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Vatel Bleu, l’âme gourmande de Curepipe : Entre tradition et passion
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Vatel Bleu, l’âme gourmande de Curepipe : Entre tradition et passion
■ La boulangerie Vatel Bleu perpétue depuis 1960 un savoir-faire familial, entre tradition artisanale et adaptation aux nouvelles habitudes de consommation, entre les mains de Percy Canarapen. © Dev Ramkhelawon
À Curepipe, certaines adresses dépassent le simple statut de commerce pour devenir de véritables repères. La pâtisserie et boulangerie Vatel Bleu Co Ltd est de celles-là. Depuis plus de six décennies, cette enseigne familiale mêle savoirfaire artisanal, héritage et adaptation aux nouvelles habitudes.
Située à moins d’une minute du Trou-aux-Cerfs en quittant Curepipe, Vatel Bleu attire autant par son emplacement que par les effluves irrésistibles de pain chaud et de pâtisseries fraîchement sorties du four. Une invitation difficile à ignorer pour les passants, qui peuvent aussi s’y attabler, savourer une douceur… et feuilleter un journal. Un concept simple, mais chaleureux, qui participe au charme des lieux.
Derrière cette institution se trouve une histoire familiale débutée en 1960. Percy Canarapen, l’actuel propriétaire, perpétue l’œuvre de son père, André Manikon Canarapen. «C’est par mon père que tout a commencé. Il travaillait à l’époque dans une pâtisserie appelée Vatel à Curepipe», raconte-t-il. À la fermeture de cette dernière, son père décide de lancer sa propre enseigne, en y ajoutant «Bleu» en hommage à la Vierge Marie. Très tôt, Percy s’imprègne de cet univers. «Inspiré par mon père, j’ai commencé à confectionner les pains. En 1975, mon papa s’y est lancé et j’ai suivi ses traces», confie-t-il.
Héritage et défis modernes
Si les méthodes ont évolué avec l’arrivée de machines pour faciliter le travail de la pâte, l’essence du métier reste inchangée : rigueur, endurance et passion. «Avant, tout se faisait à la main. Aujourd’hui, les machines aident, mais le métier reste très difficile», souligne Percy Canarapen. Les horaires atypiques font partie du quotidien. «On ne parle pas seulement de se lever tôt, il faut commencer très tard dans la nuit. Même en dormant le jour, ce n’est pas évident.»
Un rythme exigeant qui explique en partie le désintérêt des jeunes pour ce métier. «Aujourd’hui, la main-d’œuvre qualifiée se fait rare. On forme sur le tas, mais les jeunes ne veulent pas forcément s’investir.» Malgré ces défis, la passion reste intacte. «J’ai commencé alors que j’étais encore à l’école. C’est un métier que j’ai dans le sang», affirme Percy Canarapen.
Au fil des années, Vatel Bleu a su se réinventer sans perdre son identité. Depuis les années 2010, la boulangerie propose également la vente de journaux, un service devenu presque naturel pour les habitués. «Au départ, je collaborais avec un marchand de la rue Chateauneuf. Quand il a fermé, nous avons directement contacté les revendeurs», explique Percy Canarapen. Aujourd’hui, grâce à la livraison matinale, les journaux sont disponibles dès l’ouverture, à 4 heures. Mais là encore, les habitudes changent. «Les gens achètent moins de journaux qu’avant. Les réseaux sociaux ont pris une place importante», constate-t-il avec lucidité.
La question de la transmission reste ouverte. Percy Canarapen refuse d’imposer ce métier à ses enfants. «Je ne peux pas les forcer. Ils doivent aimer ce qu’ils font.» Néanmoins, les signes d’intérêt existent. Son neveu est déjà impliqué dans la boulangerie, et son fils semble, lui aussi, attiré par cet univers. Pour lui, la plus grande fierté reste ailleurs : «La confiance et la fidélité de nos clients. Grâce à mon père, nous avons une bonne réputation.» Une reconnaissance précieuse, qui nourrit l’envie de continuer. «On essaie toujours de faire le meilleur pain possible.»
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