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De Sébastopol à l'université du Real Madrid

Nikhil Buleeram rêve d'un football mauricien conquérant en 2035...

17 novembre 2025, 14:00

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Nikhil Buleeram rêve d'un football mauricien conquérant en 2035...

Nikhil avec Gabriel Calderon Pellegrino, directeur du Master, lors de la remise des diplômes au stade Santiago Bernabeu.

Il vient de décrocher un Master en Football Coaching & Management de l’université du Real Madrid. Rentré au pays en août, Nikhil Buleeram a un projet pour professionnaliser le football mauricien en 2035. À son grand étonnement, les idées qu’il avait présentées au ministère des Sports ont été annoncées. Pour lui, cela montre que le pays est prêt pour une évolution majeure. Pas rancunier pour un sou, notre compatriote souhaite aider notre football à redevenir compétitif. Entretien avec un jeune homme de 25 ans formé au contact d’Alvaro Arbeloa (ancien joueur de Liverpool) et convaincu que Maurice possède de vrais talents locaux, contrairement aux idées reçues...

Nikhil, pourquoi vous êtes allé très tôt vers le coaching ?

J’ai débuté comme joueur. Mais depuis mon jeune âge, peut-être que j’avais déjà compris que je ne pourrais pas aller loin au très haut niveau en tant que joueur et que ça ne deviendrait pas professionnel. C’est ça qui m’a le plus poussé vers le coaching. Vers 16-17 ans, je constituais des équipes inter-classes au collège et j’ai même formé un club dans mon village avec mes amis que j’entrainais : Pellegrin Wanderers. Moi, personnellement, j’ai joué en régional et participé à des compétitions intercollèges à St Julien et Sébastopol. J’ai aussi eu la chance d’avoir des joueurs de la sélection nationale comme coéquipiers et c’est ce qui a décuplé ma passion.

Ensuite, vous décidez de passer au niveau supérieur à l’AFN, c’est bien ça ?

Oui, j’ai commencé à entraîner le RM Club AFN, avec des catégories U8 à U15, tout en m’occupant de mon club du village. À 21 ans, j’ai ainsi pu coacher différentes catégories. J’ai aussi suivi des cours de formation avec le Paris FC, en 2023, ainsi que des séminaires et des classes en ligne avec des anciens coachs : The Coach Voice et English FA, ce qui m’a permis d’acquérir d’autres qualifications (analyse vidéo, scout de joueurs et directeur sportif). L’étape suivante était de faire un Master. J’ai postulé en Angleterre (à UC FA, qui est affilié à Chelsea et à Manchester City, qui proposait un Master en football coaching) et au Real Madrid (qui me proposait en plus le management en football). J’ai été admis dans les deux, j’avais l’embarras du choix ! Mais j’ai choisi le prestigieux Real Madrid pour une formation qui dure un an (de septembre 2024 à août 2025), même si mon équipe de cœur est Manchester United...

Est-ce la première fois que l’université du Real Madrid prend un élève mauricien ?

Je pense bien oui. Avant d’être admis, c’est un long processus, mais dès la première interview, quand j’ai dit que je venais de ‘Mauritius’, ils étaient choqués et ne savaient pas où ça se trouvait... (rires) Ils m’ont dit que j’étais le premier élève venu de là-bas. Le Master était en anglais, mais j’ai appris l’espagnol pour pouvoir mieux communiquer avec eux.

En quoi consistait votre Master ?

C’est un Master en Football Coaching & Management. Ce que j’aime avec cette formation, c’est que ça couvre le foot de A à Z. J’ai eu l’occasion de comprendre comment un club fonctionne en interne, que ce soit pour ses transferts, ses finances ainsi que le côté légal. D’ailleurs, pour ce dernier sujet, j’ai eu la chance de côtoyer Juan Crespo, l’un des plus grands avocats dans son domaine en Espagne. Pour le coaching, j’ai travaillé avec des coachs de l’académie du Real Madrid et j’ai fait le suivi avec Alvaro Arbeloa, ancien joueur de Liverpool et des Merengue, en charge de l’équipe réserve du club.

Qu’avez-vous appris concrètement au contact d’Arbeloa ?

