Publicité

Éducation

SC : Les résultats moindres révèlent un malaise plus profond

17 janvier 2026, 11:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

SC : Les résultats moindres révèlent un malaise plus profond

■ Le MES a annoncé que le taux de réussite global est passé de 72,65 % en 2024 à 69,28 % cette année.

L’annonce des résultats du School Certificate 2025 a résonné comme une onde de choc dans le milieu scolaire : le taux de réussite global est passé de 72,65 % en 2024 à 69,28 % cette année. Ce qui a suscité incompréhension, inquiétude et interrogations parmi les enseignants, les syndicats et les acteurs de l’éducation. Au-delà des chiffres, c’est toute la mécanique du système éducatif qui est aujourd’hui questionnée, dans un contexte où la réforme de l’éducation occupe progressivement le devant de la scène.

Pour le corps syndical, ces résultats imposent un temps de réflexion et une analyse en profondeur des conditions dans lesquelles les élèves ont préparé et passé leurs examens. «Personne ne s’attendait à une telle chute dans tous les domaines», confie Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE). «Cela a été une véritable douche froide. L’an dernier, les résultats suivaient une tendance relativement stable par rapport à l’année précédente. Cette fois-ci, la courbe est clairement descendante.»

La notation de Cambridge

Selon lui, une partie de l’explication pourrait résider dans la manière dont les épreuves sont corrigées par Cambridge, organisme responsable de l’évaluation de plusieurs matières du SC. «Nous avons interpellé le Mauritius Examinations Syndicate (MES) sur le système de notation appliqué par Cambridge. Pour les enseignants, un élève qui obtient plus de 40 points réussit son examen et, au-delà de 50 points, décroche un credit. Or, Cambridge considère qu’il faut dépasser les 65 points pour obtenir ce credit.»

Une différence de standards qui, selon Arvind Bhojun, crée un profond décalage entre les attentes des enseignants et la réalité des résultats. «Dans certaines matières, le seuil de notation a été relevé. Des élèves et leurs enseignants pensaient légitimement avoir obtenu un credit, mais se retrouvent finalement avec un simple pass, voire un échec.»

Il déplore surtout le manque de communication et de transparence autour de cet exercice de marquage. «L’UPSEE a adressé plusieurs lettres au MES pour obtenir des éclaircissements. À ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse.» Cette question de la notation revêt une importance particulière à l’heure où le ministère de l’Éducation envisage de revoir les modalités d’évaluation, notamment pour le Primary School Achievement Certificate (PSAC). «Cambridge attend la fin des corrections pour décider de l’attribution des grades. Or, il est fondamental que les élèves sachent, avant même d’entrer en salle d’examen, quels seront les critères de notation. Ce n’est pas après la publication des résultats que les règles doivent changer», insiste-t-il.

Même dans des matières corrigées localement, comme le Kreol Morisien, une baisse des performances a été observée. «Cela montre que le problème ne se limite pas uniquement à Cambridge», reconnaît Arvind Bhojun, qui n’écarte pas non plus des facteurs liés au comportement et à la concentration des élèves. «Peut-être que les enfants ne se sont pas suffisamment investis dans leurs études.» Il va plus loin, en posant une question sensible mais essentielle : celle de l’indiscipline et du malaise social qui touche les écoles. «La société est malade. Nous alertons depuis longtemps sur la facilité d’accès aux stupéfiants pour les jeunes. Tout cela finit par se ressentir dans les salles de classe. Ces résultats ne reflètent pas seulement un échec académique, mais aussi notre incapacité collective à contrôler certaines dérives sociales.»

Du côté du secteur public, Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), appelle également à une réflexion approfondie et structurée. Pour lui, il serait dangereux de tirer des conclusions hâtives sans examiner l’ensemble des facteurs en jeu. «La baisse du taux de réussite doit être analysée dans son contexte. Il est possible que les standards d’évaluation aient été plus exigeants cette année», avance-t-il. Cependant, ces résultats viennent surtout confirmer, selon la GSSTU, des problèmes systémiques déjà dénoncés depuis plusieurs années. «La qualité des performances scolaires est directement liée aux conditions d’apprentissage et d’enseignement», rappelle Yugeshwur Kisto. Parmi les obstacles majeurs figurent des classes surchargées, parfois excessivement bondées, des infrastructures inadaptées – notamment face aux conditions climatiques – ainsi qu’un manque criant de soutien psychosocial pour faire face aux défis comportementaux et à l’abus de substances.

Les ressources pédagogiques insuffisantes et la pression constante sur les enseignants aggravent également la situation. «Nous réitérons notre appel pour que les Assises de l’éducation débouchent enfin sur des mesures concrètes. Il faut créer un environnement propice à l’excellence, tant pour les élèves que pour les éducateurs», insiste le syndicaliste.

Au final, la baisse des résultats du SC apparaît comme un signal d’alarme. Plus qu’un simple recul statistique, elle met en lumière les fragilités d’un système éducatif en pleine transition. Pour les syndicats, la réussite des jeunes dépend désormais d’un engagement collectif, capable de transformer les conditions systémiques de l’éducation nationale.

Publicité