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Téléphones portables à l’école : Vers une interdiction encadrée qui fait débat
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Téléphones portables à l’école : Vers une interdiction encadrée qui fait débat
■ L’interdiction des téléphones portables à l’école dès le deuxième trimestre suscite interrogations et débats, entre nécessité de discipline en classe et reconnaissance des outils numériques dans l’enseignement.
Mesure annoncée depuis l’année dernière, l’interdiction des téléphones portables et autres objets connectés dans les écoles s’apprête à devenir réalité à partir du deuxième trimestre. Le ministère de l’Éducation finalise actuellement le cadre légal de cette réforme, élaboré en collaboration avec le bureau de l’Attorney General. Intitulé The Education (Control and Use of Personal Mobile Devices in School Premises) Regulations 2026, le texte doit encore franchir plusieurs étapes, notamment la validation par le State Law Office, l’approbation du Conseil des ministres et sa publication dans la Government Gazette.
Si l’objectif affiché est clair – limiter les distractions en classe et renforcer la qualité de l’apprentissage –, cette décision ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté éducative. Syndicats et enseignants appellent à une approche plus nuancée, prenant en compte les réalités du terrain et l’évolution des pratiques pédagogiques.
Du côté de l’Union of Private Secondary Education Employees, son président Arvind Bhojun met en garde contre certaines perceptions jugées erronées. «On donne l’impression que les enseignants utilisent leur téléphone en classe pour des raisons personnelles, comme communiquer ou aller sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas le cas», affirme-t-il.
Selon lui, le smartphone est devenu un véritable outil pédagogique, en phase avec les exigences du monde numérique. Il rappelle que la crise sanitaire du Covid-19 a marqué un tournant dans les méthodes d’enseignement: «Pendant cette période, les enseignants ont dû se réinventer. Le digital a été le seul moyen de maintenir le lien avec les élèves», explique-t-il. Depuis, de nombreux enseignants ont développé des supports numériques, préparé des leçons digitalisées et adopté de nouvelles approches pédagogiques. «Ce travail ne se fait pas du jour au lendemain. Il demande du temps, de la méthode et des compétences», insiste-t-il.
Aujourd’hui encore, ces ressources restent largement utilisées. Arvind Bhojun souligne également que plusieurs institutions, comme Cambridge ou le Mauritius Examinations Syndicate, proposent désormais des contenus en ligne. Dans ce contexte, interdire totalement l’usage des appareils connectés pourrait, selon lui, freiner certaines pratiques pédagogiques innovantes.
Il regrette par ailleurs le manque de soutien logistique accordé aux enseignants. «Beaucoup utilisent leurs propres moyens pour intégrer le digital dans leur enseignement», faitil ressortir, évoquant même une proposition syndicale visant à permettre des déductions fiscales pour l’achat de ces outils – une initiative restée sans suite.
Du côté de la Government Teachers’ Union, le président Vishal Baujeet pointe surtout un déficit de consultation, notamment dans le cycle primaire. «Il n’y a pas eu de discussions avec les syndicats du primaire, les recteurs ou les inspecteurs. Une session de travail a été organisée uniquement pour le secondaire», déplore-t-il.
Pour lui, une telle réforme ne peut être appliquée uniformément sans tenir compte des spécificités de chaque niveau d’enseignement. «Une approche plus équilibrée serait préférable, en autorisant un usage adapté plutôt qu’une interdiction totale», propose-t-il. Il appelle ainsi le ministère à engager rapidement des consultations élargies afin d’éviter toute incompréhension ou difficulté d’application sur le terrain.
Même son de cloche du côté de la Government Secondary School Teachers’ Union, dont le président Yugeshwar Kisto adopte une position mesurée. S’il reconnaît la nécessité d’un encadrement strict de l’usage des téléphones par les élèves, il insiste sur le fait que cette interdiction ne doit pas s’appliquer de manière absolue aux enseignants. «Le téléphone portable est aujourd’hui un outil de communication essentiel dans les établissements, que ce soit avec la direction ou entre collègues», explique-t-il. Une interdiction totale serait, «impraticable» et pourrait même porter atteinte aux droits professionnels des enseignants. Il soulève également une question de cohérence dans l’application de cette mesure. «Si l’objectif est de réduire les distractions et d’améliorer la productivité, qu’en est-il des autres secteurs ?» interroge-t-il, appelant à une politique publique plus équilibrée et cohérente.
Au-delà des divergences, un point semble faire consensus : la nécessité de dialogue. Les syndicats insistent sur l’importance d’une concertation approfondie avant la mise en œuvre de toute mesure ayant un impact direct sur le quotidien des enseignants et des élèves.
Alors que le deuxième trimestre approche à grands pas, cette réforme s’annonce comme un tournant dans la gestion des outils numériques à l’école. Entre volonté de discipline et reconnaissance des nouvelles pratiques pédagogiques, l’équilibre reste à trouver. Une chose est certaine : dans un monde de plus en plus connecté, la question de la place du numérique dans l’éducation ne cesse de se poser avec acuité.
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