On est allé dans les vestiaires, ou la salle de conférence, il nous a expliqué quels matchs il venait de jouer, comment ça s’était passé, quelles étaient les stats des joueurs, et leur état de fatigue physique. Le matin, j’ai eu la chance de voir les analyses vidéos avec quelques camarades, puis suivre les entraînements l’après-midi. Arbeloa nous expliquait alors comment il préparait sa semaine et gérait l’équipe avec son staff : son team manager, son préparateur physique, son analyste vidéo et son coach des gardiens de but. Et il nous disait pourquoi il travaillait telle ou telle chose et comment il allait l’appliquer. Comment régler tel ou tel problème. C’est une chance incroyable d’avoir assisté à tout ça... J’étais dans une classe de 30 élèves venus du monde entier.

«Au Real Madrid, on nous a appris par exemple que le foot est le sport le plus difficile qui existe. La seule chose qui s’en rapproche, c’est la guerre. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut anticiper et prévoir, comme au tennis. Le football est imprévisible, le moindre facteur peut tout changer. Les spectateurs, le terrain, le ballon, le temps, l’adversaire, les joueurs, combien de temps a été joué... Vous aurez beau essayer de bloquer ceci ou cela, il y a toujours une variable qui peut vous échapper.»

Combien ça coûte de suivre une telle formation au Real Madrid ?

Ça coûte dans les 20 000 euros (NdlR, plus d’un million de roupies). Et le coût de la vie à Madrid est très élevé. J’ai aussi pu faire des stages et des visites. J’ai suivi un stage à la fondation Real Madrid. Il faut savoir que le stade a une infrastructure immense et qu’il ne s’agit que d’une de ses branches qui s’occupent des ‘football school’, des cliniques et camps d’entraînement du Real à travers le monde.

Avez-vous eu accès aux stars de l’équipe professionnelle pendant votre séjour là-bas, les Kylian Mbappé et Vinicius Junior ?

Non. Même les gens qui travaillent au Real Madrid n’ont pas de contact avec la first team ! C’est un principe qu’ils ont instauré pour le prestige du club et la sécurité des joueurs. Mais j’ai pu assister à un match de Coupe du Roi du Real contre Leganes, au Santiago Bernabeu, remporté 4-2 après prolongations. Ce stade est vraiment immense : un autre niveau ! C’était une occasion de voir les joueurs de près, comme Luka Modric. On a aussi pu voir une pré-match conférence et 30 minutes d’entraînement de l’équipe première.

En tant qu’étudiant, vous n’aviez pas de facilité pour voir les matchs du Real ?

Non, mais on bénéficie d’un discount pour acheter des places, mais ça reste quand même très cher. Au minimum 200 euros... Les socios se battent pour aller voir jouer le Real. Le stade est toujours plein. En Ligue des champions, certaines places peuvent se vendre à 5 000 euros...

À côté de ça, vous avez aussi suivi d’autres petites formations dans plusieurs clubs à vos frais. Lesquelles ?

Oui, j’ai fait des stages éducatifs, à mes frais, au Portugal. J’ai fait Benfica, Porto et Braga (avec environ une semaine pour chacun). Vu que j’étais déjà sur place, je me suis dit que je devais pousser au maximum. Et c’est vrai que c’est une expérience énorme que j’ai acquise. Par exemple, au Real, j’ai eu la chance de voir leur Head of Marketing, Head of Ticketing qui nous ont expliqué quelle stratégie ils ont utilisée pour faire grandir le Real Madrid et nous ont détaillé les services additionnels qu’ils proposent au public.

Le clou du spectacle, c’était le jour de la remise des diplômes face à Florentino Perez, le président du Real Madrid. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Au fait, ça se fait au Santiago Bernabeu. C’est très impressionnant d’être dans ce magnifique stade pour recevoir son diplôme... Et il y avait effectivement Florentino Perez qui a fait un discours devant tous les étudiants. Pendant mon séjour là-bas, j’ai appris que si le Real Madrid est à ce niveau aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Ils ont un président visionnaire et ils visent toujours le haut niveau. Tout ce qu’ils font doit être au top. Par exemple, j’ai fait plusieurs classes avec Joaquin Gonzalez, mon lecturer, qui est devenu maintenant Head of Methodology and Head of Academy du Real Madrid. Sa vision du football et son savoir-faire pour développer des talents est à part. Il y a aussi Javi Mallo, le préparateur physique, qui a travaillé avec Zidane quand ce dernier débutait. L’analyste vidéo n°1 du Real a aussi fait des classes avec nous, ainsi que d’autres lecturers qui viennent de Séville et de Villareal.

Y a-t-il des choses qui vous ont marqué ?

