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Notre artiste Bohème fête ses 70 ans

Menwar : Parski so lame nwar

14 octobre 2025, 15:00

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Menwar : Parski so lame nwar

Longiligne. Cette perche qu’est Menwar est presque insaisissable. Cet enfant de Cassis parle peu, mais s’inspire musicalement de son vécu loin des sentiers battus. De son vrai nom de famille, il s’appelle Stéphano Honoré. Une longue carrière à son actif non seulement à Maurice, mais aussi à l’international. Nous passons tout un après-midi avec lui pour essayer de lui extirper un entretien classique. Impossible avec celui qu’on appelle aussi Lelou. Il mélange ou oublie des dates comme des rencontres importantes qui vont lui ouvrir des portes en France et en Afrique. Alors, voyons les points de repère qui jalonnent son itinéraire musical durant ces dernières décennies.

? Un amoureux du son

Une anecdote va nous aider à situer ce personnage insolite. Un jour à La Réunion, il part cueillir des fleurs de canne pour en faire une maravanne. Il sent une partie plus dure qu’il nettoie en enlevant l’enveloppe. Elle lui échappe des mains, tombe sur le châlit en dur et émet un son qui le fait sursauter. Il en rassemble six, chacun émettant un son différent. Il va en faire un instrument, kann an bwa, qui ira rejoindre ses autres instruments traditionnels.

Il n’est pas fait pour les études et ne s’intéresse qu’à la musique. Avec des amis à Cassis naît un quatuor qui compose des musiques et écrit des paroles qui atterrissent à la fin des années 70 sur deux 45 tours chez Neptune et Viking à Port-Louis. La radio passe le titre Kapito. Menwar, né dans une famille modeste dont le père est docker, a alors 23 ans. Toujours en collaboration avec ses amis, il se fait connaître grâce à sept morceaux dont Silo, une référence au débarcadère.

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On l’invite à La Réunion au Festival de l’océan Indien avant qu’il ne participe à la Nuit du séga. Son nom commence à circuler. Il chante au Festival de La Possession à La Réunion. C’est à ce moment-là qu’il s’intéresse de très près à la ravanne. Sur une autre cassette, Letan lenfer, il trouve lui-même maintenant paroles et musiques. Kaya y figure en tant que guitariste. Hormis ses prestations à Maurice, il est invité en France au Festival de Château Morange. Certaines rencontres comme avec Daniel Waro et Gilbert Pounia seront déterminantes. Nouvelle cassette enregistrée cette fois à Coromandel.

? L’international

Son spectre musical s’élargit dans les années 90 à la suite d’autres rencontres. Avec Helen, qui produit Alpha Blondy et Philippe Conrath, pour le Festival africolor en France. Il est loin l’adolescent qui commença à composer à 14 ans lors de pique-niques et à chanter à 16 ans toujours à Cassis.

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C’est en 2003 qu’il trouve une formule qui lui est propre, le sagai. Il l’expérimente au Festival de l’océan Indien à Madagascar et participe ensuite à un concert fusion au Mahatma Gandhi Institute. Idem au concert Tambours en liberté à Candos avec Marcel Poinen. Se mélangent ravanne, djembé africain et percussions indiennes. Menwar , sans le savoir, emprunte la voie de la World Music. On le retrouve alors au Festival de Nosy Be à Madagascar.

Son sagai se popularise. Il se produit à Maurice, mais aussi en France et en Afrique. Percy Yip Tong, qui produit des groupes africains et organise des tournées, invite Menwar régulièrement à y participer. Il va à Angoulême où il enregistre un album pour le label du directeur du festival, Christian Mousset, grand défricheur de talents du sud. Paraît aussi un album personnel Ay Ay lolo.

On ne compte plus alors ses prestations à l’étranger – Saint-Domingue, Angleterre, Égypte, Belgique, Italie – et en 2008 au Festival des nuits d’Afrique à Montréal et à Toronto au Canada. Auparavant, en 1998, il fait paraître chez Meli Melo, Pop lekonomi qui le fait gagner en popularité. En 1995 (faut le suivre !), Martin Messonnier, autre grand défricheur, le programme pour une grande nuit noire avec à l’affiche de grands artistes africains comme Ray Lema, Papa Wemba. Lokua Kanza… Il ajoute à ses instruments la sanza, le petit piano à doigt portatif africain.

? Une méthode pour la ravanne

En 1994, dimension théâtrale cette fois. Il est intégré à la comédie musicale montée par un groupe marseillais, La Fabrique. Représentations pendant un mois à Marseille et aussi à Maurice au théâtre de Port-Louis. Cette comédie s’inspire de Petrusmok de Malcom de Chazal.

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Début 2000, il enregistre un album chez OCORA, célèbre label de Radio France spécialisé dans les musiques traditionnelles du monde entier. On peut encore se le procurer à la FNAC en France. Il étale sa formule de sagai, un mix de séga typique, de reggae, quelques incursions de blues rock… Menwar fait preuve d’inventivité. Il exploite, par exemple, l’énergie que déploie le matelassier avec ses deux bâtons pour dépoussiérer la paille coco des matelas.

Fin 2024 pour France Musique, il se joint à un groupe d’artistes venus des quatre coins de France. Ça en fait des prestations à l’international. À le voir on ne le devinerait jamais. Discret et pas gran nwar. Il est une œuvre dont il peut être fier. La publication à la fin des années 90 (vous suivez toujours ?) de sa Méthode de ravanne, elle est destinée aux débutants et à tous ceux qui veulent s’initier à la ravanne. Un ouvrage didactique sous-estimé, mais que l’on peut trouver encore.

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Si vous voulez le découvrir ou le redécouvrir en 2025, cet artiste majeur en musique mauricienne fêtera ses 70 ans le 21 octobre lors d’un concert au Caudan Arts Centre. Il démarrera seul sur scène, mais sera très vite rejoint par des musiciens mauriciens de renom tels Kerwin Castel, Eric Triton et Manu Desroches, entre autres. Nous devons nous attendre à un jam époustouflant.

L’ensemble fera l’objet d’un enregistrement, son et images, qui devrait donner lieu à la parution d’un CD mémoire pour les 70 ans de Menwar. Un griot mauricien. Il mérite amplement d’être… honoré.

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