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Éducation
Réglementation des appareils mobiles à l’école : Entre les profs et le ministère, le réseau ne passe pas
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Éducation
Réglementation des appareils mobiles à l’école : Entre les profs et le ministère, le réseau ne passe pas
■ L’entrée en vigueur des nouvelles réglementations sur l’utilisation des téléphones portables dans les écoles suscite des réactions partagées.
Depuis l’entrée en vigueur, le lundi 17 août, des Education (Control and Use of Personal Mobile Devices on School Premises) Regulations 2026, l’utilisation des appareils mobiles dans les établissements scolaires est soumise à un cadre beaucoup plus strict. L’objectif est notamment de préserver la concentration des élèves, de renforcer la discipline et de prévenir certaines dérives liées aux téléphones, comme les prises de photos ou de vidéos sans consentement ou encore le cyberharcèlement. Si les enseignants ne contestent pas la nécessité de mieux encadrer l’usage du portable chez les élèves, ils s’interrogent toutefois sur les dispositions qui les concernent directement.
Selon la réglementation, un membre du personnel ne peut utiliser un appareil mobile dans l’école en présence d’un élève, sauf lorsqu’un enseignant l’utilise à des fins éducatives en classe. Tout manquement peut exposer le professionnel à des mesures disciplinaires. Pour plusieurs enseignants, cette disposition est trop générale. Ils estiment qu’une distinction doit être faite entre un usage abusif du téléphone et une utilisation ponctuelle, professionnelle ou justifiée.
Un appel concernant un enfant, un parent hospitalisé, un accident ou une urgence médicale ne devrait ainsi pas être assimilé à une infraction. La question se pose également pour un enseignant en pause, ayant terminé ses cours ou se trouvant encore dans l’établissement après ses heures de travail. «Les enseignants ne sont pas des enfants que l’on doit placer sous surveillance», font valoir certains membres du personnel.
Une discipline «juste et proportionnée»
Suttyhudeo Tengur, négociateur de la Government Hindi Teachers Union, reconnaît que le téléphone peut constituer une véritable source de distraction dans les écoles. Son utilisation excessive peut nuire à la concentration des élèves, tandis que les enregistrements effectués sans consentement et le cyberharcèlement présentent de réels risques. Pour lui, l’objectif doit rester la création d’un environnement propice à l’apprentissage, au respect et à la discipline. Mais il appelle à ne pas tomber dans une approche trop rigide.
«Toutes les infractions ne se valent pas», fait-il comprendre. La sanction doit, selon lui, tenir compte de la nature du geste, de l’intention de l’élève, de son âge et des circonstances. C’est notamment l’exclusion automatique de cinq jours à partir de la quatrième infraction qui l’interpelle. Une telle mesure risque, estime-t-il, de priver l’élève de plusieurs jours d’enseignement et de créer un problème éducatif supplémentaire.
Avant d’imposer une sanction aussi lourde, l’élève et ses parents devraient pouvoir être entendus et les faits vérifiés. «Il faut de la discipline dans nos écoles, mais une discipline qui soit juste, proportionnée et respectueuse du droit des enfants à l’éducation», insiste Suttyhudeo Tengur.
«Une forme de trahison»
La réaction d’Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), est plus tranchée. «Nous avons été surpris quand nous avons pris connaissance de la loi dans son ensemble», affirme-t-il. Selon lui, lors des consultations organisées durant les vacances du premier trimestre, les sanctions disciplinaires visant le personnel enseignant et non enseignant n’avaient jamais été évoquées. «Pour nous, c’est une forme de trahison», lâche-t-il.
Le président de l’UPSEE rappelle que les syndicats avaient pourtant soutenu le principe d’une réglementation concernant les téléphones des élèves. «Nous voyons comment les mobiles font des dégâts dans la vie des élèves et nous avions même demandé à ce qu’il y ait des sanctions, dans des cadres légaux»,explique-t-il.Ce qui provoque son incompréhension, c’est que le personnel éducatif se retrouve désormais lui-même exposé à des sanctions.
Le syndicaliste pose également une question de principe : «Est-ce que cette loi fait qu’un staff ne peut utiliser son portable dans la cour d’une école ? Est-ce que cela n’est pas une discrimination à l’encontre des autres fonctionnaires qui travaillent dans d’autres secteurs ?»
Le paradoxe du numérique
Pour Arvind Bhojun, ces dispositions donnent le sentiment que le personnel scolaire est traité comme s’il était incapable de faire preuve de responsabilité. Son inquiétude porte surtout sur les conséquences de la réglementation pour l’utilisation pédagogique du téléphone. Alors que le recours aux outils numériques est encouragé dans l’enseignement, les enseignants doivent, selon lui, obtenir une autorisation dans certaines circonstances pour utiliser leur portable.
Il cite notamment le Foundation Programme, qui compte six matières et pour lequel les enseignants ne disposent pas toujours de manuels. «Les enseignants font la classe grâce à leur portable ou laptop», souligne-til. Dans ce contexte, devoir demander une permission avant chaque utilisation risque, selon lui, de compliquer inutilement le travail pédagogique. Il craint notamment qu’en l’absence d’un responsable dans l’établissement, l’utilisation d’un outil nécessaire à l’enseignement puisse être bloquée.
Il rapporte également que certains élèves auraient déjà indiqué qu’ils signaleraient les enseignants s’ils les voyaient utiliser leur téléphone. Une situation qui, selon lui, alimente les inquiétudes autour des sanctions disciplinaires. La question a été portée à l’attention du ministre de l’Éducation et des ressources humaines, Mahend Gungapersad. Selon Arvind Bhojun, le ministre a indiqué qu’il allait s’enquérir de la situation.
Le syndicaliste souligne enfin le paradoxe autour de l’intelligence artificielle et l’e-learning. Alors que le secteur éducatif cherche à former les enseignants à ces nouveaux outils, le téléphone, qui peut justement servir de support pédagogique, est désormais soumis à des restrictions. «C’est un jour noir pour le secteur de l’éducation», estimet-il, en demandant au ministre d’apporter les amendements nécessaires.
Le débat dépasse ainsi la seule question du téléphone des élèves. Il pose une interrogation plus large : comment renforcer la discipline dans les écoles sans entraver le travail des enseignants ni freiner la transition numérique ? Pour les syndicats, la réponse passe par des règles plus claires, proportionnées et adaptées aux réalités du terrain.
Nouvelle rentrée, nouvelles règles à la réunion aussi
Pour cette rentrée scolaire 2026-2027, une nouvelle mesure est entrée en vigueur dès hier dans les collèges et lycées : l’interdiction du téléphone portable pour les élèves. Après la mise en place de la «pause numérique» dans les collèges, le gouvernement français étend désormais cette interdiction aux lycées, une mesure également appliquée à La Réunion. Chaque établissement doit préciser, dans son règlement intérieur, les modalités d’application de cette nouvelle règle. Celles-ci peuvent donc varier d’un établissement à l’autre. Le téléphone pourra, par exemple, être interdit dans les bâtiments et les couloirs, tout en restant autorisé dans certains espaces extérieurs. Les sanctions sont également laissées à l’appréciation des établissements. Elles peuvent aller de l’avertissement à la confiscation du téléphone. Dans les situations les plus graves, une procédure disciplinaire pourra être engagée.
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