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Jeunesse et gouvernance

Tendaiishe Chitima : Le visage d’une nouvelle Afrique

12 mai 2026, 08:00

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Tendaiishe Chitima : Le visage d’une nouvelle Afrique

À l’ouverture du sommet Africa Forward à Nairobi hier, lors du forum de la jeunesse, une jeune femme venue du Zimbabwe capte l’attention. Actrice, entrepreneure culturelle, chercheuse et militante des industries créatives, Tendaiishe Chitima, la trentaine bien entamée, incarne une génération africaine qui refuse les récits misérabilistes du continent, comme beaucoup d’autres jeunes réunis autour d’elle hier à l’université de Nairobi.

À travers ses voyages, ses rencontres avec de jeunes entrepreneurs, artistes, activistes et étudiants de plusieurs pays africains, Tendaiishe cherche des réponses à une question centrale : que veut réellement la jeunesse africaine d’aujourd’hui ? Quelle Afrique veut-elle bâtir ? L’express s’est entretenu avec elle pour décrypter les aspirations, les frustrations et les contradictions d’une génération qui représente plus de 70 % de la population du continent.

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Les recherches récentes de l’United Nations Development Programme, de l’African Development Bank Group (AfDB) et du centre d’études stratégiques sur l’Afrique convergent : les jeunes Africains sont moins attachés aux partis politiques traditionnels et davantage tournés vers les opportunités économiques, la mobilité sociale et la dignité.

Selon l’AfDB, près de 10 à 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail africain, alors que seulement trois millions d’emplois formels sont créés annuellement. Cette fracture nourrit à la fois créativité et colère.

Des chercheurs comme Carlos Lopes, l’universitaire camerounais Achille Mbembe ou encore la politologue nigériane Ayesha Kajee décrivent l’émergence d’une jeunesse «postidéologique», profondément connectée au monde mais frustrée par les lenteurs institutionnelles africaines. «Les jeunes Africains ne demandent plus seulement des slogans panafricains. Ils demandent des résultats», résume Tendaiishe.

L’intelligence artificielle (IA) est devenue un sujet récurrent dans les conversations de la jeunesse africaine urbaine. Des études de la Brookings Institution et de l’Oxford Internet Institute montrent que l’Afrique pourrait devenir un laboratoire mondial de l’IA appliquée à l’agriculture, à la santé mobile, à la fintech et à l’éducation. Mais derrière l’enthousiasme se cache une inquiétude : celle d’être de simples consommateurs de technologies étrangères.

La chercheuse béninoise Nanjala Nyabola alerte sur les risques d’une «colonisation numérique» du continent, dominée par les grandes plateformes étrangères. Au Kénya, au Nigeria ou au Rwanda, une nouvelle génération de start-up travaille pourtant sur des solutions locales : IA en swahili, fintech rurales, diagnostic médical à distance ou plateformes agricoles intelligentes.

Pour Tendaiishe, la bataille n’est pas uniquement technologique : «La question est de savoir si l’Afrique va créer ses propres récits numériques ou simplement importer ceux des autres.»

Réseaux sociaux : espace de liberté… et de radicalisation

TikTok, Instagram, X et WhatsApp sont devenus les nouveaux espaces politiques africains. Les mouvements #EndSARS au Nigeria, les manifestations au Kénya contre les taxes en 2024 ou encore les mobilisations citoyennes au Sénégal ont montré le rôle structurant des réseaux sociaux dans la mobilisation des jeunes.

Mais plusieurs études de l’Institute for Security Studies et de l’United Nations Office on Drugs and Crime soulignent également que le chômage, les frustrations politiques et la désinformation facilitent certaines formes de radicalisation, notamment au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Le chercheur sénégalais Felwine Sarr évoque une «jeunesse suspendue entre hyperconnexion et exclusion économique».

Gouvernance : rupture avec les anciens modèles

Partout sur le continent, les jeunes interrogent les modèles politiques hérités des indépendances. Selon les enquêtes Afrobarometer, une majorité de jeunes Africains soutiennent toujours la démocratie, mais se montrent de plus en plus sceptiques face aux élites politiques traditionnelles.

D’Accra à Cape Town, beaucoup dénoncent la corruption, le clientélisme et l’incapacité des États à créer des perspectives. La politologue ougandaise Maggie Kigozi estime que la prochaine fracture africaine sera moins ethnique qu’intergénérationnelle. Tendaiishe observe le même phénomène : «Beaucoup de jeunes ne veulent plus seulement participer au système. Ils veulent le réinventer.»

L’accès à l’électricité reste un enjeu fondamental pour plus de 500 millions d’Africains. Pourtant, le continent devient aussi un terrain d’innovation énergétique : solaire décentralisé au Kénya, mini-réseaux au Tanzanie, entrepreneuriat vert au Maroc. Des économistes comme Vera Songwe insistent sur le fait que l’avenir africain dépendra de la capacité du continent à transformer sa démographie en capital humain.

L’éducation devient ainsi une obsession générationnelle. Mais beaucoup de jeunes remettent en cause des systèmes éducatifs jugés trop théoriques et déconnectés du marché. À travers le continent émergent alors de nouvelles ambitions: gaming africain, cinéma numérique, fintech, agro-industrie intelligente, e-commerce régional ou industries culturelles.

Le parcours de Tendaiishe reflète cette hybridation nouvelle : cinéma, business, technologie, diplomatie culturelle et entrepreneuriat. Au-delà des statistiques et des études, Tendaiishe symbolise peut-être surtout l’émergence d’une nouvelle femme africaine. Éduquée, mobile, connectée, polyglotte, à l’aise aussi bien dans les milieux artistiques que technologiques ou diplomatiques, cette génération refuse les anciens enfermements.

Des figures comme Ngozi Okonjo-Iweala, Wanjira Mathai ou encore Chimamanda Ngozi Adichie ont ouvert la voie à cette nouvelle représentation de la femme africaine : indépendante, globale mais profondément ancrée dans les réalités locales. «La jeunesse africaine ne veut pas seulement survivre», conclut Tendaiishe. «Elle veut créer, influencer et redéfinir le futur du continent.»

embed11.jpg Le sommet «Africa Forward» veut redéfinir les relations entre la France et l’Afrique autour de l’investissement, de l’innovation et de la souveraineté économique. Maurice y voit une occasion stratégique de renforcer son ancrage africain grâce à une forte délégation public-privé.

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