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Affaire Shaan Kundomal

La FCC ouvre sa propre enquête

7 juillet 2026, 15:00

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La FCC ouvre sa propre enquête

Shaan Kundomal, est libéré sous caution à Dubaï, mais ne pourra pas quitter le territoire. Cette restriction de déplacement, imposée dans le cadre des procédures en cours, reste en vigueur jusqu’à la conclusion des investigations menées par les autorités émiraties. Cette affaire fait suite à une plainte déposée par le Dr Sameer Al Ansari, figure reconnue du secteur financier et de la gouvernance d’entreprise aux Émirats arabes unis et au Royaume-Uni (voir encadré). C’est sur la base de sa plainte que les procédures judiciaires ont été enclenchées, tant à Dubaï qu’à Maurice.

Parallèlement au dossier dubaïote, la Financial Crimes Commission (FCC) vient d’annoncer l’ouverture de sa propre enquête. Selon les informations disponibles, cette démarche de la FCC a été initiée de manière indépendante. Les enquêteurs devront désormais rassembler les éléments nécessaires afin de déterminer l’étendue des faits reprochés et d’établir si des poursuites supplémentaires doivent être engagées localement. Cette double procédure place Shaan Kundomal dans une situation judiciaire particulièrement complexe.

L’enquête de la FCC n’en est qu’à ses premiers pas. Il est toutefois probable que les investigations à Dubaï et celles de la FCC progressent en parallèle, chacune apportant des éléments susceptibles d’éclairer l’autre volet du dossier. Cette affaire soulève également des questions sur la coopération entre les juridictions concernées. La coordination entre les deux autorités sera déterminante pour la suite de l’affaire, notamment pour établir si les faits examinés dans les deux pays sont liés ou distincts. L’affaire continue donc de faire l’objet d’un suivi attentif, tant sur le plan local qu’international. D’autres développements sont attendus dans les prochaines semaines à mesure que les deux enquêtes progresseront.

Le cabinet Dentons Mauritius LLP, mandaté par Shaan Kundomal et Aurevya Wealth Ltd, dément formellement les accusations portées récemment aux Émirats arabes unis contre son client. Selon le communiqué, le parquet de Dubaï, après examen des éléments et faits juridiques présentés, a conclu à l’absence d’infraction et classé l’affaire sans condition. Toujours selon la défense, Shaan Kundomal n’a jamais été arrêté à l’aéroport de Dubaï ni libéré sous caution ; aucune plainte n’aurait été déposée par le Dr Sameer Al Ansari, et Tarishma Kundomal n’aurait jamais été inquiétée. Shaan Kundomal a par ailleurs mandaté ses avocats pour engager des poursuites civiles et pénales contre les auteurs de ces allégations qu’il juge diffamatoires.

Le cabinet Dentons souligne enfin que cette affaire est sans rapport avec Aurevya Wealth Ltd. Shaan Kundomal, depuis son admission au barreau, n’est plus salarié de la société et n’intervient plus dans sa gestion quotidienne, bien qu’il en demeure un directeur. Aurevya Wealth Ltd rejette ainsi toute suggestion selon laquelle sa gouvernance, son dispositif de conformité ou son statut réglementaire serait concernés. La société affirme se conformer pleinement à ses obligations réglementaires et indique n’avoir connaissance d’aucun élément suggérant un intérêt de la FCC à son égard. Elle assure enfin qu’elle continuera, comme par le passé, à coopérer avec toute autorité compétente qui viendrait à la solliciter.

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Qui est le Dr Sameer Al Ansari ?

Le Dr Sameer Al Ansari est un expert-comptable agréé au Royaume-Uni (ICAEW) et intervient régulièrement comme conférencier sur les questions de gouvernance d’entreprise à l’international. Figure reconnue de l’investissement international, cumulant plusieurs rôles exécutifs et non-exécutifs de premier plan aux Émirats arabes unis et au Royaume-Uni, le Dr Al Ansari a notamment dirigé la RAK Digital Assets Oasis (RAK DAO) en tant que CEO jusqu’en avril 2025, une zone franche pionnière dédiée aux entreprises d’actifs virtuels et numériques, opérant sous un régime de common law – une première mondiale en son genre. Auparavant, il avait été à la tête du RAK International Corporate Centre (RAK ICC), poste qu’il a quitté début 2024. Malgré la fin de ces deux mandats, le Dr Al Ansari demeure très actif dans les secteurs financier et de la gouvernance d’entreprise à l’échelle mondiale. Il occupe aujourd’hui plusieurs sièges au sein de conseils d’administration :