Il y avait une partie théorique, pratique et des activités. Je ne dirais pas que c’était dur, parce que moi je suis un passionné de foot, donc j’en ai tiré un maximum de bénéfices. On nous a appris par exemple que le foot est le sport le plus difficile qui existe. La seule chose qui s’en rapproche, c’est la guerre. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut anticiper et prévoir, comme au tennis, avec un adversaire et un filet en face de vous. Le football est imprévisible, le moindre facteur peut tout changer. Les spectateurs, le terrain, le ballon, le temps, l’adversaire, les joueurs, combien de temps a été joué... Vous aurez beau essayer de bloquer ceci ou cela, il y a toujours une variable qui peut vous échapper. Si le foot espagnol est arrivé au top et qu’il y est encore, c’est parce qu’ils ont vu tout ça et ils connaissent son importance.

Quel était votre objectif en partant faire ce Master et comment comptez-vous l’exploiter professionnellement ?

J’ai un diplôme UEFA C et je suis inscrit pour faire l’UEFA B. La formation que je viens de suivre m’a permis de faire ma propre expertise comme directeur sportif, directeur d’académie, en termes de méthodologie et d’organisation d’entraînement. Je pense aussi pouvoir former des entraîneurs avec des nouvelles méthodes qu’on n’a pas encore eues à Maurice.

Maurice a combien de retard sur le haut niveau d’après vous ?

Peut-être 50 à 100 ans ! Le problème, c’est que les entraîneurs à Maurice, même au niveau national, n’ont pas eu la formation qu’il fallait. Ils ont parfois tendance à regarder un petit bout de vidéo sur YouTube par-ci par-là, sans savoir comment ils doivent planifier leurs entraînements au haut niveau. Mais nous avons besoin d’un cadre beaucoup plus moderne pour permettre à nos entraîneurs et nos joueurs de progresser. Moi-même, j’ai suivi le CAF D à Maurice, mais le niveau est très bas. Trop loin du haut niveau. Mais cela m’a montré qu’il y a un vrai potentiel, mais aussi un besoin d’actualiser les contenus pour se rapprocher du haut niveau. Avec un meilleur système de formation continue, nos entraîneurs peuvent vite rattraper le retard.

«À Maurice, on a des talents bruts. On n’a pas de joueurs qui ont bénéficié d’un entraînement de 5 ans à 18 ans, mais on arrive quand même à faire face au Cameroun. Sans toute la formation qu’ils ont eue, on est déjà bon. On a de vrais talents. On a des joueurs qui peuvent faire de grandes choses avec un ballon dès le plus jeune âge. Mais à l’âge de croissance, on n’arrive pas à les développer, donc les joueurs de 16-17 et 18 ans n’ont pas d’autre choix que de quitter Maurice et partir pour continuer à évoluer.»

Avec tout ce que vous avez appris, vous avez certainement un plan pour relancer notre football à Maurice, qui est en berne depuis de nombreuses années ?

Pendant que je faisais mon Master en Espagne, j’ai contacté la MFA et le ministère des Sports. La MFA ne m’a pas encore recontacté malgré mes relances, mais je reste disponible pour travailler avec eux dès qu’ils le souhaiteront. Quant au ministère des Sports, j’ai rencontré un senior adviser à trois ou quatre reprises, je leur ai présenté plusieurs projets mais le principal s’intitule ‘Professionnalize Football in Mauritius 2035’, qui montre un planning sur le long terme où nous deviendrions un pays africain important dans le monde du football. J’ai fait ce projet parce que j’avais un accès à des pros de plusieurs pays pour m’aider à le réaliser : un directeur sportif à Dubaï, le DTN de Haïti et d’autres pros d’Italie, d’Espagne, du Portugal et des consultants autour du monde. On a beaucoup échangé sur comment développer le football à Maurice, sur ce qui était faisable ou pas.

Si demain vous obteniez le financement voulu, pensez-vous pouvoir relancer le sport roi chez nous ? Oui, bien sûr. Mon projet se base sur quatre piliers :

• Le revenue growth : parce que notre football n’est pas professionnel et personne ne génère de revenus, les clubs dépendent presque entièrement du gouvernement et de la MFA, ce qui limite leur autonomie et leur capacité de progresser ;

• Le youth development, qui représente le cœur de tout projet durable. Ce que j’ai appris en Espagne auprès d’experts internationaux, c’est qu’un pays progresse uniquement lorsqu’il investit sérieusement dans la formation et l’accompagnement des joueurs ;

• La CAF club licensing : la CAF impose des critères aux clubs pour qu’ils puissent être compétitifs en Super League. Ces critères ne sont pas des obstacles mais des standards professionnels pour tirer le foot mauricien vers le haut ;

• La competition pyramid : pour un petit pays comme Maurice, ce n’est pas réaliste d’avoir une Super League, une division 1, une division 2, une ligue intermédiaire, et puis les régionales où on a jusqu’à 4 divisions encore dans certains cas ! On a des équipes régionales qui ne jouent que trois ou quatre matchs par saison, ça n’a pas de sens. La structure actuelle dilue le niveau compétitif. Certaines équipes régionales ne jouent que trois ou quatre matchs par saison, ce qui ne développe ni les joueurs, ni les coachs.

