Publicité
Un père déterminé à sauver son fils de la drogue
Sudhir Sesungkur : «Mo pou fer zis tou pou fer mo garson sorti depi dan ladrog»
Par
Partager cet article
Un père déterminé à sauver son fils de la drogue
Sudhir Sesungkur : «Mo pou fer zis tou pou fer mo garson sorti depi dan ladrog»
■ Sohail Sesungkur a été arrêté pour conduite sous influence de stupéfiants début novembre. Quelques années séparent ces deux photos de Sohail Sesungkur.
Certains parents se retrouvent face à des défis insurmontables. Parmi eux, Sudhir Sesungkur, ex-ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance, incarne la détermination d’un père qui refuse de baisser les bras face à la maladie de son enfant. Son histoire, empreinte d’émotion et de courage, pourrait inspirer de nombreux parents pour pas perdre espoir.
Arrêté à l’aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam, le 9 novembre, Sohail Sesungkur a comparu devant la cour de Mahébourg pour conduite sous l’influence de stupéfiants et détention illégale d’arme, avant d’être libéré sous caution. Son père ne cache pas sa douleur ni ses efforts. «Mo pou fer zis tou pou fer mo garson sorti depi dan ladrog», confie-t-il avec une sincérité bouleversante. Malgré les épreuves, il ne se laisse pas décourager. Son amour paternel le pousse à se battre sans relâche. «Je peux être désespéré, mais je ne serai jamais découragé parce que c’est mon fils», ajoute-t-il avec force. Il insiste aussi sur le fait que son enfant a toujours été un élève brillant : «Au collège, il a eu une distinction 1 en anglais, 2 en mathématiques, 1 en français. Il a un potentiel immense.»
Son fils a été admis à la prestigieuse université Queen Mary de Londres à l’âge de 19 ans, après avoir fait son admission seul, à 18 ans, témoignant de son indépendance et de ses capacités. «Mon fils n’est pas un méchant ; il est une victime», insiste-t-il.
Une des batailles les plus difficiles à mener pour Sudhir Sesungkur est le regard des autres. Selon lui, son fils serait accusé à tort de posséder une arme à feu alors qu’il s’agissait d’un jouet acheté lors d’un voyage à Disneyland, à l’âge de 12 ans. «C’est une erreur, une mauvaise interprétation», déplore-t-il. La société, selon lui, doit comprendre que son fils est la victime d’une situation qu’il ne maîtrise pas: «Mo garson pa enn vwayou li, me enn viktim.» Le père dénonce aussi la manière dont ces sujets sensibles sont abordés: «Le problème de la drogue est une urgence, comme le Covid. Quand il y a eu la pandémie, tout le monde était traumatisé et les autorités ont mis en place des plans d’action. Mais aujourd’hui, pour la drogue, il n’y a rien.» Il est amer face à l’inaction et à l’absence d’un plan structuré pour lutter contre ce fléau.
Répression et programmes d’aide
Pour Sudhir Sesungkur, la situation est alarmante. La société ne semble pas prête à affronter la réalité. «La drogue synthétique est un fléau nouveau et personne ne sait vraiment comment s’y attaquer», déplore-t-il. Selon lui, il faudrait une stratégie claire, incluant la répression, mais surtout une aide concrète pour les jeunes victimes. Il s’insurge également contre l’absence de centres de désintoxication adaptés, comme ceux qui existent en Inde ou en Afrique du Sud. «On nous dit que le gouvernement n’a pas d’argent, mais à l’époque où Maurice manquait de moyens, des interventions ponctuelles avec des spécialistes ont permis de sauver des vies.» Pour lui, la mise à disposition d’infrastructures, de médecins, de psychiatres et de programmes d’accompagnement est indispensable.
La clé réside dans l’engagement des parents. Il en est convaincu : «Si en tant que père, je ne peux pas aider mon fils, imaginez ceux qui n’ont pas les moyens ou les ressources pour le faire.» Ajoutant : «L’un des biens les plus précieux pour un parent, c’est son enfant parce qu’il reflète qui il est.»
Il insiste aussi sur la dimension psychologique et médicale de la dépendance. «La dépression et les maladies mentales jouent un rôle majeur au début de l’usage de drogues.» La lutte contre la drogue ne peut être uniquement répressive ; elle doit aussi inclure des programmes. «Il n’y a pas de plan directeur pour combattre la drogue. Il y a une volonté, mais pas de stratégie claire (…) La répression est là, la loi aussi, mais il manque une approche globale, une action quotidienne pour aider ces jeunes à sortir de cette spirale. Zot nek koze, me zero aksion.»
Ce parcours, c’est aussi celui d’un père qui doit faire face à la solitude et à l’indifférence. «Je ne veux pas abandonner mon enfant. Je ne peux pas», affirmet-il. Il refuse que la société le stigmatise ou le marginalise à cause de la maladie de Sohail. Il rappelle que la drogue est une maladie, une addiction qui peut toucher n’importe qui. En dépit de tout, Sudhir Sesungkur reste optimiste. Son combat n’est pas seulement personnel ; il est aussi une leçon pour la société. Il montre que l’amour, la détermination et la volonté peuvent faire la différence. «Si je peux aider mon fils à sortir de cette situation, alors tout est possible.»
Publicité
Publicité
Les plus récents