derniers.
Par contre, il n?y a pas de cas où des banques ont été trouvées coupables pour non-révélation d?un délit de blanchiment par manque de procédure interne, par manque d?expérience ou de formation.
Dans ce genre de situation, c?est le régulateur qui intervient généralement et prend des actions. Il y a crime seulement lorsqu?il est établit que le banquier, ou autre prestataire financier, agit intentionnellement pour camoufler une transaction criminelle.
L?impression générale est que l?on est en train de mettre toute la responsabilité sur les institutions financières. Qu?en est-il du rôle de la police dans la traque des criminels ?
La police acquiert progressivement de l?expérience et des informations essentielles dans le suivi des délits financiers. A terme, elle sera en mesure d?ouvrir des enquêtes sur des affaires de blanchiment que même les banques n?auront pas soupçonnées.
La FIU mauricienne peut, à un autre niveau, accéder à des informations qui lui sont disponibles à travers le réseau d?Egmont Group. La collaboration entre les différentes FIU à travers le monde est très importante dans la lutte contre le blanchiment d?argent et le financement du terrorisme.
En attendant que l?on arrive à ce stade, les institutions financières se doivent de collaborer pleinement.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
?Le renforcement des régimes régulateurs ne fera qu?améliorer la réputation des institutions. Les centres financiers dans le monde ne voudront pas traiter avec des juridictions qui n?ont pas adopté les mesures appropriées.?
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