Develop North PLC (Royaume-Uni) : Administrateur indépendant non-exécutif et vice-président

Interpolitan Money (Londres) : Administrateur non-exécutif

PEPlus Capital Advisors (Dubaï) : Fondateur du cabinet-boutique de conseil en finance d’entreprise

Al Ramz PJSC (Dubaï) : Administrateur non-exécutif

TVM Capital Healthcare : Membre du conseil d’administration

Marjan : Membre du conseil, aménageurmaître des propriétés en pleine propriété à Ras Al Khaïmah

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Des signalements qui interrogent la FSC

FSC

L’arrestation à Dubaï de l’avocat et homme d’affaires Shaan Kundomal, dans le cadre d’une affaire faisant l’objet d’une procédure judiciaire, continue de provoquer des remous jusque dans les milieux financiers mauriciens. Au-delà des développements à l’étranger, plusieurs sources contactées par l’express affirment que des informations concernant l’homme d’affaires avaient déjà circulé auprès des autorités mauriciennes il y a plusieurs années, sans déboucher sur une enquête approfondie.

Selon les renseignements recueillis, des signalements auraient été portés à l’attention de l’ex-Independent Commission against Corruption (ICAC), aujourd’hui remplacée par la FCC, mais également de la Financial Services Commission (FSC), le régulateur du secteur des services financiers. Une source proche de la FSC affirme que plusieurs informations – qualifiées de tipping-off – auraient été reçues sur Shaan Kundomal. Toutefois, elles n’auraient jamais donné lieu à une véritable investigation.

L’affaire dépasse aujourd’hui le seul cas de Shaan Kundomal. Au fil de notre enquête, plusieurs employés et des personnes connaissant le fonctionnement interne de la FSC ont accepté de partager leur expérience. Plusieurs sources affirment que certaines décisions relatives aux enquêtes et aux autorisations auraient été influencées par des interventions de hauts responsables. Elles soutiennent également que des enquêteurs auraient parfois subi des pressions dans le traitement de certains dossiers sensibles.

D’autres témoignages recueillis par l’express concernent le département responsable de l’autorisation des licences financières. Certaines licences auraient été délivrées dans des circonstances qui mériteraient aujourd’hui d’être réexaminées. De plus, des plaintes auraient été formulées à plusieurs reprises contre un ancien responsable de ce département. Ces personnes évoquent un possible conflit d’intérêts, estimant que ce responsable aurait ensuite été appelé à superviser des enquêtes sur des entités dont les licences avaient été accordées sous sa responsabilité.

Récit d’une employée

Notre enquête a également permis de recueillir le témoignage écrit d’une employée de la FSC décrivant un environnement professionnel particulièrement éprouvant. Dans son récit, elle affirme avoir été victime de harcèlement, d’intimidation et de discrimination au sein de plusieurs départements de l’institution. Elle explique avoir été mutée à plusieurs reprises depuis 2022 sur des décisions prises par certains supérieurs hiérarchiques. Elle aurait elle-même subi à de tels agissements, y compris pendant une grossesse à risque. Elle aurait finalement sollicité l’aide du syndicat de la FSC et d’un avocat afin d’obtenir une nouvelle affectation – dans un service tout aussi toxique. Ce climat de travail marqué «par des comportements de harcèlement et de discrimination», aurait, dit-elle, amené plusieurs de ses collègues à quitter leur poste.

L’employée remet également en question les procédures internes de la FSC. Elle estime qu’il existe un problème de gouvernance lorsque des responsables ayant participé à la délivrance de licences sont ensuite appelés à superviser des enquêtes sur ces mêmes dossiers. Plusieurs autres sources interrogées dénoncent un climat de travail tendu au sein de la FSC. Elles confirment des accusations de harcèlement, d’intimidation et de favoritisme qui auraient fait l’objet de plaintes internes au fil des années.

