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Quand les rivalités politiques fragilisent un pilier de l’économie

8 mars 2026, 05:47

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L’affaire du Chairman de la Beach Authority n’est pas une simple querelle administrative. Elle révèle, au contraire, des fissures inquiétantes au cœur même du gouvernement.

La semaine dernière, le ministre du Tourisme, Richard Duval, révoquait José Arunasalom. Cette semaine, l’ancien ministre du Tourisme qui assure l’intérim à la place de Duval, Michaël Sik Yuen, le réhabilite – dans le dos de Duval. La méthode est pour le moins troublante. Nommé par le Conseil des ministres, Arunasalom est évincé sans que cette instance ne soit saisie.

Derrière cet épisode se profile une réalité plus politique qu’administrative. Arunasalom, ancien ministre du Tourisme du Mouvement militant mauricien (MMM) – parti qu’il a depuis quitté pour explorer d’autres horizons –, n’est qu’un pion dans une partie plus vaste.

Ce qui se joue ressemble à un bras de fer entre le leader des Nouveaux démocrates (ND) et celui du MMM, deux partenaires de l’Alliance du changement. Richard Duval aurait voulu se débarrasser d’Arunasalom sans autre forme de procès, convaincu d’avoir affaire à une taupe travaillant pour le leader du MMM et contre les intérêts du ministre ND.

Le problème est que ces rivalités se déroulent dans un secteur stratégique pour l’économie mauricienne.

Le tourisme demeure l’une des principales sources de devises du pays – un enjeu d’autant plus sensible que leur disponibilité reste un sujet de préoccupation malgré les efforts de la Banque de Maurice.

Institutionnellement, l’architecture du secteur repose sur trois piliers. Le ministère du Tourisme, chargé de la politique et de la planification. La Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), responsable de la promotion de la destination avec un budget d’environ un demi-milliard de roupies – un organisme trop souvent transformé en terrain de nomination politique. Et la Tourism Authority, qui délivre les licences aux hôtels, restaurants, Airbnb et opérateurs nautiques, et qui exerce donc une influence déterminante sur l’ensemble de l’écosystème.

Quand chaque camp politique y place ses hommes et femmes, les institutions finissent par avancer dans des directions opposées. Les turbulences observées ces derniers mois à la MTPA comme à la Tourism Authority ne sont donc pas le fruit du hasard.

Au retour de Richard Duval, il serait urgent d’accorder les violons. Car derrière les chiffres record que l’on brandit volontiers, les signaux d’alerte se multiplient : ralentissement des marchés européens traditionnels – à l’exception notable de l’Allemagne – et essoufflement du marché sudafricain. Aujourd’hui, face aux Seychelles, aux Maldives ou au Sri Lanka, Maurice ne se vend plus toute seule.

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La carte postale ne suffit plus. Longtemps miroir flatteur de notre économie, le tourisme est devenu le révélateur de nos contradictions.

Le Premier ministre lui-même l’a admis lors du dernier Budget : le secteur doit être repensé en profondeur. À la MTPA, à la Tourism Authority et au ministère du Tourisme, on parle désormais de réinvention, de blueprint, de qualité plutôt que de volume.

Mais entre les annonces et la réalité, le fossé se creuse. Les jeunes désertent les métiers du secteur. La dépendance au modèle balnéaire reste écrasante. L’activité demeure concentrée sur quelques zones côtières. Les écosystèmes subissent une pression croissante. Et, surtout, un sentiment d’exclusion grandit chez les Mauriciens face à une industrie qui transforme leur île sans toujours les inclure.

Dès les années 2010, certains évoquaient déjà le risque de surtourisme. Au lieu d’adapter le modèle, on a empilé les hôtels, privatisé les plages et restreint l’accès des habitants au littoral.

Résultat : une industrie prospère en apparence, mais fragilisée dans ses fondations sociales et environnementales.

Le gouvernement promet aujourd’hui un tourisme à plus forte valeur ajoutée, plus durable et plus intégré. Rs 900 millions sont annoncées pour accompagner cette transition et l’introduction d’e-gates à l’aéroport est présentée comme un signe de modernisation. Mais l’urgence n’est pas technologique. Elle est humaine. Le secteur manque de main-d’œuvre. L’économie mauricienne aurait besoin d’environ 70 000 travailleurs étrangers, dont près de 10 % pour le tourisme. Dans un pays où près de 23 % des jeunes sont sans emploi, cette contradiction interroge profondément le modèle.

Les professionnels du secteur saluent l’idée d’une restructuration, mais s’inquiètent des luttes de pouvoir entre clans politiques, de la multiplication des charges fiscales, d’une taxation parfois mal calibrée et de la concurrence déloyale du secteur informel.

Le message qu’ils envoient au gouvernement est limpide : cette transition ne pourra réussir que si les acteurs cessent de se tirer dans les pattes.

Sinon, c’est l’asphyxie d’un secteur déjà sous tension. À ces défis s’ajoute celui du changement climatique : érosion accélérée des plages, fragilisation des lagons, nécessité de répartir le tourisme dans le temps et dans l’espace. Il faudra aussi repenser la connectivité aérienne, affiner notre positionnement stratégique et reconquérir des marchés traditionnels – notamment la France et le Royaume-Uni – qui se montrent aujourd’hui plus hésitants.

Sans pilotage clair, nous naviguons à vue. Les intentions se multiplient, mais le cap reste incertain.

Or la question essentielle est ailleurs : quel tourisme voulons-nous pour Maurice ?

Ce secteur ne peut plus être uniquement un gisement de devises pour des groupes hôteliers cotés en Bourse. Il doit redevenir un projet national. Un projet d’inclusion.

Un projet de justice territoriale. Un projet de mémoire vivante.

Il faut rendre les plages aux Mauriciens. Associer les pêcheurs, les artisans, les agriculteurs, les artistes et les jeunes à cette industrie qui transforme leur territoire.

Le tourisme ne doit plus se construire contre les Mauriciens, mais avec eux. La carte postale appartient au passé. Ce dont Maurice a besoin aujourd’hui, c’est d’un nouveau récit : un tourisme qui commence là où s’arrêtent les clichés – dans les ruelles, les marchés, les vergers oubliés et les lagons blessés.

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