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Mo Kiltir
La culture du plagiat
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Mo Kiltir
La culture du plagiat
■ Burna Boy (ci-dessous) et Kalash (ci-contre) sont les artistes internationaux plagiés par la «newskool» locale.
Un phénomène qui ronge le monde de la production musicale mondiale et qui tend à devenir une culture. Chez nous, on le cultive depuis longtemps, le plagiat se prélasse à l’ombre de notre île insulaire depuis des décennies. La terre est fertile, il prend racine. Face à une loi trop vieille pour suivre la cadence, les mauvaises herbes gagnent du terrain.
Une culture musicale s’éloigne de ses racines quand elle est inondée d’autres courants, souvent contraires, qui redéfinissent sa sonorité. À la recherche de l’inspiration originale, nombreux se noient dans un creuset d’influences qui débalance la logique et la raison. Le naturel se perd dans une cascade d’autotunes gonflée à souhait. Ouvrant la porte à une facilité, honteuse à une certaine époque, devenue culturelle dans la production phonographique d’aujourd’hui. Le plagiat. Il bronze sous le soleil mauricien, loin de la canicule française. Pleins feux sur un mal qui prend trop de place, comme ces campements avec plage privée.
Les coups de rotin des Martiniquais semblent n’avoir aucun effet sur le corps musical mauricien touché par ces frappes. L’abus et les vols d’instrumentaux (riddim ou mix) de producteurs martiniquais par des artistes mauriciens font le tour des réseaux depuis deux ans. Malgré toutes les diffusions en chaîne des chansons plagiées par la jeune génération locale, la machine ne s’arrête pas d’enregistrer. Même ceux connus de la scène nationale plongent dans ce fleuve tranquille par panne d’inspiration ou pour rester à la une des affiches. Et souvent face à des lacunes vocales ou musicales, on va vers l’option «record mwa» qui fait des miracles sonores dans les oreilles. On prend un bout ici et un autre bout par là… On mixe le tout et c’est bon pour le nouveau tube sur TikTok. Et l’artiste trouve ensuite son public après des showcases dans toutes les boîtes de nuit de l’île.
Beaucoup font des chansons, une poignée font des tubes du moment, avec une date d’expiration. Et ils sont quelques-uns qui font des standards. Ces chansons qui marquent l’esprit. Touchent l’être, allant du rire aux larmes avec des frissons comme confirmation. C’est ce qui manque, peut-être à une grande partie de cette génération ?
Des failles dans la loi
Il est un fait que si le plagiat est courant dans les home studios de notre île, une grande partie de la faute revient à notre Copyright Act qui souffre d’une révision et d’une réforme profonde de certaines lois permettant de mieux protéger et défendre les droits des membres de la MASA. Les failles dans le système laissent le champ libre à l’exploitation abusive des œuvres et des droits d’auteur.
La version corrigée de la Status of Artist Act ne va pas changer la situation, si les lois ne sont pas modifiées pour mieux s’adapter au contexte et à la réalité du jour. Le bureau de l’Attorney General doit être le premier partenaire de la société des droits d’auteur pour avancer sur ce sujet. Apporter des amendements comme cela a été fait sur d’autres lois depuis la prise du pouvoir en novembre 2024. Il y a un travail de communication et de formation à distiller pour que les concernés soient informés et éduqués sur les lois de propriété intellectuelle. Avec cet amalgame entre reprise et plagiat, on se rend compte qu’il y a un manque d’informations basiques sur les lois autour de la propriété intellectuelle chez les interprètes locaux. Tout en notant un faible intérêt de la part de certains artistes émergents ou confirmés à s’intéresser sérieusement et méthodiquement aux droits et à la propriété intellectuelle de leurs œuvres.
Aujourd’hui, à l’ère numérique, tout est répertorié sous format digital, surtout en musique avec le code ISRC. Rendant la détection du plagiat plus facile qu’avant. Exposant les vols flagrants de droits d’artistes d’ailleurs.
Les artistes IA commencent à sentir la contre-attaque, avec les interdictions de diffusion sur certaines plateformes de téléchargement. En musique, le plagiat est défini dans la loi française comme «toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi» (ar ticle L335-3 du Code de la propriété intellectuelle).
Il existe plusieurs types de plagiat : le plagiat direct, la paraphrase,l’auto-plagiat,le patchwork, le plagiat basé sur la source et la traduction. On évoque la loi française, car la Martinique est un territoire d’outre-mer de la France. Certains artistes et producteurs locaux sont ainsi coupables, par omission peut-être, car il y a eu exploitation commerciale sans accord des ayants droit. Il y a une ligne de démarcation entre inspiration et imitation. Et on se mêle les micros sur cette frontière, invisible ou inexistante pour d’aucuns.
International : Dibango vs Jackson

Il y a eu dans le passé des artistes mauriciens qui ont plagié des artistes internationaux, que ce soit au niveau de la musique, de la mélodie ou du texte. Et il y a eu des artistes mondialement connus qui ont plagié d’autres artistes. Le cas de Michael Jackson et Manu Dibango (photo) (saxophoniste camérounais) est un des exemples les plus connus. Michael Jackson a emprunté la ritournelle de son titre «Soul Makossa», sans autorisation de Manu Dibango, sur sa chanson «Wanna Be Startin’ Somethin» (1982). En 2009, Manu Dibango poursuit la maison de disques de Michael Jackson pour l’utilisation du thème de «Soul Makossa» sans autorisation de son auteur.
La procédure judiciaire s’est achevée finalement à l’amiable avec un arrangement financier entre les maisons de disques et le saxophoniste. Plus tard, Manu Dibango relativisera : «Finalement, Michael Jackson a fait revivre cette chanson. Il a écouté la musique de Manu, il a aimé, il a pris. Il y a eu un procès, il y a eu des arrangements… mais comme on dit : ‘à grand artiste, grands problèmes’.»
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