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Analyse
Moody’s et S&P Global expliquent leurs points de vue, fin janvier 2024
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Analyse
Moody’s et S&P Global expliquent leurs points de vue, fin janvier 2024
Moody’s maintient le pays à Baa3 «Stable» en saluant, principalement, «robust governance and institutions», et en soulignant que le pays est «OECD compliant» notamment pour ses standards revigorés de transparence financière et d’échanges d’informations. Ceux-ci nous permettaient d’ailleurs de quitter des listes grises et noires bien incommodantes, à un moment. À n’en point douter, les autorités compétentes se sont investies sur cette question et ont tenu la gageure. Il ne reste plus qu’à s’assurer que les protocoles établis soient maintenant respectés et systématiquement appliqués… dans la pratique.
Ayant reconnu le «stable and investment friendly business environment», ainsi que le «pragmatic policy making» du pays, Moody’s souligne les défis suivants : niveau d’endettement plus élevé que ses pairs, petite économie très dépendante du tourisme et vulnérabilité aux chocs extérieurs et aux risques du climat.
Se référant aux chocs extérieurs quelques paragraphes plus loin, Moody’s reconnaît qu’ils sont surtout «…driven by banking sector risk and more generally the interlinks between the banks and the rest of the financial sector», ajoutant que «the financial sector has been the principal source of forex earnings in Mauritius and therefore has contributed to the Central Bank’s accumulation of foreign exchange reserves» et soulignant le risque de «large and potentially volatile flows in the Mauritian offshore financial sector». Cependant, il est clair, tant que les Global Business Companies (GBCs) ne sont pas chahutées et qu’elles trouvent leur compte dans la juridiction, qu’il y a, pour le moment, peu de crainte à ce niveau.
Il est intéressant de noter que la note Moody’s du 25 juillet 2023 prédisait une croissance de 5 % en 2023 (et de 3,7 % en 2024), un peu comme les 5 % du dernier MCB Focus du 1er mars 2023 ! Tous les prévisionnistes auront-ils donc «fauté» ? Leur bulletin de janvier 2024 cite maintenant le chiffre révisé de Statistics Mauritius de 7,1% pour 2023, sans expliquer pourtant les «ajustements» permettant cette révision (*) et le maintien des prévisions de croissance d’entre 3,5 et 4 % à moyen terme. À court terme, Moody’s pense, un peu tièdement, qu’il se pourrait que des changements au niveau de l’investissement, des mesures sociales et de la taxe puissent mener, en 2024, à une croissance supérieure à leur prévision de 3,7 %...
Moody’s souligne par ailleurs que le Budget 2023/24 comprend du financement extérieur, en devises, égal à 2 % du PIB, ce qui est matériel pour Maurice qui se finance traditionnellement plus à travers la dette locale. C’est le déficit de la balance des comptes courants, même si en réduction, qui oblige, à défaut de «dons» divers, le pays à emprunter en devises…
Standards and Poor Global (S&P), qui précise, de son côté, que son avis n’est pas une «Ratings action», indique de la stabilité aussi à BBB/ A3 et prévoit une croissance réelle de 3,8 % en moyenne sur 2024/27, avec 4 % en 2024, révisant sa prédiction de 5,5 % pour 2023 a environ 7 %, sur la base… d’investissements et de consommation supérieurs à ses projections initiales !
S&P projette une réduction du déficit de la balance des comptes courants de 7 % en 2023 à 4,7% en 2027, notamment à cause de recettes touristiques solides, de baisses dans le prix des commodités (nourriture et hydrocarbures compris) ainsi que «large GBC inflows». Espérons que leur boule de cristal marche vraiment bien sur un horizon aussi long que 4 ans !
On peut par ailleurs s’étonner que S&P avoue que «substantial stock flow mismatches complicate the analysis of external data» d’autant qu’il souligne que «these discrepancies are likely related to the large GBCs and the complex nature of their transactions». En effet, S&P rappelle que les actifs/ passifs externes des GBCs représentent environ 4,500 % du PIB local et que les dépôts des GBCs représentent environ un tiers de la totalité des dépôts dans le circuit bancaire, avec les risques de liquidités que cela représente.
S&P nous rappelle, par contre positivement, que le PIB par tête avait retrouvé, en 2023, sa position de 11 700 dollars de 2019 et que, changement démographique aidant et dévaluation n’aidant – au contraire – pas, ce chiffre devrait passer à 12 700 dollars en 2024, puis à 13 800 dollars en 2025 ; pourchassant vigoureusement le statut de «high income country» de la Banque mondiale. Malheureusement, le paramètre de PIB/tête qui définit le statut de «high income» progresse lui-même tous les ans et se situait déjà, en 2022, à 13,845 dollars, selon la méthode dite de l’Atlas.
On se souviendra que Maurice avait été décrété «high income» le 1er juillet 2020 avec 12 740 $ par tête mais que cette classification n’avait été que fugace, puisque déstabilisée cette année-là par le coronavirus et le confinement…
Ni Moody’s, ni S&P, ne mentionnent la progression accélérée du budget social ou de la CSG en particulier, prédisant pourtant tous deux, une réduction du déficit budgétaire à 3,1/3,0 % du PIB dès cette année 2024… Aucune mention, non plus, de la nécessité absolue d’exporter plus de biens et de services, pour générer plus de devises et être ainsi moins dépendant des GBCs.
(*) La croissance du secteur de la construction était ainsi soudain passé à 28,6 % pour 2023, soit VINGT FOIS PLUS que ce qui fut réussi en 2022 ET TROIS FOIS PLUS QUE LE TAUX ESTIME EN JUIN 2023. De plus, la croissance de l’investissement public en 2023 allait progresser par 40,9 % après 0,1 % en 2021 et 1,1 % en 2022. Finalement, les exportations des services de 150 milliards bon an, mal an entre 2017 et 2019, faisaient un bon d à Rs 218,6 milliards en 2022 (+ 45%) et Rs 250,1 milliards (+67 %) en 2023. Ces ‘ajustements’ sont majeurs et suscitent plus que de la surprise.
Philippe A. Forget
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