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Questions à...
Professeur Arnaud Carpooran : «Il était temps de ne plus lier le cours de kreol morisien au français»
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Questions à...
Professeur Arnaud Carpooran : «Il était temps de ne plus lier le cours de kreol morisien au français»
Professeur Arnaud Carpooran, président de la «Creole Speaking Union»
Le 18 juillet dernier, le Conseil des ministres a pris note du renouvellement du mandat d’Arnaud Carpooran à la présidence de la «Creole Speaking Union». Un fauteuil qu’il occupe depuis 2012, en transcendant les clivages politiques. En plus de cette continuité, le Pr Carpooran suit le lancement du cours «BA Creole Studies» à l’université de Maurice, prévu la semaine prochaine. Une nouvelle avancée pour le kreol morisien (KM) dans la sphère institutionnelle.
? C’est un record de longévité. Il y a une dizaine de jours, votre mandat de président de la «Creole Speaking Union» a été renouvelé pour trois ans. Un poste que vous occupez depuis 13 ans. Dans cette continuité, qu’est-ce qui reste à faire ?
Il faut juste commencer (rires). Aucune année n’a ressemblé à la précédente. Les membres du public, ceux qui suivent l’actualité concernant la langue créole en particulier, ont dû constater que nous avons été très présents.
? Diriez-vous que la «Creole Speaking Union» est l’une des plus actives parmi la douzaine de «Speaking Unions» qui existent ?
Ce n’est pas à moi de le dire. Quel que soit le régime en place depuis 2012, le travail d’équipe a continué, avec tous ses défis. Nous avons l’impression d’avoir accompli notre travail. Que le gouvernement actuel ait choisi de nommer à nouveau celui qui était à la tête de la Creole Speaking Union, c’est un signe que le travail accompli jusqu’ici a été apprécié par les autorités politiques, quel que soit le gouvernement. Et qu’il y a un souhait, au niveau de l’État, pour que ce travail se poursuive. C’est comme cela que j’interprète les choses. Nous ne pouvons que prendre acte de cet encouragement, de ce renouvellement, de cette appréciation. Cela s’accompagne d’une dynamique renouvelée. Ce renouvellement nous encourage à aller encore plus vite, avec plus d’enthousiasme. Quand on fait un travail, c’est extrêmement valorisant de savoir qu’il est apprécié. C’est à la fois une satisfaction personnelle et une satisfaction pour toute l’équipe. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec l’Université de Maurice, le Mauritius Institute of Education (MIE), des organismes privés, des associations, des ONG.
? Y a-t-il quelque chose dont vous êtes le plus fier d’avoir accompli en tant que président de la «Creole Speaking Union» en plus d’une décennie ?
Nous sommes dans le processus de faire du KM une langue institutionnelle. Avant, c’était dans les institutions éducatives. Ensuite, dans les institutions publiques. Maintenant, cela a pris du galon, puisque nous visons l’introduction du KM dans des institutions très prestigieuses comme le Parlement. Je n’ai pas envie de sélectionner un événement plus qu’un autre. Je suis dans l’action. La première étape, c’était de poursuivre tout ce qui avait été entamé avant même la création de la Creole Speaking Union, notamment la diffusion de l’orthographe officielle. Cela exigeait l’organisation de manifestations autour de l’écriture : de concours de dictée, d’écriture littéraire, scientifique. Nous avons également tenu des conférences pour mettre en avant tous les progrès scientifiques et académiques réalisés au niveau mondial sur la question des langues créoles. Chaque année, nous avons célébré la Journée internationale des langues et cultures créoles en octobre et en février, la Journée internationale de la langue maternelle. Ce sont deux opportunités annuelles qui nous ont permis de promouvoir cette diffusion. Nous avons commencé à faire du KM une langue acceptée en tant que telle, avec une orthographe officiellement reconnue en 2011. Ensuite, une langue académique au niveau des écoles primaires, des collèges et de l’université. Une fois cette étape franchie, il fallait aller plus loin : viser d’autres institutions.
? Vous attendez maintenant 2026 parce que l’année prochaine, le KM deviendra l’une des matières principales au «Higher School Certificate» (HSC) ?
Oui, cela fait partie de ce qui est attendu.
