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?Nos succès ne nous endormiront pas?
- Des affaires plutôt complexes ont été élucidées récemment. A quoi attribuez-vous ce succès ?
Le résultat d?un travail assidu effectué par nos limiers du CID avec le soutien de nos unités spécialisées. Cela ne laisse aucun doute quant au niveau du professionnalisme de nos enquêteurs. Cela étant dit, il faut bien souligner que la police ne peut à elle seule combattre la criminalité. Toutes ces actions, que ce soit au niveau de la prévention, la détection et la répression, n?aboutiront à rien si on n?a pas la coopération et le soutien du public. C?est rassurant de constater que la police inspire la confiance au public. Nos résultats sont tangibles. Notre force réside dans nos méthodes de travail. Nous évoluons scientifiquement selon un plan bien établi. Chaque cas est traité selon sa spécificité. C?est comme construire un puzzle. Nous vérifions toutes les informations reçues. Aucune piste n?est négligée, aussi insignifiante soit elle. Tous les indices sont exploités. Malgré les critiques à notre égard, nous ne baissons jamais les bras même si certains cas prennent du temps pour être résolus. Nous travaillons avec patience, persévérance et sommes animés d?un véritable ?team spirit?. J?attribue ce succès à tout cela. Mais je dois préciser que ces succès ne vont pas nous endormir. Loin s?en faut. Ils nous pousseront à travailler encore plus pour élucider d?autres cas qui ne l?ont pas été encore.
- Avez-vous le sentiment que la criminalité est en hausse à Maurice ?
Si je me réfère aux dernières statistiques, tel n?est pas le cas. Mais je reconnais qu?il y a des homicides qui choquent par la violence avec laquelle ils ont été perpétrés quand on voit les derniers cas d?homicides rapportés. Nous constatons que les gens ont de plus en plus tendance à recourir à la violence pour régler des différends, même conjugaux ou familiaux. Il appartient aux psychologues d?expliquer un tel comportement.
- La corruption a longtemps gangrené la police. Comment faites-vous pour limiter le phénomène ?
Je constate que la perception de corruption qui naguère ternissait l?image de la force policière a nettement régressé depuis quelque temps. Je pense que c?est le résultat des actions concrètes prises au niveau de la direction de la police pour promouvoir la transparence dans les affaires de la police que ce soit au niveau des enquêtes ou dans la gestion au jour le jour. Les départements des finances et des stores sont depuis deux ans déjà dirigés par les hauts cadres du ministère des Finances Chief Finance Officer (CFO) et Chief Purchasing and Supplies Officer (CPSO).
Nous avons aussi un département d?audit interne qui est placé sous la responsabilité d?un haut cadre d?Internal Control du ministère des Finances.
Le CFO et le CPSO siègent au sein de la Police Tender Committee.
Au niveau des enquêtes, il y a une meilleure gestion des dossiers . De ce fait l?officier qui décide d?un cas n?est pas celui qui a dirigé l?enquête.
Au niveau des autres services , nous portons une attention particulière au niveau de la Licensing Section de la Traffic Branch. Un train de mesures ont été prises pour justement empêcher toute velléité de corruption. D?ailleurs L?ICAC nous aide dans cette direction.
Depuis que j?assume la fonction de commissaire de police, j?ai été clair dans mes circulaires émises pour informer les policiers que je serais sans pitié envers les corrompus. Lors des rencontres régulières que j?ai avec les responsables des branches et divisions je profite toujours de l?occasion pour leur rappeler les méfaits de la corruption et j?insiste sur la nécessité d?en informer leur personnel. Je lance un appel à la population pour rapporter tout cas de corruption . Très peu de cas ont été rapportés et des actions appropriées ont été prises.
- Pensez-vous que le comportement du Mauricien sur les routes se dégrade ?
Il est dommage de constater que le comportement de quelques usagers de la route laisse à désirer. Le Premier ministre a eu l?occasion récemment de dénoncer les irresponsables sur nos routes qui mettent la vie des autres en péril. Certains piétons sont indisciplinés, la courtoisie se fait rare et pourtant quand ces personnes passent leurs permis il n?y a pas plus courtois qu?eux. D?ailleurs la courtoisie au volant est un des critères essentiels pour l?obtention d?un permis. Vous serez étonné si je vous dis que certains conducteurs refusent même de transporter des personnes victimes d?un accident à l?hôpital. Il y a des fois des embouteillages qui sont causés par des voitures qui sont mal garées. Heureusement que la grosse majorité des usagers de la route se comporte relativement bien. Ainsi, nous continuons notre campagne de sensibilisation à travers les médias. Il nous faut aussi surveiller le phénomène de ?road rage? Maurice n?est malheureusement pas à l?abri.
- On a accusé la police d?avoir beaucoup d?égards envers des prévenus quand ils sont issus de la haute classe sociale. Quel sont vos commentaires ?
C?est une mauvaise perception. Tout citoyen suspect est traité sur le même pied d?égalité, et ce, en conformité avec les dispositions du nouveau Bail Act. Le port des menottes dépend des circonstances. En ce qui concerne le ?Release on Parole? cela dépend des conditions pour son application. Il ne faut pas oublier que nul ne peut contester le pouvoir discrétionnaire du commissaire de police à moins qu?on remette en question cela et qu?on peut prouver qu?il y a abus de sa part.
- Pensez-vous que la force est parfois nécessaire pour extraire des aveux ?
Non. C?est condamnable en toute circonstance. Nous avons au sein de la police des méthodes d?investigation et d?interrogation qui nous permettent d?obtenir des preuves et autres témoignages irréfutables afin de consolider un dossier solide pour présenter en cour. Aujourd?hui certains suspects après avoir passé aux aveux vont ensuite vers les médias pour alléguer qu?ils ont été victimes de brutalités policières et que les aveux ont été extorqués d?eux. La défense classique, quoi ! Fort heureusement de nos jours la perception du public a changé, elle n?entre plus dans ce petit jeu et c?est un bon signe.
