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Conflit au Moyen-Orient

«Même si les Iraniens veulent changer de régime, cela ne justifie pas qu’un autre pays attaque»

7 mars 2026, 12:30

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«Même si les Iraniens veulent changer de régime, cela ne justifie pas qu’un autre pays attaque»

■ 20 personnes ont été tuées lors d’une attaque des États-Unis et Israël, contre une station d’ambulances et une aire de jeux dans la banlieue de Shiraz en Iran.

Il est Iranien de souche. Elle est Tunisienne. Ils ont vécu à Maurice, où il faisait des affaires. Son travail les a ensuite menés à Doha, au Qatar, où ils élèvent une enfant en bas âge. Quel est leur quotidien alors que l’espace aérien est fermé depuis le 1er mars ? Alors que des tirs ont eu lieu pendant la conversation, c’est tout en nuance et recul qu’ils racontent la vie qui continue, pendant que le conflit États-Unis/Israël–Iran se poursuit. Ils ont témoigné sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Une phrase glaçante. Elle tarde à percuter. «Je vous parle et ça bombarde. Je ne sais pas si vous l’avez entendu.» On sursaute. On s’agite. On voudrait faire quelque chose. Mais on ne peut que rester accroché au téléphone, lié à la voix qui reste si calme.

On entend comme une porte – ou est-ce une fenêtre ? – que l’on referme. Le moment est suspendu. «On allait sortir, mais bon… Je ne sais pas si cela va se calmer.»

L’appel est interrompu. C’est parce que l’interlocutrice a reçu un message important. Quand la communication reprend, elle explique : ce sont les latest news émanant du ministère de l’Intérieur qatari qui ont mobilisé son portable. Ce message officiel souligne que le niveau d’alerte est très élevé. «We need to stay home», dit la voix. Un soupir – parce qu’elle comptait sortir faire des courses - elle nous assure : «That’s what we’re gonna do.»

Ces quelques minutes résument le quotidien d’un jeune couple au Qatar. Ils habitent dans un quartier proche d’une base américaine à Doha. Joint au téléphone jeudi, le couple – il est iranien de souche, elle est d’origine tunisienne – raconte leur new normal. Un quotidien rythmé par la fureur et le bruit des tirs. «Aujourd’hui, c’était plus proche que ce que l’on a entendu les jours précédents. Ce sont des attaques ciblant la base militaire», explique la jeune mère de famille. Le bruit assourdissant est tel qu’il fait vibrer les vitres des portes et fenêtres de leur logement. Elle se rassure : «Nous sommes dans une villa, pas une tour d’immeuble.» Sous-entendu : plus visible des airs.

Prudente, elle ajoute : «Si vous évitez de sortir, de vous exposer, vous réduisez les risques.» À long terme, elle a le sentiment que, «les choses ne vont pas empirer. Je pense que cela va se calmer». Sans jamais oublier que la situation pourrait évoluer pour le pire, «s’ils attaquent à partir de la base voisine, il y aura des répliques».

«Jusqu’à présent, nous ne craignons pas pour notre sécurité parce que les Iraniens visent des cibles américaines. Ils rassurent continuellement la population qu’ils ne visent pas les Qataris. Que ce n’est pas une guerre entre les pays arabes et l’Iran. Même s’ils attaquent, ce n’est pas hostile envers la population», affirme notre interlocutrice.

Par contre, prévient-elle, il y a le risque que des débris de missiles s’éparpillent, quand ils sont interceptés. Ce qui peut causer des dégâts. «Des interceptions ont eu lieu en mer pour épargner les villes. Pour ceux interceptés au-dessus des habitations, les autorités ont annoncé qu’il y a bien eu quelques sites d’impact, mais cela reste très limité», ajoute-t-elle.

