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Portrait

Zainab Soyfoo : Vivre la poésie comme une transmission

17 février 2026, 18:00

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Zainab Soyfoo : Vivre la poésie comme une transmission

Chez Zainab Soyfoo, la poésie est d’abord une transmission. Une manière de faire vivre «Sirandann», cet art oral mauricien fait d’histoires, de rythmes et de paroles partagées, qui est aussi le titre de son dernier poème. Enseignante d’anglais au Mootoocoomaren Sangeelee Secondary School et slameuse, elle puise son inspiration dans la vie de son village, dans les gestes simples et les voix familières qui ont marqué son enfance à Rivière-des-Anguilles.

Ses premiers slams, Zanfan Lanatir et Zanfan Koltar, prennent racine dans les récits avec lesquels elle a grandi en les écoutant. Son dernier poème, Sirandann, avec ses histoires humaines, a nourri très tôt son imaginaire. À travers la parole, les silences et les gestes du quotidien, Zainab Soyfoo apprend que raconter, c’est préserver. Trois ans plus tard, son travail reste lié à ces influences premières : le village, les gens et la mémoire collective mauricienne.

Fin décembre dernier, elle a passé plusieurs jours à marcher dans les rues animées de Rivière-des-Anguilles. Elle a photographié les marchands ambulants, observé les échanges, écouté les voix. Cette immersion lui a rappelé une évidence : un village n’est pas défini par ses murs, mais par les personnes qui lui donnent vie. De cette réflexion est né un texte fort, où elle affirme que Rivière-des-Anguilles n’est pas seulement un lieu, mais une partie de son foyer, de son identité profonde.

Dans ses poèmes, Zainab évoque la capacité à reconnaître les habitants à leur voix, même les yeux fermés. Elle parle des allers-retours quotidiens, des présences qui rythment les journées, et du vide ressenti lorsque l’une d’elles disparaît. Même lorsqu’elle s’éloigne de son village, elle sait que, dans les moments difficiles, ce sont ces mêmes personnes qui lui viendront en aide. À travers ses poèmes, elle rend hommage aux gens ordinaires, ceux qui maintiennent la communauté vivante sans jamais chercher la reconnaissance.

Un autre moment de son quotidien devient également matière à poésie. En rentrant du travail, une voisine l’interpelle et lui offre une branche de bred mouroum. Un geste simple, presque anodin, mais chargé de sens. Pour Zainab Soyfoo, ces instants montrent que l’identité culturelle ne se conserve pas dans des espaces figés, mais dans des actes de partage, des relations humaines et de l’attention portée à l’autre.

D’autres souvenirs remontent : le marchand de poisson venant de Mahébourg, le samedi, le cri reconnaissable du vendeur de bred ziromon, résonnant dans la rue. Ces sons et scènes peuvent sembler anodins, mais ils sont des repères essentiels et rappellent une époque, une manière de vivre, un lien fort entre les habitants. Dans son travail, Zainab transforme ces souvenirs en paroles poétiques, proches du conte et du récit oral, dans la continuité de Sirandann.

Fragments du quotidien

Ce qui frappe dans son regard sur le monde, c’est l’importance qu’elle accorde à l’ordinaire. Il ne s’agit pas de grands événements, mais de petits moments, qui mis ensemble, construisent une communauté. Ces fragments du quotidien sont les fils invisibles qui relient les individus entre eux. En les mettant en lumière, elle invite à ralentir et à réapprendre à regarder ce qui nous entoure.

Membre de l’organisation Enn Zour dan Enn Pei, engagée dans la préservation des racines culturelles à travers le storytelling, Zainab voit dans cette démarche un devoir. Documenter ces scènes, ces voix et ces gestes, c’est résister à l’oubli. C’est aussi défendre une manière plus humaine de vivre, fondée sur la proximité, l’échange et le temps partagé.

Parallèlement à son travail artistique, Zainab Soyfoo est avant tout une éducatrice. Elle considère l’éducation comme un espace ouvert. Elle encourage ses élèves à dépasser le cadre scolaire et à s’impliquer dans des projets artistiques, culturels et communautaires. Selon elle, l’apprentissage ne se limite pas aux livres : il se construit aussi dans l’expérience, la création et l’engagement.

La poésie et le journaling ont joué un rôle central dans son propre parcours. Ces pratiques lui ont permis de trouver sa voie et de l’affirmer. Championne de la Slam League en 2022-2023, elle a ensuite fait l’objet du Coup de Cœur au Koktel Fonnker à La Réunion en 2023. Depuis, elle continue à partager ses textes avec un public de plus en plus large, utilisant la poésie comme un espace de dialogue et de réflexion.

À travers Sirandann, slam et enseignement, elle construit une œuvre ancrée dans le réel.

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