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«Road Traffic (Amendment) Bill 2026»

Sécurité routière : la loi durcit le ton, les mentalités en question

3 septembre 2026, 16:00

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Sécurité routière : la loi durcit le ton, les mentalités en question

■ Le «Road Traffic (Amendment) Bill 2026», adopté au Parlement mardi prévoit notamment la saisie des véhicules, la suspension des permis et la création du délit de «road rage» pour renforcer la sécurité routière.

Présenté mardi à l’Assemblée nationale, le Road Traffic (Amendment) Bill 2026 marque un tournant dans la politique de sécurité routière. Saisie de véhicules, suspension du permis, création du délit de Road Rage, interdiction totale du téléphone au volant : le gouvernement veut durcir le ton. Mais sur le terrain, moniteurs de conduite et syndicalistes rappellent une évidence : sans changement de mentalité, les sanctions risquent de n’être qu’un pansement sur une plaie plus profonde.

Plus de 100 morts sur les routes en huit mois, 2 205 cas de conduite sous l’emprise de l’alcool et 617 cas liés à la drogue entre janvier et août. Pour le ministre du Transport, Osman Mahomed, ces chiffres justifient une nouvelle offensive législative. Mardi, à la rentrée parlementaire, il a présenté le Road Traffic (Amendment) Bill 2026, un texte qui ambitionne de transformer durablement les comportements des usagers de la route. Le projet de loi a été voté sans amendement.

Le ministre assure que l’objectif n’est pas de remplir les caisses de l’État, mais d’instaurer une véritable culture de responsabilité. Pourtant, ceux qui côtoient quotidiennement les conducteurs estiment que le problème dépasse largement le cadre des lois.

La nouvelle loi introduit plusieurs mesures majeures. Désormais, un conducteur interpellé sous l’influence de l’alcool, de drogues ou d’autres substances intoxicantes pourra voir son véhicule saisi et son permis suspendu. Le texte introduit également le délit de road rage, désormais clairement défini dans la législation. Les auteurs de comportements agressifs au volant s’exposent à une amende comprise entre Rs 50 000 et Rs 100 000, ainsi qu’à une peine pouvant aller jusqu’à 12 mois d’emprisonnement.

Le gouvernement prévoit aussi des sanctions renforcées contre les courses automobiles illégales, le refus d’obtempérer, ainsi que des peines aggravées pour homicide commis par conduite dangereuse ou sans permis. À cela s’ajoutent la mise en place d’un permis de conduire numérique via l’application Korek (lire encadré ci-contre) et la possibilité de régler les contraventions par voie électronique.

Pour Osman Mahomed, le Penalty Points System, instauré en janvier 2026, n’a pas suffi à enrayer les dérives. Cette réforme constitue donc une deuxième étape destinée à restaurer la discipline sur les routes mauriciennes.

«La loi seule ne changera pas les gens»

Le président de la Driving Instructors’ Association, Asraf Sohawon accueille favorablement le durcissement des sanctions. Mais il reste convaincu que le véritable chantier est ailleurs. «Il faut changer tout le système. Les gens font ce qu’ils veulent sur les routes, sans se soucier des autres.»

Moniteur de conduite depuis plusieurs années, il observe quotidiennement les comportements des nouveaux conducteurs comme des automobilistes expérimentés. Selon lui, le permis à points n’a pas produit l’effet dissuasif attendu. «Il y a des personnes agressives, d’autres roulent sans permis. Certains conduisent sous l’influence de la drogue ou de l’alcool. On a parfois l’impression que la loi n’est pas faite pour eux.» La saisie des véhicules lui paraît pertinente, mais une interrogation demeure : son application sera-t-elle réellement impartiale ? «Est-ce que les policiers vont agir comme il le faut, sans que des contacts interviennent ?»

Plusieurs moniteurs plaident ainsi pour davantage de transparence dans les contrôles routiers. L’un d’eux suggère l’introduction de caméras corporelles (body cams) pour les policiers, à l’image de nombreux pays, afin de protéger à la fois les forces de l’ordre et les citoyens.

Repenser la formation des conducteurs

Au-delà des sanctions, les professionnels de la conduite réclament une réforme de l’apprentissage lui-même. Certains désignent notamment le centre d’examen de Curepipe, où les épreuves seraient parfois trop limitées. «Il faudrait que les aspirants chauffeurs soient davantage évalués dans des conditions réelles de circulation, et pas uniquement sur des routes dégagées avant quelques tours de quartier», estime un moniteur.

Asraf Sohawon insiste lui aussi sur la nécessité d’une formation continue, y compris pour les conducteurs déjà titulaires du permis. «Il faut plus de maturité pour être sur les routes et savoir rapidement évaluer les situations.» Pour lui, obtenir un permis ne devrait jamais signifier la fin de l’apprentissage.

