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Naufrage du Sir Gaëtan

Myriam: «Rien depuis trois ans», déplore la veuve du capitaine Bheenick

31 août 2023, 08:13

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Myriam: «Rien depuis trois ans», déplore la veuve du capitaine Bheenick

On dit que le temps guérit les blessures. Mais ce n’est pas le cas de Myriam Bheenick, la veuve du capitaine Moswadeck Bheenick, dont le corps n’a jamais été retrouvé, après le naufrage du remorqueur «Sir Gaëtan» au large de Poudre-d’Or, le 31 août 2020. Trois ans après, les plaies de la veuve sont toujours béantes et la douleur ne s’est pas estompée malgré le temps. En trois ans, elle n’a obtenu aucune compensation. Elle ne vit que de sa pension de veuve. Elle n’a plus confiance en la justice…

Trois ans depuis le naufrage du «Sir Gaëtan». C’est un triste anniversaire pour vous et vos enfants. Qu’avez-vous prévu aujourd’hui?

Je suis toujours triste. C’est encore difficile de faire mon deuil. Sans mon mari, je me sens seule. Je n’ai rien prévu pour commémorer la mort de mon époux dans des circonstances tragiques et inexpliquées. Mais je sais que le 1er septembre, ses collègues et amis ont prévu une cérémonie de dépôt de gerbe au port (NdlR, devant la plaque commémorative à l’accès principal du Quay C, à Port-Louis).

Comment affrontez-vous cette nouvelle vie au quotidien, sans votre moitié et le père de vos enfants ?

C’est tellement dur. Je ne travaille pas. Je ne vis que de ma pension de veuve. Je n’ai aucun soutien familial et financier. Mon fils ne peut plus poursuivre ses études de pilote, faute de moyens. Il n’a pas d’emploi. Il suit actuellement un autre cours grâce au lump sum de son papa.

Pensez-vous que les conclusions du rapport de la cour d’investigation vous aurez permis de faire votre deuil et de trouver des réponses concernant l’incident ?

J’attendais le rapport. Mais il n’a pas été rendu public. J’aurais voulu l’avoir pour connaître les circonstances du naufrage. Le rapport m’aurait permis d’avoir des réponses à toutes mes questions. Mais ici, c’est un pays corrompu. On ne veut pas rendre le rapport public.

Avez-vous pu obtenir une compensation des autorités pour sortir la tête hors de l’eau ?

Nanié ziska zordi. Ni du côté de la Mauritius Ports Authority (MPA), ni du côté du gouvernement. Je n’ai jamais obtenu les six ans de paie de mon mari qui représentent une compensation. Du côté de la MPA, ils me disent qu’ils ne sont pas responsables de la mort de mon époux. Si je prends l’argent, je ne pourrai pas les poursuivre. Mon avocat m’a dit de ne pas accepter cet argent. J’attends que justice soit faite. Mais il n’y a pas de justice ici… Le rapport criminel pé kasiet dan tirwar. Je n’ai plus confiance. Cela fait déjà trois ans et toujours rien. Zot anvi touf zafer-la. J’ai porté l’affaire.

Ce qui s’est passé en cette nuit fatidique.

Le 25 juillet 2020, le MV Wakashio s’échoue sur les récifs à Pointe-d’Esny. Un comité de crise est alors mis en place par les autorités. La MPA reçoit une demande du High Level Committee pour que l’organisme fournisse un remorqueur. Le seul que la MPA puisse libérer est le Sir Gaëtan, jugé comme étant le plus approprié pour cette mission. Le 8 août 2020, soit trois semaines avant le naufrage, le remorqueur tracte la barge l’Ami Constant en direction du Sud-Est. En route, il perd son ancre. Le tug, qui avait un bollard pull de 30 tonnes, dérive alors. Des arrangements sont alors faits pour récupérer l’ancre perdue. Le remorqueur reste 3-4 jours sur place avant de remettre le cap sur Port-louis. Par la suite, il rentre à Port-Louis et reste au port jusqu’au 31 août 2020.

Cependant, décision est prise d’aller récupérer la barge à Pointe-d’Esny. Lors de la réunion du High Level Committee à laquelle assiste le capitaine Mamode Imran Dowlut, Assistant Port Master, le plan est évoqué pour ramener la barge qui n’est plus utile sur le site. Si l’opération est planifiée par le capitaine Kavidev Newoor pendant le week-end, elle est renvoyée au lundi 31 août à la demande de Moswadeck Bheenick, capitaine du Sir Gaëtan.

8 h 30 lundi, le Sir Gaëtan quitte pour la dernière fois la rade de Port-Louis avec à son bord huit membres d’équipage. En route, l’équipage est confronté à une mer démontée avec des vagues de 3-4 mètres de haut. Les bulletins météorologiques ne sont pas favorables. Ce jour-là, le capitaine Newoor est en congé. Le capitaine Dowlut supervise alors les opérations de remorquage. Selon ce dernier, Moswadeck Bheenick avait demandé que le remorquage soit repoussé au lendemain en journée, à cause du mauvais temps. Pour annuler la mission, il fallait l’approbation d’un supérieur, d’où l’appel au capitaine Newoor. À 16 heures, le Sir Gaëtan met le cap sur Port-Louis. Au large de Poudre-d’Or, la corde métallique (rwayar) utilisée pour le remorquage se rompt. Non-motorisée, la barge dérive au milieu d’une mer déchaînée et entre en collision avec le Sir Gaëtan. Un trou de la taille d’un ballon de foot se forme dans la coque. La salle des machines prend rapidement l’eau. Des appels de détresse sont lancés. Le capitaine Moswadeck Bheenick sera le dernier à quitter le remorqueur après avoir coupé une corde reliant un des deux canots au remorqueur. Vers 19 h 30, le Sir Gaëtan sombre au large de Poudre-d’Or, à une profondeur de 40 m...

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