Mon objectif est simple : avoir moins de compétitions, mais beaucoup plus de matchs de haut niveau et une véritable progression entre les divisions. C’est ce modèle qui fonctionne dans les pays performants et qui est totalement adaptable à Maurice. Par exemple, on a joué contre le Cameroun, le public attendait la victoire, mais eux, ce sont des professionnels ! Dans un an, ils s’entraînent onze mois, tous les jours et ont des matchs difficiles à disputer. Nous, notre ligue dure peut-être six mois, les joueurs s’entraînent deux à trois fois par semaine. Et puis nous attendons quoi de ces joueurs ? Il faut donc repenser la pyramide de compétition. Le problème vient du haut mais aussi du bas. Peut-être que si vous me demandez de mettre en place mon projet, ce sera difficile, parce qu’il y a beaucoup de grains de sable...

Concrètement, comment sauvez-vous le foot mauricien tout de suite ?

Pour commencer, je pourrai prendre en charge la ‘competition pyramid’, qui est la base de tout système performant. J’ai présenté plusieurs projets au ministère des Sports, notamment une feuille de route claire pour permettre à Maurice de participer aux Coupes du monde U17 et U20 dans les années à venir. Comment travailler avec les jeunes après la fermeture de l’académie de foot de Liverpool. J’ai aussi expliqué comment structurer le travail avec les jeunes pour les joueurs de 10 à 18 ans. J’ai parlé de plusieurs choses encore avant que le ministère ne présente son plan de relance du football local récemment.

Quelle a été votre réaction suite à ça ?

J’ai été choqué. Un ami m’a envoyé le live de leur présentation, j’ai constaté que plusieurs points reprenaient exactement les idées que j’avais soumises dans mon projet. Moi, j’avais présenté un projet pour professionnaliser le football, comment refaire notre système d’académie afin d’amener Maurice dans une Coupe du monde. Pas senior tout de suite, mais au moins U17 et U20 pour commencer. Parce qu’on a des talents à Maurice à l’âge de 10-13 ans. Ok, ce n’est pas le niveau du Real Madrid ou de la division 1 ou 2 espagnole, mais il y a un travail à faire à Maurice sur les enfants quand ils atteignent l’âge de puberté, qui n’est pas fait ici. Il faut tout revoir à la base. On ne peut pas parler de high performance, mais le commencer à 15 ou 17 ans seulement. L’enfant est déjà grand. Il faudrait le commencer dès l’âge de 10-12 ans. Je pense que l’académie de Liverpool faisait du bon travail et qu’il fallait continuer sur ses pas et non pas rekraze pou tou refer.

Ceux avec qui vous avez parlé, peuvent-ils reprendre vos idées et les appliquer eux-mêmes ? Ça peut paraître joli sur le papier, mais s’ils essayent de le mettre en place tout seuls, ça ne marchera pas. Ce qu’ils ont annoncé ressemble juste à un effet d’annonce. On a plusieurs problèmes...

Par exemple ?

Prenons le fonctionnement de la MFA. Notre fonctionnement est encore arriéré. Ce sont les présidents de clubs qui constituent la MFA. Or, il y a conflit d’intérêt. Ils ne voteront jamais pour quelque chose qui va contre leur intérêt, même si c’est pour le bien et l’évolution du foot mauricien.

Comment dépoussiérez notre mode de fonctionnement alors ?

Ça devrait être comme dans tous les pays. En Espagne aussi, on m’a dit que notre système à Maurice n’était pas le bon. L’idéal serait de fonctionner comme la Premier League ou la Liga. Il y a une entité qui s’appellerait Mauritius Professional Football League et qui serait en charge de la compétition. C’est à eux de voir le financement et le côté marketing. La MFA se concentrerait plus alors sur la formation de jeunes, la ligue régionale, l’équipe nationale. Un président de club qui dirige la ligue ne voudra jamais que son club soit relégué, le problème est là. Le plus grand exemple, c’est le Maroc. Ils fonctionnaient comme nous, mais ils ont fait des réformes et leur niveau est devenu excellent. Ils ont gagné la CHAN, ont atteint une demi-finale de la Coupe du monde, possèdent de grandes infrastructures. Maurice peut le faire aussi, parce qu’on est un petit pays. C’est plus facile de tout refaire à zéro. Il faut venir avec un plan et dire : ça passe ou ça casse.