Par ailleurs, l’entrepreneur, Stephane Maurymoothoo va encore plus loin. À ses yeux, Maurice est enfermée dans une logique où l’on «amende ce qui est déjà amendé. Changer la loi, l’appliquer ou la renforcer ne changera rien si les comportements restent les mêmes. Les gens continuent de boire, de se droguer et de ne respecter personne.»

Il propose d’imposer des formations obligatoires à tous les contrevenants. Une présence régulière à des cours de sensibilisation devrait, selon lui, devenir une condition pour conserver son permis. «Si une personne refuse d’y aller ou manque ces cours, alors son permis devrait être suspendu.»

Il rappelle également une faiblesse du système actuel : durant la période de validité des points, un conducteur fautif peut souvent continuer à circuler malgré plusieurs infractions. Pour Stephane Maurymoothoo, l’éducation devrait même commencer dès l’école primaire afin d’ancrer très tôt les bons réflexes chez les futurs usagers de la route.

Une approche trop répressive ?

Le président du Mauritius Labour Congress, Haniff Peerun, partage l’objectif de réduire les accidents, mais s’interroge sur la méthode retenue par le gouvernement. Selon lui, avant de multiplier les sanctions, il serait indispensable de rendre publiques les données ayant conduit à cette réforme. Quelles sont les tranches d’âge les plus touchées ? Quelle part des accidents est liée à l’alcool, à la drogue, à la vitesse ou aux infrastructures routières ? Quel rôle jouent le mauvais éclairage, la visibilité, l’état des routes ou encore les conditions météorologiques ?

Pour le syndicaliste, une politique efficace doit reposer sur une compréhension globale des causes. Il soulève également la question délicate de la saisie des véhicules. Une voiture peut appartenir à une famille, à une société de location ou à une entreprise. Sanctionner automatiquement le propriétaire lorsque l’infraction est commise par un tiers pourrait, selon lui, créer des injustices.

Haniff Peerun plaide ainsi pour une approche équilibrée, associant suspension temporaire du permis, réhabilitation et formation obligatoire. «La vraie question n’est pas de savoir comment punir davantage, mais comment réduire réellement le nombre d’accidents.»

Le débat ne fait que commencer. Mais une chose semble déjà faire consensus : si la loi peut imposer la peur de la sanction, seule une évolution des comportements permettra de sauver des vies.


Permis de conduire numérique : Le service pas encore disponible sur Korek

Le ministère des Technologies de l’information appelle les citoyens à la patience face aux nombreuses tentatives d’accès au permis de conduire numérique via l’application Korek et MauPass. Dans un communiqué émis ce mercredi, le ministère précise que le service n’est pas encore opérationnel, malgré son annonce par le gouvernement. Son déploiement dépendait de l’adoption des amendements législatifs nécessaires, désormais franchie avec le vote du «Road Traffic (Amendment) Bill» à l’Assemblée nationale mardi. La prochaine étape consistera au déploiement technique de la plateforme.

Le permis de conduire numérique sera intégré à Korek uniquement lorsque la nouvelle loi entrera officiellement en vigueur. En attendant, les usagers sont invités à ne pas multiplier les tentatives de connexion, le service n’étant pas encore activé. Le ministère affirme qu’une communication officielle sera faite dès sa mise en service.


Permis numérique : des avis partagés

Au lendemain de l’adoption du «Road Traffic (Amendment) Bill», ouvrant la voie au permis de conduire numérique, les réactions des Mauriciens se multiplient sur les réseaux sociaux. Si certains saluent une avancée vers la dématérialisation des services publics, d’autres s’interrogent sur son utilité et son accessibilité.

Pour Ziad, la priorité aurait dû être tout autre. Il plaide pour un permis physique au format de carte d’identité, plus pratique à transporter. Selon lui, de nombreux chauffeurs conduisent plusieurs véhicules au sein d’une même entreprise et le format actuel est difficile à glisser dans un portefeuille.

À l’inverse, Indurjeet estime que la version numérique représente une solution simple et économique. Il souligne que la police pourra facilement vérifier l’identité d’un conducteur en comparant le permis numérique avec la carte nationale d’identité, que la plupart des citoyens ont déjà sur eux. D’autres restent plus critiques. Mayer juge que la numérisation ne contribuera en rien à réduire les accidents de la route. À ses yeux, l’enjeu réside davantage dans la qualité de la formation à la conduite et les critères d’obtention du permis.

Rajesh, lui, attire l’attention sur la fracture numérique. Il s’inquiète du sort des personnes âgées ou peu familières avec les technologies, qui risquent de rencontrer des difficultés avec un permis exclusivement accessible sur smartphone.

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