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Société
Plus de 100 000 Mauriciens vivent dans la pauvreté
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Plus de 100 000 Mauriciens vivent dans la pauvreté
Photo d'illustration.
Selon le Household Budget Survey 2023, environ 101 900 personnes vivaient en dessous de la Relative Poverty Line, fixée à Rs 12 378 par mois, représentant une diminution des personnes en situation de pauvreté relative, passant de 10,4 % en 2017 à 8,4 % en 2023. Parallèlement, l’indicateur Prosperity Gap de la Banque mondiale révèle que les revenus moyens à Maurice devraient être multipliés par 2,4 pour atteindre le seuil mondial de prospérité de 28 $ par jour (2021 PPP). Le même rapport fixe la National Poverty Line – un autre indicateur de pauvreté – à 105 900 personnes.
En effet, la pauvreté peut être définie de différentes manières. On distingue généralement la pauvreté absolue et la pauvreté relative. La première est définie par un seuil de revenu minimum nécessaire à la survie. Si une personne gagne moins que ce seuil, elle est considérée comme vivant dans la pauvreté absolue. Ce concept est largement adopté par de nombreuses organisations internationales, telles que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. De l’autre côté, la pauvreté relative repose sur un seuil qui correspond à 50 % du revenu médian de la population. Toutes les personnes dont le revenu se situe en dessous de ce seuil sont classifiées comme vivant dans la pauvreté relative, comme l’indique Statistics Mauritius.
Dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le ministère de l’Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale a organisé un symposium le 16 octobre à Côte-d’Or. L’événement a rassemblé toutes les parties prenantes, qui ont été invitées à partager leurs opinions sur les enjeux liés à la pauvreté et aux initiatives pour y remédier. Le junior minister, Kugan Parapen, précise : «Il n’y a aucune décision qui a été prise encore par rapport au critère de pauvreté. Le but du symposium était de réunir tous les stakeholders, afin d’écouter l’opinion de tout un chacun, notamment celle des ONG, des bénéficiaires, des représentants du ministère de l’Intégration sociale, du ministère des Finances et du Bureau des statistiques. Le but était d’écouter tout le monde, dans un esprit de consultation, puis de synthétiser ces contributions afin d’en dégager des pistes consensuelles.»
Concernant les retombées de la rencontre, Kugan Parapen a fait ressortir la nécessité de mettre en œuvre une approche multifactorielle par rapport à la pauvreté. «Aujourd’hui, le seuil de pauvreté est perçu uniquement comme un seuil financier, c’est-à-dire qu’on détermine la pauvreté comme une déprivation financière seulement. En revanche, ailleurs dans le monde, les choses sont en train de bouger vers une pauvreté à multiples facettes. Cela signifie qu’il n’y a pas que la déprivation financière, il y a aussi la déprivation par rapport à l’éducation, la santé et aux droits humains, entre autres», explique le junior minister.
Les quatre principales dépenses par catégorie de ménage pour ľannée 2023.
Abordant le Social Register of Mauritius (SRM), il approfondit : «À Maurice, nous utilisons le même benchmark, pour voir si une personne est dans la pauvreté absolue ou pas. Aujourd’hui, pour être éligible à être inscrit sur le SRM, le seuil est de Rs 3 650 pour un adulte et de Rs 2 500 pour un enfant. Ainsi, pour une famille de deux adultes et deux enfants, le seuil sera de Rs 12 300, soit deux fois Rs 3 650, plus deux fois Rs 2 500. On verra à ce moment-là, si cette famille est éligible aux aides ou pas de la National Empowerment Foundation.» Au sujet de la pauvreté absolue, Kugan Parapen conclut : «Selon Statistics Mauritius et même un rapport de la Banque mondiale, la situation s’est grandement améliorée à Maurice. Au niveau du ministère, on constate également qu’il y a de moins en moins de personnes qui vivent dans la pauvreté absolue.»
Hootesh Ramburn, Chairperson de la National Empowerment Foundation, offre également une analyse des deux concepts : «La pauvreté absolue et la pauvreté relative sont des concepts différents qui servent à mesurer la pauvreté en fonction du seuil de revenu. Toutefois, il est essentiel de toujours évaluer la pauvreté par rapport à ce que les personnes pauvres manquent, mais que les autres, non pauvres, considèrent comme essentiels et acceptables pour mener une vie décente. Les individus vivent dans la pauvreté non seulement lorsque leurs revenus sont insuffisants, mais aussi lorsque leurs ressources matérielles, sociales et culturelles sont tellement limitées qu’elles les excluent d’un niveau de vie jugé acceptable par le reste de la société. Selon le degré d’inégalité dans la société, certains sont considérés comme pauvres et d’autres comme riches. Il est impératif de réduire cet écart entre les riches et les pauvres, car cela fait partie intégrante de la lutte contre la pauvreté.»
Du côté des organisations non gouvernementales, Patricia Adèle Félicité, secrétaire générale de Caritas, offre une lecture approfondie des dimensions de la pauvreté. «Au niveau des associations, relève-t-elle, nous considérons plusieurs aspects de la situation d’une personne pour mesurer sa vulnérabilité et pour qu’elle ait accès aussi à différentes aides et différents services que nous offrons. Chez Caritas, nous avons eu l’occasion de participer à une recherche participative internationale sur les dimensions cachées de la pauvreté, menée par ATD Quart Monde et l’Université d’Oxford dans six pays.» Au sujet des dimensions cachées, elle ajoute : «Ça peut être les souffrances que la personne vit et qu’on ne voit pas. Il y a également tout ce qui est relationnel : est-elle stigmatisée, vit-elle dans un endroit qui est stigmatisé, n’a-t-elle pas accès à des facilités ? Cela s’applique également au traitement reçu dans les institutions publiques : estce que cette personne est discriminée par les institutions ?»
Patricia Adèle Félicité explique les services offerts par Caritas. «Premièrement, un service d’accueil qui écoute la personne, qui essaie de comprendre ce que la personne vit. Par la suite, nous l’orientons vers des services qui existent parce que nous n’avons pas toutes les compétences. De plus, nous mettons en place des services de soutien, de secours d’urgence et d’aide au logement. En ce qui concerne le service de formation, nous aidons la personne à retrouver confiance en elle, à apprendre à lire et à écrire si besoin et à apprendre à se débrouiller dans la vie», conclut-elle.
Kersley Victor (photo), père de famille raconte, quant à lui, son quotidien : «Je vis au jour le jour. Je travaille le matin pour manger le soir. En ce moment, je ne travaille pas. La nourriture est devenue très chère. Il faut faire des sacrifices tout au long du mois.» Aline, retraitée, abonde dans le même sens : «Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts. Je touche déjà ma pension de vieillesse. Avant, avec Rs 9 000, je pouvais faire des courses pour un mois. Aujourd’hui, il me faut presque le double. Les subventions sur les produits ne font aucune différence, car avant de baisser, les prix avaient déjà pris l’ascenseur. Ça revient au même.»

Le cas de Madagascar
À l’heure où Madagascar est secoué par une crise politico-sociale portée par la jeunesse, la comparaison des lignes de pauvreté entre Maurice et Madagascar est pertinente. Alors qu’à Maurice, le taux de personnes en pauvreté relative est de 8,4 % (dernier point disponible : 2023); à Madagascar, il avait atteint 75,2 % (dernier point disponible : 2021).
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