Nous avons adressé une série de questions à la FSC afin qu’elle puisse exercer pleinement son droit de réponse. Nous lui avons notamment demandé si des signalements sur Shaan Kundomal avaient été reçus par le passé ; si une enquête avait été ouverte ; comment elle répond aux allégations de pressions internes, ainsi qu’aux accusations sur la gouvernance, la délivrance de licences et le climat de travail au sein de l’institution. Au moment de mettre sous presse, la FSC ne nous avait pas encore communiqué ses commentaires.

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La démission de Désiré Vencatachellum sur fond de guerre d’influence ?

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Le départ de Désiré Vencatachellum (photo), ex-Chief Executive Officer (CEO) de la FSC, serait-il lié aux pressions qu’aurait exercées un junior minister, réputé proche de Shaan Kundomal, et d’un membre influent de la «bande des cinq», aujourd’hui en poste dans un établissement bancaire ? Selon plusieurs sources, ces interventions visaient à mettre un terme à la réouverture d’une enquête sur rôle de Capital Horizons Ltd (CHL), dirigée par Shaan Kundomal, dans la structuration d’opérations financières lors de l’acquisition des sociétés minières Bindura Nickel Mine et Freda Rebecca Gold Mine en 2019. Cela avait permis de masquer l’identité réelle de l’homme d’affaires zimbabwéen Kudakwashe Tagwirei, proche du pouvoir à Harare et sous le coup de sanctions américaines et britanniques.

Cette affaire remonte au 3 octobre 2023. Dans une lettre adressée au CEO de la FSC de l’époque, les organisations Open Secrets (Afrique du Sud) et The Sentry (États-Unis), toutes deux spécialisées dans la lutte contre la corruption et les crimes financiers, avaient demandé au régulateur mauricien d’enquêter sur Capital Horizons Ltd (CHL), société de gestion basée à Maurice, Sotic International Ltd, société enregistrée à Maurice et administrée par CHL, ainsi que sur Shaan Kundamal, directeur général et copropriétaire de CHL.

Les deux organisations alléguaient plusieurs manquements potentiels aux obligations prévues par la législation mauricienne, notamment l’absence d’identification de Tagwirei comme bénéficiaire effectif de Sotic International, la mise en place de structures destinées à masquer l’origine réelle des fonds, le défaut de diligence renforcée (enhanced due diligence), pourtant requise pour un client considéré comme à haut risque, ainsi que l’absence de déclaration de transactions potentiellement suspectes aux autorités compétentes.

La lettre évoquait également un circuit financier complexe impliquant un investissement de 8,5 millions de dollars (environ Rs 390 millions) transitant par le fonds Almas Global Opportunities Fund, enregistré aux îles Caïmans, avant d’être transféré à Sotic International, puis utilisé pour financer l’acquisition d’actifs miniers au Zimbabwe, notamment au sein d’ASA Resource Group.

Selon plusieurs sources concordantes, Désiré Vencatachellum, professionnel respecté de la finance, qui avait quitté un poste de haut responsable à la Banque africaine de développement (BAD) pour prendre les rênes de la FSC en septembre 2025, n’aurait pas cédé aux pressions qui auraient été exercées sur lui pour refermer ce dossier.

Officiellement, il a invoqué des raisons familiales pour justifier sa démission. Toutefois, plusieurs sources soutiennent que cette explication ne refléterait pas l’ensemble des circonstances de son départ. Le CEO sortant, ayant entrepris de renforcer l’indépendance décisionnelle de la FSC en mettant en place des mécanismes destinés à limiter toute ingérence dans les processus réglementaires, aurait estimé ne pas pouvoir déroger à ses principes.

Entre-temps, Soodesh Jowaheer a pris ses fonctions de Chief Operating Officer de la FSC le 1ᵉʳ juillet. En l’absence d’un CEO, il assure les fonctions d’Officer-in-Charge dans l’attente de la nomination d’un nouveau CEO. Avant de rejoindre la FSC, il exerçait comme consultant indépendant dans l’État du Maryland, aux États-Unis, où il conseillait plusieurs organisations sur les réformes réglementaires, la gouvernance et la conformité.

Reste désormais une question : la nouvelle direction de la FSC décidera-t-elle de rouvrir l’enquête visant Capital Horizons Ltd et son dirigeant, ou ce dossier restera-t-il en suspens ? Une autre certitude s’impose : tant la FCC que la FSC pourraient être appelées à se prononcer sur plusieurs allégations soulevées dans cette affaire, dont les ramifications dépassent largement le seul cadre de la régulation financière.

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