Publicité

Éclairage

Statu quo sur le taux directeur, mais pas sur le risque inflationniste

12 août 2026, 17:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Statu quo sur le taux directeur, mais pas sur le risque inflationniste

Le Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice (BoM) se réunit ce matin dans un environnement sensiblement différent de celui de sa précédente réunion du 20 mai. Si le maintien du Key Rate à 4,75 % apparaît comme le scénario le plus probable, cette réunion est loin d’être anodine. Le véritable enjeu sera moins le taux directeur que le message envoyé sur l’inflation et la trajectoire future de la politique monétaire.

La Banque doit en effet arbitrer entre trois impératifs parfois contradictoires : empêcher que l’inflation ne s’installe, ne pas étouffer une croissance qui ralentit et éviter d’ajouter une pression sur les ménages et les entreprises déjà confrontés à un coût de la vie élevé.

Le MPC ne part pas d’une page blanche. En mai, ses sept membres présents avaient unanimement décidé de relever le Key Rate de 25 points de base, de 4,5 % à 4,75 %. La décision reposait essentiellement sur la montée des risques inflationnistes liés à la crise au Moyen-Orient, notamment les prix de l’énergie, le fret, les coûts de transport et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. La BoM avait alors estimé que les risques à la hausse pour l’inflation constituaient une menace plus importante pour la stabilité macroéconomique que les risques à la baisse pesant sur la croissance.

Trois mois plus tard, le tableau est moins alarmant, mais il reste loin d’être confortable. L’inflation annuelle s’est établie à 4,4 % en juillet, après 4,1 % en juin, selon Statistics Mauritius. Elle reste donc dans la fourchette cible de la Banque de Maurice, comprise entre 2 % et 5 %, mais suffisamment proche de sa limite supérieure pour maintenir le MPC sur ses gardes.

Surtout, l’évolution des prix sous-jacents montre que le problème ne se limite pas aux facteurs importés. En juin, Core1 (excluant les produits alimentaires, les boissons et le tabac de l’indice global des prix) atteignait 6,5 % sur une base annuelle et Core2, 5,9 % (excluant non seulement les produits alimentaires, les boissons et le tabac, mais aussi les coûts liés à l’énergie) contre respectivement 5,5 % et 6,1 % lors de la réunion de mai dernier.

C’est là que se situe l’un des principaux enjeux de la réunion : la BoM doit déterminer si le choc inflationniste est en train de se dissiper ou s’il commence à se transmettre durablement à l’économie domestique.

La différence est fondamentale. Une hausse du prix du pétrole provoquée par une crise géopolitique constitue d’abord un choc d’offre sur lequel une banque centrale dispose d’une capacité d’action limitée. Mais lorsque ce choc se transmet aux transports, aux services, à la restauration, aux loyers, aux salaires et aux autres coûts domestiques, il devient beaucoup plus préoccupant. C’est précisément le risque de «second-round effects» que la BoM avait mis en avant en mai.

Une gouverneure «hawkish» ?

Jaya Patten, expert financier opérant à Londres, estime que la gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor apparaît comme la voix la plus «hawkish» (ferme) du MPC. Son analyse mérite d’être prise en considération, notamment parce que la gouverneure a constamment insisté sur la priorité à accorder à la stabilité des prix et sur la vulnérabilité de Maurice aux chocs externes. «Ses interventions publiques placent toujours la stabilité des prix avant la croissance. Ce ton compte aujourd’hui. La croissance ralentit vers 2,8 % pour 2026 et l’inflation a atteint 4,4 % en juillet», observe-t-il.

Mais il serait excessif d’en déduire que la politique monétaire mauricienne est dictée par la seule gouverneure. Le MPC est, par définition, une instance collégiale. Et le meilleur contre-argument à une lecture trop personnalisée de la politique monétaire reste précisément la décision du 20 mai : les sept membres présents avaient voté unanimement pour la hausse. Les minutes montrent par ailleurs que cette décision avait été précédée d’une analyse détaillée des scénarios d’inflation, de croissance, du taux de change, des prix du pétrole, du crédit et de la situation extérieure. La prudence de la gouverneure n’est donc pas nécessairement une position isolée. Elle peut aussi être l’expression d’un consensus au sein du comité. «Nous connaissons la pensée de la gouverneure grâce à ses déclarations. Nous n’avons aucune lecture du reste du comité. Toutes les décisions depuis 2025 ont été unanimes. Rien ne permet de savoir si les autres membres partagent son inclinaison ou si elle s’aligne simplement sur un consensus plus prudent», analyse Jaya Patten.

