Publicité

Création théâtrale

Trois femmes ordinaires, manipulations extraordinaires

22 septembre 2025, 15:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Trois femmes ordinaires, manipulations extraordinaires

■ «C'est fait.» Le crime parfait imaginé par les trois femmes ordinaires est accompli. Elles ont été jouées par Sonia Maissin au centre, Kelly Ang Tine Hone à g. et Shrita Hassamal à dr. Photos: Tony Fine

Ce week-end a été marqué par la création, au Caudan Arts Centre de «Trois femmes ordinaires», pièce de théâtre écrite par Ananda Devi et mise en scène par Gaston Valayden a été produite par Rama Poonoosamy et l’agence Immedia. Une intrigue aux accents hitchcockiens.

Qui est vraiment le méchant/la méchante de l’histoire ? Un homme mérite-t-il d’être tué parce qu’il maltraite sa femme ? On en sort partagée. Ce qui signifie que la pièce Trois femmes ordinaires – texte d’Ananda Devi, mise en scène de Gaston Valaydena réussi son coup. Déclencher le malaise autant que la réflexion.

Cette pièce inédite par Immedia a été créée au Caudan Arts Centre le vendredi 19 septembre. Nous avons assisté à la reprise, le lendemain samedi 20 septembre.

Dans la lumière : Mariam la femme sous emprise, jouée par Sonia Maissin. Dans l’ombre : Jibril – comme l’ange Gabriel (joué par Yousoof Elahee). Le personnage le dit lui-même, il n’est pas un saint, juste un homme.

WhatsApp Image 2025-09-22 at 3.47.45 PM.jpgLa victime et son bourreau joués par Yousoof Elahee et Kelly Ang-Tine-Hone.

Dans la lumière Jibril raconte sa vie de couple. Oui, il a des fantasmes, oui il a eu des tentations, mais n’a pas été infidèle. Dans l’ombre : Mariam se «retire en elle-même», fait semblant de dormir après une dispute conjugale à propos de «quelques feuilles de menthe». Jibril voulaitil la gifler ou seulement lui «caresser la joue» après la dispute ? Mariam que l’on croit fragile, celle qui a des absences. Mais qui en son for intérieur, rumine ses envies de meurtre. Jusqu’à les mettre en exécution. Manipulant au passage ses deux amies.

À tour de rôle, chaque moitié du couple parle. Le metteur en scène accentue la part d’ombre de chacun des personnages, en braquant la lumière crue du projecteur sur leurs travers.

Quand ils monologuent, disent-ils toute la vérité ? Jibril enjolive-t-il son personnage de mari conciliant ? Mariam dramatise-t-elle son vécu de femme soumise ? Noircissant ce mari qui au lieu de «faire dix pas du salon» vers la cuisine où elle est, préfère l’appeler au téléphone. Ce mari qui, si elle ne décroche pas, s’acharne à rappeler.

Le rôle de Mariam est celui qui évolue le plus au fil de la pièce. Le défi de la comédienne Sonia Maissin est de jouer la femme sous emprise, la femme perdue, malheureuse et maltraitée. Elle doit jouer la victime qui nourrit en réalité une passion amoureuse empoisonnante. Sonia Maissin parvient à nous faire croire à la confusion dans laquelle évolue le personnage de Mariam. En versant même une larme, samedi soir. Expression sans doute de l’intensité du huis clos dans lequel sont enfermées les Trois femmes ordinaires. Un peu comme les trois sorcières de Macbeth qui président au crime. Un peu comme les trois Parques qui filent, dévident et coupent le fil de la vie de Jibril. Grâce à son jeu d’actrice, elle parvient à faire exister la «conne». Construisant le suspense et une chute inattendue.

Yousoof Elahee, que l’on connaît davantage pour ses rôles comiques, est à l’aise dans ce personnage d’homme «ordinaire». De mari qui ne comprend pas la psyché de sa femme, malgré des années de vie commune. Par contre, le rythme de la pièce est par moments trop lent, comme ralenti. On joue trop sur les phrases hachées. Cela manque de naturel.

Le texte d’Ananda Devi est ciselé comme celui d’un maître du suspense. Trois femmes ordinaires sème les fausses pistes et les vrais indices entre les gorgées de Lagavulin, un whisky single malt écossais tourbé réputé. L’auteure a été inspirée par la «part des anges» – la part de whisky qui s’évapore des fûts – lors de la visite d’une distillerie de whisky écossais.

Les rasades sont nombreuses dans la pièce. Le public boit le texte. Mais il est toujours surprenant de consta- ter que dans le public, certains rient dans les moments les plus dramatiques. Alors qu’il s’agit de violence domestique et de mort d’homme.

Publicité