Depuis le début du conflit, le 28 février, observe-t-elle du panic buying à Doha ? Aucune pénurie ne se fait sentir, mais «dès le premier jour, les gens ont commencé à acheter. Ici, les magasins et les supermarchés sont ouverts 24 heures sur 24. Les services de livraison sont toujours actifs». Si elle n’a pas cédé au panic buying, prévoyante, elle confie avoir stocké «des couches pour bébé et du lait surtout». Elle n’a pas noté de flambée des prix pour l’heure. La base de Ras Laffan au Qatar a été attaquée, mais «tout fonctionne normalement, que ce soit l’électricité, l’eau. Les Qataris gèrent très bien la situation». Mercredi, quand elle est allée à la gym, «il n’y avait pas de gros embouteillages mais il y avait pas mal de circulation». La réalité : l’espace aérien du Qatar est toujours fermé. Tout comme le détroit d’Ormuz. La chaine d’approvisionnement, par voie aérienne ou maritime, est «complètement paralysée». Il reste la voie terrestre en passant par l’Arabie saoudite. Une grande respiration, pour se donner du courage. «Mais je pense que nous serons ok.»


Point de vue : «La seule chose qui nous manque vraiment, ce sont certaines libertés élémentaires»

Né à Ispahan de parents iraniens, il a vécu entre l’Iran et les États-Unis, et a les deux passeports. Il a toujours de la famille à Ispahan et à Téhéran.

Ces derniers se sont réfugiés dans le nord du pays, dans les montagnes sur la route de la mer Caspienne, où «c’est très calme». À Ispahan, pas de turbulence. «Le réseau internet n’est pas stable. Nous recevons des coups de fil tous les deux, trois jours, pour nous dire qu’ils vont bien.» Des proches en Iran ont parlé de «dégâts, de vitres brisées à cause des bombardements». Sans plus de détails.

Ce citoyen iranien estime que les frappes ne sont «absolument pas justifiées, même si le gouvernement iranien s’est montré très injuste, presque terroriste, avec la population. Même si les Iraniens veulent changer de régime, cela ne justifie pas qu’un autre pays attaque. Si c’était pour aider les Iraniens à se libérer, on ne commence pas par attaquer une école, qui n’a rien à voir avec les cibles militaires. C’est vraiment choquant que l’on commence par sacrifier 80 enfants, en disant que l’on aide les gens».

Il explique que les Iraniens se sentent «pris en sandwich entre le régime et les autres protagonistes. Les plus grands perdants, en réalité les seuls perdants de ce conflit, ce sont les Iraniens». Il compare le régime iranien à une hydre : «Vous coupez la tête, une autre repousse. Ce n’est pas par ce moyen que l’on parviendra à neutraliser le régime.»

Si la possibilité d’opérations terrestres a été évoquée en Iran, il est d’avis que ce sera «pratiquement impossible. L’Iran n’est pas un pays que l’on peut envahir par la voie terrestre».

Il avance qu’avec ce conflit «futile», «on fait tout pour amener les Arabes et les Iraniens à se battre». Il ne cache pas qu’il est «heureux» à chaque attaque menée par l’Iran. «Je considère cela comme complètement juste et légitime. Enfin quelqu’un tient tête aux oppresseurs du monde.»

En même temps, il est «triste» en pensant que les ressources de l’Iran seront épuisées par cette «guerre stupide», à cause de laquelle les Iraniens pourraient finir par manquer de produits de base, «comme on l’a vu en Syrie, alors qu’en ce moment, nous profitons de beaucoup de confort dans le pays. La seule chose qui nous manque vraiment, ce sont certaines libertés très élémentaires. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement islamique ne les accorde pas tout simplement».

Chez les Iraniens, il sent une «confusion entre ce que nous savons juste et la volonté de soutenir certaines stratégies du gouvernement islamique lorsqu’il se défend face aux intimidations. Mais cela ne signifie pas que les gens approuvent les politiques internes qui leur sont imposées». Pour notre interlocuteur, les Iraniens qui décrivent le mieux cette réalité sont ceux qui ont un pied en Iran et un pied à l’étranger. «La diaspora royaliste est partie depuis plus de 47 ans. Elle ignore souvent complètement ce qu’est devenu le pays aujourd’hui ; la moitié d’entre eux ne parlent même plus la langue. D’un autre côté, les Iraniens qui n’ont jamais quitté le pays pensent souvent que le monde extérieur est plus avancé, plus riche et plus libre qu’eux». Patriotique, il soutient que l’Iran peut rivaliser avec n’importe lequel de ses voisins dans de nombreux domaines : la culture, l’urbanisme, les soins de santé, la sécurité, les technologies, l’éducation, la recherche scientifique, l’industrie et les services, publics comme privés.

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