Sa remarque sur la visibilité limitée des positions individuelles est néanmoins intéressante. Une plus grande transparence permettrait de mieux comprendre les nuances au sein du MPC et de savoir si l’unanimité masque des débats serrés ou reflète un véritable consensus. Mais l’absence de votes dissidents publiés ne suffit pas, à elle seule, à conclure à une opacité préjudiciable à la crédibilité de la Banque.

Le principal argument en faveur du statu quo tient au fait que la hausse de mai commence à peine à produire ses effets. La politique monétaire agit avec des délais et relever à nouveau le taux directeur trois mois seulement après le précédent mouvement pourrait apparaître prématuré, surtout alors que la croissance de 2026 est désormais attendue autour de 2,8 % par la BoM.

Le coût d’un nouveau resserrement ne serait pas négligeable : hausse potentielle des coûts d’emprunt des ménages, pression accrue sur les entreprises et augmentation du coût du service de la dette. La BoM elle-même avait reconnu en mai qu’une hausse des taux pèserait sur les coûts d’emprunt et le service de la dette.

Mais la Banque doit également éviter l’erreur inverse : considérer que toute inflation supérieure à 4 % est le résultat de facteurs temporaires et importés. L’expérience récente montre précisément qu’un choc énergétique peut rapidement se transformer en pression plus générale sur les prix.

Le statu quo ne devrait donc pas être interprété comme un virage accommodant. Il s’agirait plutôt d’une pause destinée à évaluer les effets de la hausse de mai et à déterminer si les pressions inflationnistes sont en train de baisser suffisamment pour permettre à la Banque de rester à 4,75 %.

Un autre élément plaide en faveur de la patience : l’évolution du taux de change. Imrith Ramtohul, analyste financier, estime que la Banque de Maurice devrait probablement maintenir le Key Rate à 4,75 %, notamment en raison du ralentissement relatif de l’inflation et du redressement de la roupie face au dollar.

Cette appréciation est importante pour une économie aussi dépendante des importations que Maurice. Une roupie plus ferme peut contribuer à amortir une partie du renchérissement des produits importés, notamment l’énergie et certaines matières premières.

Facteur politique

La pression sociale constitue incontestablement l’arrière-plan de cette réunion. Après la controverse sur la réforme des pensions et la remise en cause du principe de pension universelle à 60 ans, une nouvelle hausse du Key Rate serait particulièrement difficile à expliquer à une population déjà préoccupée par le coût de la vie.

Mais la Banque centrale ne peut pas fixer ses taux pour des raisons politiques. Ce serait une mauvaise interprétation de son mandat. Une hausse des taux peut être impopulaire, mais laisser l’inflation s’enraciner serait, à terme, encore plus pénalisant pour les ménages, particulièrement pour ceux dont les revenus ne suivent pas la progression des prix.

La réforme des pensions ajoute néanmoins une dimension budgétaire. Avec l’indexation future des pensions sur l’inflation, une inflation élevée aura également une incidence sur les finances publiques. Mais cela ne signifie pas que la BoM doit maintenir les prix bas pour réduire la facture des pensions. La logique doit être inverse : la stabilité des prix constitue l’une des conditions permettant de préserver durablement le pouvoir d’achat et la soutenabilité des finances publiques.

Tout porte donc vers un maintien du Key Rate à 4,75 %. Mais le véritable enjeu de la réunion ne sera pas tant le chiffre que le langage utilisé par le MPC pour préparer les marchés à la suite. Si la Banque considère que les pressions inflationnistes se stabilisent, elle pourra laisser entendre que le cycle de resserrement est arrivé à son terme.

Si, au contraire, elle insiste sur les risques liés à l’inflation sous-jacente, aux services, au pétrole, au fret et aux éventuels effets de second tour, le marché comprendra que la porte à une nouvelle hausse reste ouverte.

La Réserve fédérale américaine fournit d’ailleurs un précédent intéressant. Le 29 juillet, elle a maintenu son taux entre 3,5 % et 3,75 %, mais la décision n’a pas été unanime : trois membres ont voté contre le statu quo. Cela montre qu’une banque centrale peut maintenir son taux tout en conservant une posture extrêmement vigilante.

C’est probablement la posture que la BoM devrait adopter aujourd’hui : pause, mais pas relâchement ; statu quo, mais pas signal de baisse ; vigilance sur l’inflation, sans sacrifier inutilement la croissance.

Publicité