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Substitution à la garde à vue
Quand les suspects choisissent le confort médical
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Substitution à la garde à vue
Quand les suspects choisissent le confort médical
Lilram Deal, Wendip Appaya, David Jean Christian Thomas, Nasser Bheeky, Ashik Jagai, Junaid Haroon Fakim et Sattar Hajee Abdoula.
Une tendance ne passe plus inaperçue actuellement : dès qu’un individu est arrêté par la police ou par les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC), un passage express par une clinique privée ou un hôpital public semble souvent se substituer au séjour en cellule. Sur 88 suspects arrêtés depuis novembre 2024, huit ont passé un temps considérable dans des centres de soins privés, parfois sans justification clinique suffisamment claire, selon la police. Serait-ce une manœuvre pour éviter la garde à vue ?
Le premier à le faire a été l’ancien assistant commissaire (ACP) Lilram Deal, arrêté dans l’affaire explosive du détournement de Reward money. Il a passé deux semaines à l’hôpital SSRN avant de se faire transférer à la clinique Artemis. Il est soupçonné d’avoir détourné environ Rs 4,6 millions, retrouvées sur un compte joint. Ce montant aurait dû revenir à des informateurs mais cet argent ne leur aurait jamais été distribué. L’ex-ACP conteste plusieurs aspects de la procédure devant la Cour suprême.
La liste se poursuit avec Wendip Appaya, arrêté le 3 septembre dernier dans le cadre d’une vaste affaire de blanchiment d’argent, lié à l’acquisition de véhicules de luxe. Entre 2020 et 2025, il aurait dépensé près de Rs 80 millions dans l’achat de voitures haut de gamme, des acquisitions jugées impossibles à justifier par rapport à ses revenus déclarés. Il a d’abord été admis à C-Care Darné pour deux semaines, puis pour deux autres semaines à Artemis, avant d’être libéré sous caution.
David Jean Christian Thomas, superviseur du groupe malgache SODIAT, est considéré comme une pièce maîtresse dans le réseau financier attribué à Mamy Ravatomanga. Arrêté le 24 octobre dernier, David Jean Christian Thomas aurait facilité des transactions illicites atteignant plusieurs milliards de dollars grâce au système informatique d’une banque. L’analyse technique de ses téléphones portables aurait confirmé des manipulations suspectes. Après une semaine à La Clinique Mauricienne, il a passé deux semaines en cellule avant d’être libéré sous caution.
Nasser Bheeky est soupçonné d’avoir tenté d’interférer avec des enquêteurs en jouant un rôle d’intermédiaire entre Ravatomanga et d’anciens hauts responsables de la FCC. Son parcours médical – deux semaines à la City Clinic – a été suivi d’un retour en cellule. Il a été libéré sous caution.
Ashik Jagai, ancien surintendant et ex-chef de la Special Striking Team, est soupçonné d’être impliqué dans l’affaire de Reward Money, où des paiements frauduleux totalisant Rs 86 millions auraient été recommandés et validés, malgré des incohérences majeures. Après deux semaines en cellule, il a été admis une semaine au Khan Medicare Clinic.
Éviter la garde à vue
Il y a aussi le cas de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga, qui a été arrêté. Patron du groupe SODIAT, il est soupçonné d’avoir transféré et dissimulé des milliards de roupies à travers un réseau offshore reliant Maurice, Madagascar, Dubaï et d’autres juridictions opaques. Il a passé un mois à la Premium Care Clinic, puis effectué deux séjours successifs à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo et l’hôpital Victoria. Des sources proches de l’enquête évoquent des raisons médicales réelles mais aussi des tentatives d’éviter la garde à vue.
L’ancien commissaire de la FCC, Junaid Haroon Fakim, est accusé d’avoir tenté d’influencer l’enquête Ravatomanga et d’avoir divulgué des informations sensibles. Il avait démissionné quelques jours avant son arrestation. Après un malaise en cour, il a été admis à l’hôpital Dr Jeetoo, avant d’être transféré pour deux semaines à la clinique Wellkin.
Sattar Hajee Abdoula, ancien administrateur d’Air Mauritius et dirigeant de Grant Thornton Advisory Services, a été arrêté dans une enquête portant sur un dépôt suspect de Rs 3,6 millions, lié à un contrat de consulting pour la compagnie aérienne nationale. Selon la FCC, les services facturés n’auraient jamais été fournis et le dépôt pourrait constituer un transfert illégal. Sattar Hajee Abdoula a été admis à l’hôpital Dr Jeetoo avant de se faire transférer à la clinique Wellkin.
Au Parlement, mardi, le Premier ministre Navin Ramgoolam a reconnu la récurrence du phénomène et confirmé que des réformes législatives sont en préparation. Il a affirmé soutenir la création d’une unité médicale au sein de la FCC ou dans une structure sécurisée comme Melrose, équipée notamment pour dispenser des soins cardiologiques, puisque de nombreux suspects invoquent des complications cardiaques. Il a ajouté que les hôpitaux publics disposent des ressources nécessaires et que rien ne justifie que des suspects restent dans le «confort» de cliniques privées. Selon lui, il s’agit d’une dérive, qui doit être corrigée pour garantir l’équité du système judiciaire.
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