Certains disent que le footballeur mauricien n’a pas le niveau pour aller plus loin. Vous qui avez entraîné des joueurs au plus jeune âge, qu’en pensez-vous ?

Un jour, un ancien joueur et ancien entraîneur m’avait dit quelque chose à ce sujet et j’ai vérifié par moi-même qu’il avait raison. En fait, à Maurice, on peut vraiment dire qu’on a de vrais talents. Alors que dans beaucoup d’autres pays, ils n’ont que des ‘system players’...

C’est-à-dire ?

Ce sont des produits de l’entraînement parce qu’ils ont commencé dès l’âge de 5 ans, jusqu’à 18-20 ans. Mais c’est après 15 ou 20 ans de training qu’ils sont arrivés à ce niveau. À Maurice, on a des talents bruts. On n’a pas de joueurs qui ont bénéficié d’un entraînement de 5 ans à 18 ans, mais on arrive quand même à faire face au Cameroun. Sans toute la formation qu’ils ont eue, on est déjà bon. On a de vrais talents. On a des joueurs qui peuvent faire de grandes choses avec un ballon dès le plus jeune âge. Mais à l’âge de croissance, on n’arrive pas à les développer, donc les joueurs de 16-17 et 18 ans n’ont pas d’autre choix que de quitter Maurice et partir pour continuer à évoluer.

Comment le Cap-Vert et ses 400 000 habitants arrivent-ils à produire une équipe qui va à la Coupe du monde et pas nous ?

(rires) Au fait, j’avais déjà parlé de ça dans mon projet, avant même qu’ils se qualifient pour le Mondial ! C’est ironique. Ils ont réformé leur système de Youth League. Parfois on dit «oui mais eux, ils sont aidés par les Portugais et pas nous». Mais il faut se poser la question : pourquoi ils sont aidés par les Portugais ? Peut-être parce qu’ils font un bon travail au niveau jeunes et que les scouts portugais les ont repérés. Ces derniers disent qu’ils ne pourront pas concurrencer le Real Madrid ou le Benfica pour aller chercher des talents au Brésil, mais pourquoi pas au Cap-Vert ? C’est un nouveau pays qui monte et qui fait du bon travail. Le Portugal ne s’est pas levé un de ces quatre matins pour dire qu’il va financer le Cap-Vert. Il y a un vrai travail de l’ombre qu’ils ont fait derrière pour mériter tout ça. Si à Maurice on veut faire revivre le football de jeunes, on n’a pas de gros efforts à faire. Continuons à jouer la Cosafa Cup. Si on la gagne, on ira à la CAN. Un des projets que j’ai proposés aux autorités sportives mauriciennes, c’est de créer des équipes U14-U15-U17 et les faire jouer ensemble. En leur faisant affronter d’autres équipes de la région, comme la Réunion, Madagascar ou l’Afrique du Sud, ils auraient le frottement régional pour être compétitifs d’ici trois ans. Il faudrait investir dans un staff...

Si on met tout ça en place, Maurice sera où en 2035 ?

L’objectif est qu’en 2035, Maurice soit dans le Top 100 des meilleures équipes du monde. Avec un football professionnel chez nous, une Super League qui gère ses revenus, et toutes ses équipes auraient leur propre académie de foot. Peut-être atteindre les quarts de finale des Coupes de clubs africains chaque année. On dépasserait le Cap-Vert, l’Angola et les autres. C’est un plan sur 10 ans faisable et réalisable. On n’a pas un projet à long terme pour voir notre football remonter. Et si on est sur un bateau avec 10 capitaines, qui veulent aller dans 10 directions différentes, ça ne marchera pas. Il faut une personne radicale qui va imposer les choix qu’il faut.

Et vos talents ne sont pas reconnus ici, vous irez exercer ailleurs ?

Oui, je peux aller travailler en Espagne ou ailleurs. Mais mon cœur me dit d’aider mon pays et notre football à revenir vers des jours meilleurs. J’aurais aimé mettre tout ce que j’ai appris en pratique dans mon propre pays.

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Avec Alvaro Arbeloa, ancien joueur de Liverpool et du Real Madrid, en charge de l'équipe réserve des Merengues.

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