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Mamdani, le «communiste» de New York
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Mamdani, le «communiste» de New York
C’est une image saisissante : dans une salle en liesse à Brooklyn, un jeune homme né à Kampala proclame que «New York reste une ville d’immigrants, désormais dirigée par un immigrant». À 34 ans, Zohran Mamdani (photo) vient d’inscrire son nom dans l’histoire politique américaine, devenant le premier maire musulman, le premier Africain et le plus jeune dirigeant de la Grosse Pomme depuis 1892. Mais sa victoire dépasse New York. Elle résonne comme une gifle symbolique à la politique anti-migrants de Donald Trump et comme un avertissement adressé au monde : le centre du capitalisme peut, lui aussi, élire un «communiste» – pour reprendre le terme du président américain.
Né en Ouganda, naturalisé américain en 2018, Mamdani est le fils d’un universitaire et d’une cinéaste. Son parcours d’organisateur communautaire, son accent d’immigré, sa ferveur socialiste et sa maîtrise des réseaux sociaux en font le symbole d’une Amérique qui ne veut plus choisir entre identité et justice sociale. Là où Trump érige des murs, il érige des ponts. Là où les conservateurs agitent la peur du déclin, il parle de loyers, de crèches, de transports et de dignité.
Mamdani a remporté l’élection contre Andrew Cuomo, incarnation d’un establishment démocrate usé, financé par les grandes fortunes de Manhattan, dont Trump luimême et ses partenaires d’affaires. Il a gagné sans argent, sans appareil, sans bénédiction des caciques, en mobilisant les jeunes, les travailleurs, les minorités, cette génération de «first-time voters» qui ne croit plus aux promesses du centre. Sa campagne, faite de vidéos décalées, de marches dans les quartiers populaires et d’un discours sans détour, a redonné aux électeurs le sentiment que la politique peut être joyeuse, radicale et inclusive à la fois.
Son ascension intervient dans un moment troublé : l’Amérique de Trump, à son second mandat, est en proie à une ferveur nationaliste blanche et à un autoritarisme croissant. Dans ce contexte, l’élection d’un maire musulman socialiste à la tête de la plus grande ville américaine prend des allures de paradoxe historique. Elle dit la complexité d’un pays fracturé, mais encore capable de se réinventer.
Le contraste est saisissant. Trump menace de couper les fonds fédéraux à New York si «le communiste» Mamdani gouverne ; Mamdani répond par une leçon d’humanité : «Nous sommes une ville d’immigrants.» Ce face-à-face entre la peur et l’espérance, entre le populisme du ressentiment et le progressisme du vivre-ensemble, dessine le nouveau champ de bataille idéologique des États-Unis.
Mais l’espoir a toujours un revers. Mamdani hérite d’une ville en crise de logement, rongée par les inégalités, la violence et la défiance envers ses élites. Son programme – taxes sur les riches, gel des loyers, extension des services publics – se heurtera aux mêmes obstacles que ceux qui ont miné Bill de Blasio : le pouvoir limité du maire face aux géants économiques et aux États fédérés. Déjà, la gouverneure démocrate de New York, Kathy Hochul, a prévenu qu’elle refuserait toute hausse d’impôts pour financer ses promesses.
Sa posture de «socialiste démocrate» sera scrutée, disséquée, caricaturée. Chaque dérapage sera amplifié par les conservateurs, chaque échec brandi comme la preuve qu’un homme de gauche ne peut diriger la capitale du capital. Mais Mamdani n’a pas été élu pour ménager les puissants : il a été élu pour rendre New York vivable à ceux qui n’en profitent plus.
Le phénomène Mamdani dépasse les frontières américaines. Il parle à Londres, à Paris, à Port-Louis même, où les débats sur les inégalités et les dérives identitaires résonnent avec la même intensité. Son élection marque le retour du politique face au technocratique, de l’idéal face au cynisme. C’est une revanche du local sur le global, du collectif sur le marché.
Rien ne dit que Mamdani réussira. Mais il a déjà accompli l’essentiel : redonner à la gauche une voix et un visage. Dans un monde saturé de colère et de peur, un jeune Ougandais naturalisé américain vient rappeler que la démocratie n’est pas morte – tant qu’il reste quelqu’un pour y croire.
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