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Indicateurs Unesco 2030

Pour ne plus décider de la culture sans statistiques sur son impact réel

21 décembre 2023, 20:00

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Pour ne plus décider de la culture sans statistiques sur son impact réel

Les représentants de Statistics Mauritius et du ministère des Arts et du patrimoine culturel ont expliqué que pour l’heure, les actions sont prises sans chiffres officiels sur l’impact de la culture.

Mesurer l’impact économique réel de la culture, ses effets à la fois directs et indirects sur les autres secteurs d’activité. Maurice vient d’expliquer à ses pairs de la région océan Indien le long processus entamé pour, un jour, collecter des indicateurs culturels, sous la supervision de l’Unesco.

Statistics Mauritius pas de rapport sur les industries créatives et culturelles

Trop rare la parole des techniciens dans le domaine des industries créatives et culturelles (ICC). Pour mesurer réellement les avancées et aller au-delà des discours et des effets d’annonce. L’occasion s’est présentée d’écouter deux techniciens locaux lors de l’atelier de trois jours sur les indicateurs culturels 2030 de l’Unesco, qui s’est tenu, du 11 au 13 décembre, au Hennessy Park Hotel. Les participants émanaient de la région océan Indien et Afrique de l’Est. Parmieux, les Seychelles, où il n’y a pas de ministère de la Culture mais des directeurs de divers départements, dont celui du patrimoine et la Creative Seychelles Agency.

Chez nous, si Statistics Mauritius est «l’unique institution habilitée à collecter des données officielles, la Banque de Maurice, les banques commerciales, ainsi que l’université de Maurice, compilent également des données», a expliqué Deosharma Chinnee, Senior Statistician.

La mission de Statistics Mauritius est de collecter des données pour établir les indicateurs économiques et sociaux. Des rapports sont publiés régulièrement pour divers secteurs dont l’agriculture, l’éducation, l’environnement, l’emploi, le genre, les technologies de l’information et de la communication, les National Accounts, le tourisme etc. «Il n’y a pas de données directes sur les ICC. C’est par voie indirecte, en analysant, par exemple, les données concernant la pauvreté que l’on peut avoir des chiffres sur la culture.»

L’intervenant a souligné qu’en 2022, Statistics Mauritius a mené deux exercices qui n’ont lieu qu’à chaque décennie : le recensement de la population et celui des logements. «Malheureusement, dans ces questionnaires, il n’y avait pas de question concernant directement la culture.»

Sa conclusion logique : «Quand on parle de culture, il n’y a pas de références exactes, pas d’analyse comparative détaillée pour ce secteur.» Résultat, c’est que même si le ministère des Arts et du patrimoine culturel «fait des efforts en faveur des industries créatives et culturelles, il n’y a pas de données sur lesquelles s’appuyer».

Budget 2023-2024 : Rs 6 millions pour recueillir les données

Quatorze ans se sont écoulés entre la ratification de la Convention Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005 et la soumission du premier rapport d’application par Maurice. Anabelle Arekion, Principal Culture Officer au ministère des Arts et du patrimoine culturel, a détaillé le processus.

C’est en novembre 2020 que Maurice commence à recueillir des données sur les ICC. La même année, le pays soumet son premier rapport quadriennal sur l’application de la Convention Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005. Une convention ratifiée par Maurice en 2006. «Mais cela a pris beaucoup de temps (NdlR : 14 ans) pour compléter le premier état des lieux.»

L’une des faiblesses soulignées dans ce rapport est le manque de statistiques officielles. Ces données sont essentielles au ministère des Arts et du patrimoine culture pour mesurer «l’efficacité réelle des politiques mises en œuvre sur le plan régional et national».

Suite au rapport, c’est le 15 septembre 2021 que le bureau régional de l’Unesco pour l’Afrique de l’Est a facilité des échanges de connaissances sur la manière de recueillir des données dans ce secteur. Les discussions ont lieu en distanciel.

En décembre de la même année, lors d’une nouvelle réunion présidée par le directeur du World Heritage Centre de l’Unesco, Maurice soumet une demande officielle d’aide technique pour un renforcement de capacités au ministère des Arts et du patrimoine culturel, ainsi que du personnel de Statistics Mauritius, concerné par ce projet. Une demande de contribution financière de l’Unesco est formulée par Maurice pour payer les services d’experts. Avec une contrepartie payée par Maurice.

En mars 2022, le département des indicateurs 2030 de l’Unesco répond au ministère des Arts et du patrimoine culturel, sur les modalités de création d’une Cultural Statistics Unit au sein du ministère. L’accord entre l’Unesco et Maurice prévoit que l’Unesco fournisse la méthodologie à adopter pour la collecte des statistiques culturelles. Et nomme des experts régionaux et internationaux pour guider les partenaires institutionnels concernés à chaque étape.

Du côté mauricien, une ville a été choisie pour démarrer le projet pilote. C’est PortLouis qui a été identifiée, notamment parce qu’en 2021, elle a intégré le réseau des villes culturelles de l’Unesco.

Pour la présente année financière, le Budget 2023-2024 prévoit de développer les ICC comme un pilier de l’économie. Une enveloppe de Rs 1 million a été accordée pour élaborer un plan stratégique pour les ICC. Alors que Rs 6 millions sont réservées à la collecte des indicateurs culturels. «Nous travaillerons sur les indicateurs culturels avant le plan stratégique. Nous espérons lancer le projet début 2024», a conclu la représentante du ministère des Arts et du patrimoine culturel.

Elle a dit

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«La culture, une chose transversale»

«Maurice est en avance par rapport aux autres pays présents dans le processus de mise en place du système de collecte des données. Ces indicateurs sur la culture montrent comment elle agit de manière directe et de manière indirecte par rapport à l’éducation, l’environnement etc. Cela donne une vision globale de la culture. Pour avoir une idée précise d’une chose qui est transversale.»

Naima Lahbil, experte de l’Unesco, qui a animé l’atelier sur les indicateurs culturels 2030.