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Tomek Joseph : «C’est l’occasion d’agir, plutôt que de nous plaindre»

11 septembre 2026, 18:00

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Tomek Joseph : «C’est l’occasion d’agir, plutôt que de nous plaindre»

■ Ceux qui se sont engagés, à ce jour, en tant que partenaires du «Mauritius Cleanup Day 2026» et de Clean Moris.

Le monde entier le fait déjà : près de 25 millions de personnes dans plus de 190 pays se sont mobilisées pour le dernier «World Cleanup Day». Maurice, malgré la beauté de son île, n’avait encore jamais tenté sa propre édition nationale coordonnée. C’est ce que Tomek Joseph veut changer avec la première édition du «Mauritius Cleanup Day 2026», le 20 septembre. Car, selon lui, aimer son pays ne se proclame pas. Cela se prouve.

L’Assemblée générale des Nations unies a désigné le 20 septembre comme Journée mondiale du nettoyage. Que représente cette initiative pour Maurice et qu’espérez-vous accomplir avec cette première édition nationale ?

Si vous vivez à Maurice, vous connaissez déjà le problème. Nous oublions trop facilement que nous vivons dans un endroit magnifique. Maurice est une destination très prisée. Les réseaux sociaux et les cartes postales véhiculent une image qui fait venir les touristes. Mais il suffit de franchir les portes des hôtels pour que le tableau change.

Personne ne ressent ce décalage plus fortement que les hôtels eux-mêmes. Toute leur activité repose sur le fait que l’île ressemble vraiment à l’image qu’on en vend au monde, et cela se voit : des hôtels partout dans le pays se mobilisent et participent à l’initiative. Pour eux, ce n’est pas une œuvre de charité, c’est leur produit.

Et ils ne sont pas les seuls. Déjà, 850 élèves de 14 établissements scolaires ont décidé qu’ils voulaient une île plus propre. Le Swiss Club of Mauritius s’est également engagé. Il organise des opérations de nettoyage depuis des années et a notamment retiré 2,5 tonnes de déchets du Morne en trois heures, en étroite collaboration avec le conseil de district de Rivière-Noire.

Sov Lanatir, une organisation non gouvernementale (ONG) dirigée par des jeunes et active dans la restauration des mangroves, les sciences marines et l’éducation, participe également. Tout comme Protez Moris, qui installe un millier de totems le long des routes afin d’agir sur les comportements avant même que les déchets ne soient jetés. We-Recycle est aussi de la partie. L’organisation travaille directement avec le gouvernement et les autorités locales pour contribuer à l’élaboration de la politique de recyclage, et pas seulement à la collecte des déchets.

C’est ce que nous espérons démontrer avec cette première édition : pas simplement à travers le nombre de participants, mais grâce à un rapport national d’impact fondé sur des données vérifiées en équivalent CO2. Pour la première fois, il permettra de montrer précisément qui s’est mobilisé pour cette île cette année. Et, tout aussi clairement, qui ne l’a pas fait.

Maurice a déjà organisé de nombreuses campagnes de nettoyage, mais l’incivisme persiste. Pourquoi ?

Le Mauritius Cleanup Day aura lieu le 20 septembre, date désignée par l’ONU comme Journée mondiale du nettoyage. Rien que l’an dernier, quelque 190 pays et 24,7 millions de personnes y ont participé. À Maurice, les opérations de nettoyage ont toujours été menées de manière dispersée. Ce que nous faisons, c’est placer Maurice sur la carte, parce que cette démarche fonctionne également ailleurs dans le monde.

Nous vivons dans l’un des plus beaux endroits de la planète et, pour la première fois, nous nous rassemblons pour montrer que nous l’apprécions. C’est ce fossé que nous voulons combler : il ne s’agit pas de résoudre seuls le problème des déchets, mais de remédier au fait que nous ne nous sommes jamais unis pour montrer que nous tenons à cette île.

■ De votre expérience en Pologne et à Maurice, qu’est-ce qui doit, selon vous, changer dans la manière dont les Mauriciens considèrent les déchets et les espaces publics ?

La Pologne est un cas particulier. Elle a une histoire marquée par des combats pour des causes qui comptent réellement. Il n’est donc pas difficile d’y convaincre les organisations de se mobiliser pour l’environnement.

J’ai également travaillé avec des coordinateurs nationaux d’opérations de nettoyage dans d’autres pays, notamment avec le plus important en Indonésie. Ce qui ressort, c’est que là-bas, on passe des paroles aux actes. C’est pour cela qu’ils enregistrent chaque année une participation record : parce qu’ils se soucient réellement de leur environnement, et non parce que quelqu’un les en a convaincus.

Ce que j’en retiens, c’est que l’appréciation d’un pays ne se construit pas avec des discours, mais en agissant. Et, pour être honnête, nous, Mauriciens, sommes doués pour nous plaindre et prompts à rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. Soit. Voilà l’occasion d’agir, plutôt que de nous plaindre.

■ L’objectif est de créer un mouvement plutôt que de simplement organiser un événement. Comment transformer une journée d’action en un changement durable des comportements ?

En organisant la récurrence de l’événement, au lieu de l’espérer. L’approche de Sov Lanatir constitue un bon modèle. L’organisation ne considère pas les opérations de nettoyage, l’éducation et la restauration comme des projets distincts. Elle les relie afin que le travail accompli se poursuive et s’amplifie, au lieu de repartir de zéro à chaque fois.

Nous avons déjà une véritable coalition derrière cette initiative dès sa première année, et toutes les organisations qui n’y participent pas encore observent ce qui se passe. Celles qui ne se mobiliseront pas cette fois voudront en faire partie l’année prochaine, car, au fond, nous voulons tous une île plus propre, n’est-ce pas ?

■ Qu’est-ce qui vous ferait dire que le Mauritius Cleanup Day 2026 a réellement été un succès : le nombre de personnes mobilisées et la quantité de déchets collectés, ou le fait de voir moins de déchets dans nos rues et nos espaces publics ?

Ni le nombre de participants ni le tonnage collecté. Jamais autant d’organisations – écoles, hôtels, ONG, communautés – ne se sont réunies auparavant autour d’une même chose qui compte réellement pour nous tous : le magnifique pays dans lequel nous vivons. Cela, en soi, ne s’était jamais produit ici.

Nous nous appuyons également sur une technologie qui n’avait encore jamais été utilisée à Maurice pour une opération de nettoyage : mesurer notre impact à partir de données vérifiées en équivalent CO2, et pas uniquement en fonction du nombre de sacs collectés. Ainsi, ce que nous démontrerons cette année tiendra la route.

C’est déjà une raison d’être fiers. La question est maintenant simple : êtes-vous déjà de la partie ou regardez-vous cela de l’extérieur ?

M.M

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