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Où les douches se rouillent...
Plusieurs personnes attendent devant leurs maisons avec des fûts et d'autres récipients en plastique. Il est presque midi et le camion-citerne n'arrive toujours pas. C'est le lot quotidien d'un groupe d'habitants de Palmar, dont ceux résidant rue Armance.
"Depuis plus de quarante ans, nous menons un combat sans relâche pour avoir une fourniture d'eau régulière C'est un véritable martyre. Tous les deux jours, il nous faut faire appel à des camions-citernes pour remplir nos réservoirs et les récipients d'eau. Depuis trois ans, des tuyaux ont été installés, mais l'eau n'arrive toujours pas jusqu'au robinet", fulmine Guillemette Armance, 62 ans.
Guillemette vient d'une famille nombreuse : quinze personnes. Elle s'apitoie surtout sur le sort des enfants en bas âge parce qu'un gros problème d'hygiène se pose. Quelques-uns sont dans la rue : ils portent des vêtements sales et n'ont pas eu droit à un bon bain depuis longtemps.
Misère noire
George Delard et son fils, Kersley, se plaignent d'avoir à endurer une telle "misère noire" dans un pays qui se prépare à devenir une cyberîle. "Mo douche pé rouillé tellement li pas finne servi", lance Kersley.
Des fois, certains pères de famille doivent prendre un jour de congé pour pouvoir faire le plein pendant le passage du camion-citerne. "On ne peut demander aux femmes ou aux vieilles personnes de transporter un fût ou d'installer la pompe du camion-citerne dans le réservoir, sur le toit de la maison", fait remarquer George. Samuel Cotte, 87 ans, explique que les deux réservoirs installés par sa fille sur le toit de la maison ne suffisent pas parce que les camions-citernes ne passent pas tous les jours.
Remplir la machine à laver
"Nous remplissons d'eau les poubelles en plastique pour alimenter la machine à laver", lance une dame qui attend l'arrivée du camion-citerne depuis 8 heures du matin.
Nicole Armance se plaint des difficultés auxquelles elle doit faire face chaque jour pour laver les vêtements de son bébé de vingt mois. "Les enfants en bas âge ont besoin d'un bain quotidien. Ils risquent d'avoir des infections vu l'absence d'hygiène", dit-elle.
Des pétitions portant des si-gnatures d'une cinquantaine de familles ont été adressées aux autorités. "Depuis le mois de mars, la compagnie qui installait de nouveaux tuyaux dans le village a complété la moitié des travaux à Palmar et elle est partie. De ce fait, la moitié des habitants reçoivent l'eau en abondance alors que l'autre moitié est en train de mourir de soif", écrivent-ils.
Au ping pong
"À chaque fois que nous entreprenons des démarches, on jongle avec nous comme des balles de ping-pong. Jusqu'à quand allons-nous rester positifs ? Jusqu'à quand pensez-vous que nous allons tout subir ?" demandent les pétitionnaires.
Autre problème : le réseau routier n'a pas été asphalté depuis des années en plusieurs endroits. La rue Armance est défoncée et les pluies diluviennes ont enlevé une bonne partie de l'asphalte.
Interrogé, Anand Kusrutsing, ingénieur de la Central Water Authority, responsable de la région de l'Est, explique qu'il y a un malentendu sur le projet en cours. Une première partie des travaux, qui consiste en l'installation de deux kilomètres de tuyaux pour apporter l'eau à Palmar, vient d'être complétée. "Ces travaux sont effectués en deux phases. On ne peut avoir deux contracteurs travaillant sur un même projet. La deuxième phase, qui comprend le raccordement de nouveaux tuyaux des maisons au conduit principal, va démarrer en août et sera complétée d'ici décembre", précise-t-il.
Anand Kusruthsing assure qu'une fois les vieux tuyaux remplacés, les habitants auront droit à une fourniture d'eau régulière.
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