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Emploi

Métiers manuels : essentiels mais sous-valorisés

22 octobre 2025, 15:00

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Métiers manuels : essentiels mais sous-valorisés

La valorisation des métiers manuels nécessite un changement de mentalité à tous les niveaux.

Les métiers manuels jouent un rôle central dans l’économie mauricienne. Construction, plomberie, menuiserie ou mécanique assurent non seulement le fonctionnement quotidien des infrastructures, mais soutiennent également des services essentiels – de l’entretien des bâtiments publics et privés à la maintenance des installations industrielles. Pourtant, ces professions, qui exigent précision et habileté, restent insuffisamment valorisées et souffrent d’un manque aigu de main-d’œuvre qualifiée.

Le marché du travail montre des signes de dynamisme. Au deuxième trimestre, la population active s’élevait à 584300 personnes, avec un taux d’activité en légère hausse à 58,8 %. L’emploi a progressé à 550 100 individus, tandis que le taux de chômage global reculait légèrement à 5,9 %, touchant 34 200 personnes, majoritairement des femmes. Cette amélioration générale contraste avec la situation des jeunes de 16 à 24 ans, dont le taux de chômage atteint 20,1 %, soit 12800 individus. La plupart sont célibataires, possèdent une expérience professionnelle, mais disposent de qualifications limitées, soulignant le déficit de compétences et l’importance de renforcer la formation pour mieux les intégrer.

Selon le Labour Market Survey 2024, les secteurs qui recrutent le plus sont l’hôtellerie et la restauration, le commerce de gros et de détail ainsi que la fabrication hors-textile. L’étude note que la majorité des postes nécessitent un renforcement des compétences, avec une répartition genrée de 35 % pour les hommes, 13 % pour les femmes et 52 % neutre. Du côté du Mauritius Institute of Training and Development (MITD), une gamme de formations aux métiers manuels est proposée: agriculture, entretien paysager, mécanique automobile, menuiserie, plomberie, pose d’échafaudage ou maçonnerie, mais aussi des filières créatives comme la composition florale.

Selon un formateur, ces formations attirent surtout les jeunes, souvent orientés vers ces filières après l’école secondaire. «Beaucoup de nos élèves sont passionnés et talentueux, mais ils souffrent encore du regard négatif que porte la société sur les métiers manuels.» Il rappelle que les débouchés existent, notamment dans la construction, l’artisanat et la maintenance, mais que la reconnaissance reste limitée. Il insiste sur l’importance de mieux communiquer sur les perspectives de carrière, les salaires et les possibilités d’évolution pour encourager davantage de jeunes à choisir ces voies. «Ce ne sont pas des métiers de dernier recours», souligne-t-il, rappelant que plusieurs anciens élèves sont aujourd’hui à leur compte ou employés par des entreprises spécialisées.

Cependant, la réalité sur le terrain tempère cet optimisme. Si les métiers manuels sont présents dans les grandes compagnies, la situation diffère pour les travaux chez les particuliers. Certaines personnes évoquent des difficultés à trouver des artisans locaux fiables, citant retards fréquents, manque de professionnalisme ou comportements peu scrupuleux, comme le vol de matériel ou l’abandon du chantier. L’absence de normes claires ou de certification complique également la distinction entre artisans qualifiés et non formés, ce qui alimente la méfiance et nuit à la réputation du secteur.

Manque de respect

Pour Jean-Claude, menuisier depuis 20 ans, le problème vient surtout du manque de reconnaissance. «Quand je dis que je suis menuisier, certains pensent que je n’ai pas réussi à l’école. Pourtant, il faut de la précision, de la patience et de la créativité. Je gagne honnêtement ma vie, mais on ne nous respecte pas autant qu’un employé de bureau.» Reyna, diplômée en construction, évoque les difficultés d’être une femme dans ce secteur : «Sur les chantiers, on me regarde souvent avec étonnement. Pourtant, je fais le même travail que mes collègues hommes. Les mentalités changent, mais lentement. Il faudrait encourager plus de filles à rejoindre les métiers techniques.»