- Dans L?affaire Air Mauritius, on a du mal à comprendre pourquoi le principal suspect, Sir Harry Tirvengadum, n?est pas encore traduit devant la justice ?
Je pense que les médias doivent intervenir ici pour permettre à la population de mieux comprendre les rouages sous-tendant l?administration de la justice. C?est très dangereux de spéculer. L?enquête dans cette affaire a déjà été bouclée et le dossier à charge a été référé au Directeur des poursuites publiques.
- Pourquoi les tests d?ADN sont ils effectués a l?étranger alors que la police est dotée d?équipement nécessaire pour les réaliser à Maurice ?
En ce qui concerne le projet ADN , cela relève du départment du Forensic Science Laboratory qui fonctionne indépendamment de la police. Puisque la question m?est posée je dois faire ressortir que même dans les grands pays tels que les États-Unis ou la Grande-Bretagne, la technologie a pris beaucoup de temps pour faire ses preuves. Si tout se passe comme prévu les analyses d?ADN à Maurice devraient être une réalité à partir de l?année prochaine.
- Reconnaissez-vous qu?il reste des efforts à faire pour améliorer le service d?accueil dans les postes de police ?
Tous nos policiers ont été formés dès leur entrée à l?école de formation de la police en customer care. Quand on procède a une réorganisation d?un service, définitivement il y a pas mal à faire. Beaucoup a déjà été fait dans plusieurs secteurs, entre autres, l?infrastructure, la logistique, la formation des ressources humaines et nous reconnaissons qu?il y a lieu d?améliorer nos services comptoirs, et dans cette optique comme vous le savez déjà, la force policière s?est saisie de l?opportunité pour participer a la compétition de Annual Counter Service Awards Scheme qu?organise en ce moment même le ministère du Service civil avec le support de la Mauritian Quality Institute pour justement optimiser nos services d?accueil .
- Quelles sont les mesures prises après les cas d?agression contre les touristes ?
Nous reconnaissons qu?il y a un boom dans l?industrie touristique en ce moment et la police met tout en oeuvre pour assurer la sécurité des touristes durant leur séjour. A cet égard plusieurs campagnes de sensibilisation ont été menées vis-à-vis des opérateurs touristiques et particulièrement ceux concernés par la sécurité aux abords et dans l?enceinte des hôtels. La Police Bike Patrol et le personnel des stations balnéaires ont reçus une formation particulièrement axée sur les services à offrir et sur la sécurité des touristes. Certains de nos postes de police ont déjà été identifiés pour servir de ?Tourist-Desk? afin d?offrir un service personnalisé à nos visiteurs. Tout cela a été fait avec l?entière collaboration du ministère du Tourisme et de L?AHRIM en particulier. Nous aurons incessamment notre police du Tourisme qui sera une unité déployée à travers l?île dont la tâche sera de veiller au bien-être et à la sécurité des touristes en général.
- Un travailleur social vous a soumis une liste de trafiquants de drogue, il y a environ deux ans. Quelle mesure avez vous prise à l?issue de cela ?
Tous les renseignements fournis par le dit travailleur social ont été dirigés vers les services concernés pour des actions appropriées. D?ailleurs il y a eu beaucoup d?arrestations et nous continuons à travailler sur d?autres informations afin d?éradiquer le fléau de la drogue. Mais malheureusement, comme vous le savez, c?est un travail qui ne se fait pas en un jour. C?est un combat permanent.
- Quelles différences existe-t-il entre le mode de fonctionnement de L?ICAC et celui de la Police Fiscal Unit pour enquêter sur la criminalité en col blanc ?
L?ICAC étant un organisme indépendant, je m?abstiendrais de commenter sur son fonctionnement. Tout ce que je peux dire c?est qu?il y a une étroite collaboration entre les deux départements et nous oeuvrons toutes deux dans la même direction afin d?éradiquer les fléaux tels que la fraude et la corruption.
- Dans L?affaire de l?arrestation de Philippe A. Forget, on vous a accusé d?avoir subi une pression des dirigeants politiques. Dans quelle mesure ce type de pression est-il exercé?
Je suis conscient de mes responsabilités et je suis souvent appelé à prendre des décisions qui peuvent ne pas plaire à tout un chacun, mais j?agis en mon âme et conscience et en toute impartialité. Je n?ai jamais subi de pressions et encore moins dans le cas que vous mentionnez. Je dois vous rappeler que depuis que j?occupe le fauteuil depuis bientôt trois ans, je m?acquitte de mes devoirs et mes responsabilités selon les dispositions de la Constitution et ma mission est comme stipulé dans notre charte du citoyen ? to uphold the law fairly and firmly?. La règle établie est simple. Si un suspect est arrêté pour un délit qui n?est pas grave et si l?homme de loi de ce dernier fait une requête auprès du commissaire ou autre haut gradé, Le commissaire aussi bien que le haut gradé peut relâcher cette personne sur parole en attendant sa comparution en cours comme stipulé dans le Bail Act. Je dois vous rappeler que je n?ai rien inventé en ordonnant la libération sur parole d?un suspect. Mes prédécesseurs l?ont fait avant moi. J?ai en tête la libération sur parole de 44 journalistes arrêtés en avril 1984 sous une accusation provisoire de manifestation illégale.
Propos recueillis par
Raj MEETARBHAN
?Les gens ont de plus en plustendance à recourir à la violence pour régler des différends, mêmeconjugaux ou familiaux. Il appartient aux psychologues d?expliquer un tel comportement.?
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