Publicité
Sous le tapis rouge de Macron, les craquelures du pouvoir
Par
Partager cet article
Sous le tapis rouge de Macron, les craquelures du pouvoir
Le conseil des ministres d’hier a choisi la trêve. Une pause dans la tempête. Deux raisons ont prévalu : célébrer le premier anniversaire du 60–0 de novembre 2024 et afficher, ne serait-ce qu’en façade, une unité de circonstance avant la visite d’État du président Emmanuel Macron. Mais sous le vernis de cette concorde retrouvée, les fissures demeurent. Et si l’on met les problèmes sous le tapis, c’est bien parce que le sol politique tremble.
La cassure a été évitée de justesse. Jeudi soir encore, le pays retenait son souffle : Paul Bérenger renonce, pour la énième fois – mais pour combien de temps encore ? – à démissionner du gouvernement et à s’asseoir sur les bancs de la majorité comme simple backbencher. Une marche arrière saluée dans les couloirs de l’Hôtel du gouvernement, où plusieurs ministres mauves confiaient qu’ils ne l’auraient pas suivi dans l’opposition. Mais l’alerte a laissé des traces. Les rancunes s’installent là où les compromis s’épuisent.
Au cœur du différend: la lenteur des réformes électorale et constitutionnelle, et la liste des nominations contestées – FCC, police, prisons, Air Mauritius. Bérenger a demandé des changements. Ramgoolam a refusé, a raidi la ligne, et tranché : «J’ai déjà fait trop de concessions.» Ces mots, rapportés par un proche du leader, résonnent comme une ligne rouge.
Le silence des deux hommes, jeudi soir, vaut autant qu’un communiqué. Pas de conférence de presse, pas de geste d’apaisement, seulement une mise en scène d’unité. Le ver, dit-on, est déjà dans le fruit. Et chacun le sait : les vers finissent toujours par creuser. Maurice a connu cela avant. En 1983, les ambitions avaient fait éclater un rêve. En 1997, les querelles d’ego avaient brisé une promesse. En 2024, après le troisième 60–0 de notre histoire, le pays se retrouve à la croisée des chemins. La victoire était totale, la confiance absolue ; mais l’arrogance guette toujours les vainqueurs.
Les Mauriciens n’ont pas élu des héros : ils ont confié une mission. Celle de reconstruire un pays ébranlé dans ses fondations. Cette mission exige humilité, discipline et vision – pas des bras de fer ministériels, pas des guerres de nomination.
Ce gouvernement n’a pas hérité d’un pays pacifié. Il a trouvé une société fracturée, des institutions fragiles et une économie sous tension. Or, au lieu de consolider la maison, les alliés du changement se disputent les clefs. Et chaque crise interne, chaque humiliation publique, affaiblit un peu plus la promesse de renouveau.
L’unité, la vraie, ne se décrète pas autour d’une table de conseil. Elle se construit dans la cohérence des actes et la constance du cap. Si chacun fait son bilan personnel, c’est que certains veulent jouer solo. Or, gouverner suppose de dépasser les rancunes, de céder du pouvoir quand il le faut, et surtout d’apprendre à travailler ensemble.
Les Mauriciens, eux, regardent sans illusion. Ils ont déjà vu les alliances se briser sur les récifs de l’orgueil. Ils savent reconnaître la fragilité derrière les sourires officiels. La visite d’Emmanuel Macron offrira un répit diplomatique et des images rassurantes. Mais quand les projecteurs s’éteindront, il faudra bien soulever le tapis – et voir ce qu’on y a glissé dessous.
Ce 60–0 devait être une renaissance. Il risque de devenir une répétition. À moins que ceux qui le portent n’aient le courage de regarder en face ce qu’ils s’obstinent à cacher : leurs divisions. Parce qu’à force de planquer les problèmes sous le tapis, on finit toujours par se prendre les pieds dedans.
Publicité
Publicité
Les plus récents