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Se recycler pour mieux sauter

19 juillet 2003, 20:00

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« Mo pas ti même conné comment ène l?hôtel été ni ki responsabilités ène femme de chambre. Sa banne cours là ine permette moi apprane beaucoup lors banne techniques nettoyage ek aussi fer entretien sanitaire ki mo pas ti conné di tout », confie Baby, 36 ans. Choquée d?apprendre que l?usine qui l?employait depuis dix-sept ans allait fermer ses portes dans un mois, cette jeune femme a décidé de suivre des cours de formation organisés ponctuellement par l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB).

« Dans textile, noune perdi l?espoir. Nou bizin tente nou chance dans ène lotte domaine. Li ène grand changement pou nou, mé nou fer nou zeffort pou adapté », déclare Asha Ichamah, 23 ans, une autre licenciée. Au total, 78 employés leur ont emboîté le pas en suivant des cours de Hotel Maid Housekeeping alors que 180 autres ont choisi une formation de pâtissier ou de cuisinier à l?École hôtelière.

« Avant nou ti conne fer ziste farata ! », confie Jeanne, 54 ans, ex-agent de sécurité chez Leisure Garments. Plus besoin de se creuser la tête pour savoir comment on fabrique ces petits gâteaux dont elle raffole ! Elle a bien appris la leçon du Chef Pawan. Mais pour Nishan, ancien Supervisor affecté à la restauration, les débuts laissent un petit goût amer : « Lorsque j?ai commencé le service de table, j?ai cassé une bouteille et des verres le premier jour. Mais heureusement, le formateur ne m?a pas découragé et m?a dit que ces choses arrivent. » C?est pour leur inculquer les techniques de base dans divers domaines que ces cours ont débuté à l?initiative de l?entreprise de textile (voir encadré). D?ailleurs, les formateurs ont dû mettre au point une formule accélérée. Hormis l?École hôtelière, quatre autres centres de formation situés à Ébène, Forest Side, Mahébourg et Surinam assurent aussi la reconversion en plomberie, en soudure, en maintenance ou en électricité.

Pas d?emploi assuré

Si ces travailleurs pleins de bonne volonté ont pu entrevoir une lueur d?espoir pendant ces quelques jours, ils doivent cependant revenir sur terre car la dure réalité du chômage les attend.

« Je vois encore mon fils Akshaye me regarder et me dire avec tristesse : Pa ! To pou bizin rode ène lotte travaye là. De plus, Sookmine, mon épouse va aussi être au chômage », ajoute Nishan. Il faut savoir qu?une fois que ces cours sont terminés, les employés recevront une attestation de stage et ils pourront entamer une formation plus poussée, mais à leurs propres frais. En fait, recyclage n?est pas synonyme d?emploi assuré.

« C?est juste ène connaissance qui nou pé gagné, mais nou péna financement pou lance nou propre l?entreprise ou pou prend lotte cours. Pourtant mo fine donne textile la moitié mo la vie », confie Jacqueline, ex-Quality Controller de 34 ans.

« L?IVTB assure la formation, mais nous ne pouvons pas faire de recrutement », déclare Moothien Pillay, le Divisional Manager de cet organisme. Frustrés, de nombreux licenciés préféreraient une allocation de chômage. « C?est impossible, dans la mesure où 23 000 personnes sont déjà enregistrées comme chômeurs. Nous ne pourrons pas les indemniser. Sinon, des gens d?autres secteurs viendraient réclamer la même chose. Par ces cours de recyclage, nous essayons de d?orienter ces licenciés vers un autre métier », conclut Sangeet Fowdar, ministre de la Formation.

Les autres options

Comme de nombreux licenciés ont exprimé l?intention de lancer leur propre entreprise, une formation va bientôt débuter en août. « Nous sommes en train de peaufiner le course outline de la formation pour lancer une entreprise.

Ce cours donnera les principes de base nécessaires à la création d?une petite entreprise sur le plan financier, juridique et en matière de ressources humaines », confie un fonctionnaire de la Small and Medium Industries Development Organisation. Le ministère des Droits de la femme a également mis en place un projet de microcrédit pour aider les licenciés du textile.

La Development Bank of Mauritius propose aussi des emprunts aux petits entrepreneurs. « Mais il faut que la personne ait un permis pour bénéficier de l?emprunt. Nous finançons le projet à 70 % et pouvons prêter jusqu?à Rs 3 millions, remboursables avec intérêts par mensualités étalées sur cinq ans. Mais il faut une garantie », explique un cadre de cette banque.

Combien ça coûte ?

En moyenne, ces cours de recyclage coûtent entre Rs 2 et 3 millions. C?est la direction de Leisure Garments qui a approché l?IVTB pour élaborer une stratégie de recyclage à l?intention des licenciés. Le coût de cette formation a été considérablement réduit pour permettre aux employés de cette usine d?en bénéficier. Ainsi, la compagnie a dû débourser Rs 600 000 et l?IVTB a puisé dans ses fonds pour financer ce projet.Il faut aussi savoir que le recyclage se pratique depuis trois ans. Ainsi, 300 employés de Floréal Knitwear ont bénéficié de cours en 2000. Par la suite, certains employés licenciés par d?autres usines ont suivi une formation en couture. D?autres cours devraient également être assurés dans un mois à l?intention des employés de Summit Textile.

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