? Vous avez mentionné la célébration de la Journée de la langue maternelle le 21 février. Cette année, le point d’orgue, c’était la speaker de l’Assemblée nationale, que vous aviez invitée, qui a pris position en faveur de l’introduction du KM au Parlement. Le 28 mars, le Conseil des ministres a pris note que la speaker allait tenir des réunions pour identifier les obstacles à surmonter. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Le travail continue. Prenez les perspectives d’emploi. Aujourd’hui, les choses sont plus claires puisque nous discutons non seulement de l’introduction du KM en tant que matière principale au HSC, mais aussi de pourparlers en cours avec le ministère de l’Éducation et Cambridge University, pour que cette langue devienne l’une des matières validées par Cambridge (NdlR : pour l’heure, les épreuves de KM au SC sont corrigées par le National Examination Board). Du point de vue académique, une fois cette étape franchie, le KM sera validé comme n’importe quelle autre matière.
Le fait que le KM soit enseigné à l’université et qu’il le soit bientôt au HSC signifie que la boucle sera alors bouclée, du point de vue académique. Nous laisserons alors au public le soin d’exprimer la demande. Nous, en tant qu’institution, aurons rempli notre mission en assurant l’offre.
? Lors de la rentrée universitaire du 28 juillet sur le campus de Réduit, un nouveau cours a fait son apparition : le «BA Creole Studies». Que représente ce cours où le KM tient désormais tout seul ?
Le grand problème auparavant, c’était que l’État luimême n’était pas en position de reconnaître la langue, de se satisfaire de ce qui se passait autour de celle-ci pour considérer que le KM est viable en tant que matière académique pouvant déboucher sur des emplois. C’est le cas maintenant. Avec son introduction dans des institutions comme le Parlement, il deviendra encore davantage une langue d’importance institutionnelle.
Nous avons estimé qu’il était temps de ne plus lier le KM au français, qu’il n’apparaisse plus comme une sorte d’appendice d’une langue qui a quand même contribué à sa naissance. Et que le KM était suffisamment solide pour fonctionner à part entière (NdlR : le cours BA French and Creole Studies n’est plus proposé). À un moment donné, il faut accorder au KM son statut de langue autonome. Les étapes de validation administrative qui n’avaient pas pu se faire l’an dernier ont été réglées. Pour le BA Creole Studies, 23 étudiants sont inscrits, dont 19 viennent de Rodrigues. Ils sont pris en charge par l’Assemblée régionale de Rodrigues.
? Avec cette cohorte majoritairement rodriguaise, ce cours bascule en ligne.
Oui, cela fait partie de la démarche d’internationalisation prônée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon. En permettant aux étudiants d’étudier à distance, cela leur évite d’avoir à payer le billet d’avion et le logement.
? Que nous enseigne l’écrasante majorité des étudiants de Rodrigues pour le «BA Creole Studies» ?
Jusqu’à présent, l’université proposait le BA French with Creole Studies. Normalement, ce sont ceux qui avaient étudié le français au niveau du HSC qui se dirigeaient automatiquement vers les trois options qui étaient proposées : BA French Studies, BA French with Translation Studies et BA French with Creole Studies.
Pour cette rentrée, le BA Creole Studies n’était attirant pour personne, vu que cette langue n’est pas encore proposée en HSC comme matière principale. À la limite, de nombreux étudiants n’ont pas vu ce nouveau cours dans la liste de l’université de Maurice, ils ne l’ont même pas cherché.
Nous avons senti qu’une information cruciale n’a pas été suffisamment relayée, à savoir que tout étudiant ayant obtenu au moins la note C in any language subject au HSC – que ce soit en hindi, ourdou, anglais, espagnol, italien, français, etc. – est éligible pour une inscription en BA Creole Studies à l’université de Maurice. Une fois que le KM sera proposé en HSC comme matière principale, la situation se régularisera d’elle-même.
Pendant dix ans, ceux qui avaient étudié l’anglais en HSC, par exemple, n’optaient pas pour le cours avec le KM. Mais le changement en vigueur cette année n’est pas forcément arrivé jusqu’à cette catégorie d’étudiants. Par contre, à Rodrigues, en sus du canal traditionnel utilisé pour relayer les informations concernant les inscriptions aux cours, d’autres outils ont été employés. Yani Maury (NdlR : l’une des chargées de cours de la faculté des sciences sociales à l’UoM. En 2024, elle a été la première Rodriguaise à obtenir un doctorat en sciences du langage à Réduit) a utilisé les réseaux sociaux, TikTok et le message est mieux passé à Rodrigues. Les étudiants ont été sensibles à un message qu’ils ont senti comme leur étant adressé. Dans la structure de l’UoM, il n’y a pas de département de KM à l’heure actuelle. Alors qu’un département de Kreol Repiblik Moris existe au MIE.
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