Pour Suren Mungla, mécanicien indépendant, le principal défi reste la concurrence déloyale : «Beaucoup travaillent sans certificat ni expérience, à moitié prix. Quand un client rencontre un problème, il dit que les mécaniciens sont tous pareils. Cela pénalise ceux qui font les choses correctement.» Ashok, peintre, met en avant le manque de stabilité: «Après les cyclones ou pour les rénovations, le travail ne manque pas. Mais quand c’est calme, on peut passer des semaines sans contrat. Il faudrait plus de soutien ou des formations pour mieux gérer nos petits business.» De son côté, Sam Kuppan, président de la MITD Non-training Staff Union et membre du comité de gestion de la State and Other Employees Federation, indique que le MITD dispose d’un registre de diplômés, destiné à aider toute personne ou entreprise à trouver des professionnels qualifiés pour des travaux manuels.

Selon Stéphane Maurymoothoo, fondateur du Regroupman Artisan Morisien, les métiers manuels sont vitaux pour le pays mais ne bénéficient pas toujours de la considération nécessaire. Cette situation pousse de nombreux travailleurs qualifiés à quitter Maurice pour le Canada, en quête de meilleures opportunités. Une étude de l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OCDE), souligne que 60 % des immigrants canadiens viennent de programmes économiques, illustrant l’attrait du marché du travail pour les travailleurs qualifiés.

Stéphane Maurymoothoo note aussi que dans les entreprises, la distinction entre «staff» et «non-staff» reste visible, notamment lors des fêtes de fin d’année, ce qui peut décourager les jeunes débutants. Les salaires des ouvriers restent faibles, tandis que travailler à son compte peut être plus rémunérateur, mais comporte d’autres défis : fluctuations du travail, frais de transport et d’outils. Le soutien aux entrepreneurs manuels demeure limité, le dernier Budget ne prévoyant pas de mesures directes pour cette catégorie. Pour valoriser ces métiers, il plaide pour un changement de mentalité à tous les niveaux, du gouvernement à la société. Il est essentiel de sensibiliser dès l’école à l’importance de chaque profession et d’intégrer la base des métiers dans le cursus des enfants. «Le pays dispose de très bonnes écoles comme le Collège technique St-Gabriel ou le Lycée polytechnique, mais beaucoup doivent ensuite partir travailler à l’étranger. Il faudrait revoir les salaires pour rendre ces professions attractives et encourager l’entrepreneuriat. Ceux qui exercent ces métiers restent essentiels pour le pays et méritent reconnaissance et soutien.»

Dans certains pays, la valorisation est plus marquée. En Suisse, les professions techniques comme l’horlogerie, la construction ou la mécanique offrent des salaires attractifs dès le départ et des perspectives stables, soutenues par un système d’éducation duale et des certifications professionnelles. Aux Pays-Bas, l’enseignement intègre ateliers pratiques et stages dès le secondaire, montrant que ces métiers peuvent être lucratifs et combinés avec des compétences numériques. En France, des concours régionaux et nationaux récompensent l’excellence dans les métiers manuels, renforçant leur prestige et leur reconnaissance sociale.

Parallèlement, les métiers manuels évoluent face aux nouvelles technologies. Si l’intelligence artificielle (IA) ne peut les remplacer, elle peut soutenir les artisans. Un électricien installant et maintenant des panneaux solaires peut utiliser des outils intelligents pour anticiper les problèmes. Cette combinaison de savoir-faire manuel et de compétences technologiques offre un avantage compétitif. Certains métiers deviennent hybrides, mêlant expertise pratique et maîtrise numérique. Dans la construction, l’IA optimise la planification des chantiers, mais les ouvriers restent indispensables, souligne Stéphane Maurymoothoo.

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